J.-B.-P. Nlend
Il ne se passe pas un seul jour à Douala sans que des motos-taxis fassent de nouvelles victimes. Aucun quartier n’est à l’abri de leur furie. Leurs armes sont plus que dissuasives : de très longs couteaux et parfois des pistolets. Ils sont généralement trois sur la même moto.
La victime est trouvée au hasard. Parfois aussi bien filée et piégée. Il suffit que vous soyez seul en train de vouloir entrer dans votre voiture ou d’en sortir. Vous n’avez même pas le temps de constater leur présence à vos côtés. A la voix menaçante vous intimant l’ordre de leur remettre de l’argent et tous vos biens personnels précieux, s’accompagne le geste agressif d’une arme blanche prête à être enfoncée dans votre abdomen. Tous ceux qui ont eu l’imprudence d’opposer une résistance à ces hors la loi, l’ont chèrement payé et surtout regretté. A partir de vingt heures, il est risqué de se retrouver seul dans les rues et ruelles de Douala. C’est un client que la moto feint de déposer à destination, juste à votre niveau, qui subitement vous dépouille de tout, argent, bijoux, téléphones portables, ordinateurs, veste, ceinture et chaussures. Dans les grands boulevards et avenues, les scènes d’agression sont même enregistrées en journée au vu et au su de tous. Les populations ne savent plus à quel saint se vouer. La police n’arrive plus à les rassurer de sa présence devenue plutôt rare. Dans certains quartiers, des jeunes s’organisent pour faire face à toute agression. Un monsieur horrifié d’avoir été déplumé par des jeunots à “ la nouvelle route Cité SIC ’’ a décidé de ne plus se passer de sa machette. C’est peut-être cela la solution. Nous mettrons tous des blousons en cuir ou en jean et porterons tous une machette désormais. A la guerre, comme à la guerre. Face aux autorités incapables de prendre des solutions pour protéger les populations, celles-ci sont dans l’obligation de se défendre elles-mêmes. Ce sera un cas atypique. On n’imagine plus des citoyens marchant, tous avec des armes dangereuses. C’est la situation regrettable de stupeur dans laquelle nous vivons à Douala. Comment avons-nous pu en arriver là ? Dans les pays que l’on classe au niveau du Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Tchad, les gouvernants n’ont pas voulu de cette solution d’insertion sociale des jeunes qui en fait est un indice de misère rampante, pour reprendre une expression de Paul-Giles Nanda. A défaut de la proscrire, il faut dans les plus brefs délais la réguler. Pour le moment, les autorités administratives ou municipales en place, gros propriétaires de motos, ne font rien pour arranger une situation qui leur profite. Si on ne veut pas en arriver au pire, il est urgent de prendre des décisions responsables et vraiment révolutionnaires pour le salut de tous. La question sécuritaire ne semble pas concerner nos dirigeants. Protégés par leurs gardes du corps, ils oublient que nous sommes liés par la même condition humaine. Si leurs fonctions actuelles leur procurent quelques auspices, leurs proches restent à la merci des malfrats, et ils seront surtout, pour la plupart, bientôt à l’âge de la retraite. Leur silence est non seulement complice, mais aussi coupable. On n’a pourtant pas besoin d’être un génie pour prendre des mesures capables de régler ce fameux problème sécuritaire. Entre autres mesures, il faut imposer aux conducteurs de motos-taxis le port de chasubles fluorescentes identifiables, leur interdire des surcharges, limiter leur activité dans des zones inaccessibles aux voitures. Nos forces d’élites ne sont pas seulement utiles pour réprimer les grognards et les geignards, il est temps de faire intervenir, à Douala et même à Yaoundé, où la vie est tout aussi menacée, nos corps d’élite du BIR et de l’ESIR. Leur mission sera de sillonner les deux plus grandes villes du Cameroun et d’interpeler, de fouiller, de façon inopinée les « benskineurs ». Tous ceux qui seront porteurs d’armes à feu ou blanches doivent être passibles de sanctions particulièrement sévères, sous forte publicité, incluant l’emprisonnement, les amendes et l’interdiction d’exercer. Cela baissera les recettes, certes, mais cela sauvera surtout des vies. Aucune société ne peut être construite sur l’anarchie et le laisser-aller. Si nos autorités manquent d’idées et de courage, il convient de les remplacer. Nous avons tous dénoncé les dérapages du commandement opérationnel. On a largement eu le temps de penser à l’institution d’une autre structure aussi efficace que le Commandement opérationnel du très célèbre Général Philippe Mpay, mais plus juste, qui ne fera pas des exécutions sommaires, ne permettra pas des règlements de comptes, mènera des enquêtes et appliquera de façon équitable la loi. La structure pourrait même se nommer Commandement opérationnel que cela ne gênerait personne, au contraire, si c’est pour remettre l’ordre, pour l’intérêt général, on pourrait encore faire appel à ceux qui, par le passé, ont fait leurs preuves et qui sont reconnus pour leur bravoure. Le coût humain, dans tous les cas, est plus fort aujourd’hui que lors du Commandement opérationnel. A une certaine heure, toute personne déambulant dans la rue doit pouvoir justifier sa présence dehors quand le citoyen normal doit dormir pour refaire ses forces, et se remettre à la tâche le lendemain. Il est évident que la principale cause de l’insécurité chez nous est le déambulement nocturne entretenu par les réseaux mafieux de l’alcoolisme et de la prostitution.
Voilà le rapport que nous déposons sur l’auguste bureau de son Excellence Monsieur le Président de la République. Lui seul peut taper du poing sur la table, et rétablir l’ordre à Douala et dans toutes les autres villes du Cameroun.Tous les autres ont soldé leur capital confiance depuis longtemps.

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