J.-B.P. Nlend
Les manifestations de Deido, il y a quelques semaines, ont fait resurgir le problème du maintien ou de la suppression du travail des motos-taxis dans nos agglomérations. Le préfet du Wouri a compris le danger que représente la plupart de ceux qui ont choisi d’exercer dans ce secteur.
Malgré les oppositions de ses collaborateurs et des maires, le Préfet du Wouri, Bernard Okalia Bilaï, a pris sur lui la très ingénieuse décision de proscrire cette activité à Bonanjo, quartier chic et administratif de Douala. A Yaoundé, le problème ne se pose presque pas. Le Délégué est réputé pour sa rigueur et son courage à mettre sa population au pas. Il se pourrait que celui de Douala n’ait pas les mêmes pouvoirs de décision, autrement, il copierait tout simplement ce que fait son homologue de Yaoundé, la belle. Le problème de Deido était une bonne occasion pour étendre la décision préfectorale sur tous les autres quartiers de Douala. Dommage ! Toutes les mesures prises pour restaurer l’ordre dans ce quartier chaud n’ont pas pu résoudre définitivement le « problème benskin ». A l’hôpital Laquintinie, le pavillon benskin reste débordé. Plus de dix morts tous les jours à cause des motos- taxis. Le nombre des agressions a plutôt augmenté. Il n’y a pas d’heure qui rassure. En journée, les filles, proie facile, peuvent être victimes de vol et de viol. A partir de dix neuf heures, les véhicules sont filés et les propriétaires attaqués soit à la descente du véhicule, soit à la montée. On se croirait en plein Far West. Les délinquants seuls ont le courage de pointer leur nez dehors. Toutes les honnêtes gens ne prennent plus ce risque. Dans les quartiers, les jeunes essaient de monter eux- mêmes des groupes d’auto-défense pour sécuriser les populations. On a depuis longtemps perdu confiance en la police qui elle-même est, pour tout dire, dépassée. Face au danger imminent et permanent, les plus courageux se sont armés. Les grands responsables ont obtenu le permis de port d’arme. D’autres ont dans leurs voitures des armes blanches pour dissuader les assaillants. Quand les populations parviennent à mettre la main sur un de ces malfrats, elles lui font la peau. Le 19 Janvier dernier, à la rue de l’ancienne direction Nobra, deux d’entre eux ont été lynchés par une foule déterminée et décidée à ne plus se laisser abuser. Jusqu’à la tombée de la nuit, à 18 heures, quand nous sommes arrivés sur les lieux, le corps ensanglanté et distendu de l’un gisait encore sur la chaussée, offrant aux enfants un spectacle des plus macabres dont personne, pour le moment, ne peut prévoir l’impact à venir. On est tout simplement en train d’apprendre à ses enfants à tuer, à ne plus avoir du respect pour la vie humaine. Ils ne seront pas tous des criminels, même s’ils sont comme dans un véritable conservatoire de crime.
Le phénomène « benskin » est quasi spontané. Il ne date pas de plus d’une quinzaine d’années. Il est la conséquence d’un laxisme de la part des décideurs véreux, plus préoccupés par leur bien-être que par le bien commun. Ces autorités auraient pu intervenir à temps que nous ne serions pas là aujourd’hui en train de payer le prix de leur irresponsabilité. Aujourd’hui, personne ne peut prendre le risque de proscrire cette activité. On souhaite tout au moins qu’elle soit contrôlée. Comment le sera-t-elle ? Nous ne détenons pas la recette. Nos enquêtes nous ont révélé qu’il ne sera même pas facile d’identifier tous les motos-taximen. Dans ce corps de métier, tout le monde est le bienvenu. On y récense des personnes sérieuses et honnêtes, mais aussi des personnes de moralité très douteuse, des repris de justice, des prisonniers, qui utilisent des motos volées. Nos enquêtes nous ont aussi appris que très peu de diplômés y exercent. Les propriétaires des motos redoutent les intellectuels. Ils préfèrent recruter des jeunes non scolarisés dans les villages. Non seulement ces jeunes ne sont pas suffisamment formés (ils le seront dans le tas, après plusieurs accidents), mais ils sont aussi des analphabètes qui ne peuvent pas assimiler les leçons élémentaires du code de la route. Ils ne distinguent par exemple pas les feux. Pour eux, le rouge, comme le vert, indique la priorité. Cibles faciles des gangs, ils se laissent entraîner dans la prise des stupéfiants et de l’alcool au péril de leur vie et surtout de celles de leurs clients. On n’a pas besoin d’être un visionnaire pour comprendre que les motos-taxis représentent, à tout moment, un risque réel d’explosion sociale. Aux grands maux, de grands remèdes. Il est temps que les pouvoirs de souveraineté du Cameroun étudient sérieusement le problème benskin, qu’ils y trouvent une solution définitive et efficace. Avec leurs travaux, nous commencerons à mettre fin à l’option des solutions faciles comme mode de vie dans notre pays. C’est aussi cela, entrer dans l’ère des grandes réalisations.

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