Sylvestre Ndoumou
De nombreux hommes et femmes de notre pays, menant pourtant une vie disciplinée et droite, sont parfois contaminés au VIH/Sida par le fait d’un conjoint irresponsable. Votre journal a essayé de réfléchir sur les conséquences de ces comportements suicidaires qui menacent toute la société.
Y a-t-il une chaîne de distribution du SIDA dans notre société ? Cette question s’adresse à Monsieur et Madame tout le monde, au regard de la forte croissance des personnes séropositives dans notre pays. En effet, si vous ne le saviez pas, le Sida se distribue aujourd’hui comme des bonbons dans nos villes, dans l’inconscience générale des jeunes et même des adultes. Malgré les situations douloureuses de certains jeunes hommes et femmes aujourd’hui condamnés à jamais par la maladie, malgré les campagnes de sensibilisation, d’éducation et de moralisation, les mises en garde des autorités administratives et ecclésiales, ceux qui fréquentent avec assiduité les structures du péché, semblent faire la sourde oreille, alors que le VIH/SIDA ne cesse de décimer les femmes et les jeunes, qui sont, d’après des statistiques fiables, les groupes les plus vulnérables.
Aujourd’hui, les statistiques du VIH/Sida au Cameroun sont en nette augmentation. En effet, notre pays est passé d'un pays à faible prévalence de 1985 à 1990 ( 0,5 - 2%) à un pays à prévalence moyenne 7,2% , et l'augmentation de ce taux de prévalence ne cesse de grimper. L’on parle aujourd’hui de plus 20.000 cas cumulés depuis la découverte du premier cas. Ces chiffres, croyons-nous sincèrement, ne reflètent pas la réalité de la situation. En effet, à regarder de près, les statistiques disponibles sont obtenues, non pas sur la base d’un dépistage volontaire ou contraignant, mais de manière insidieuse, lorsque les patients vont dans les hôpitaux pour diverses raisons: hospitalisation, visites prénatales, examens médicaux, check up, etc. C’est en ce moment- là que les médecins, parfois à l’insu des patients, font des prélèvements de sang, soumis ensuite au test du VIH. Autrement dit, si le test du VIH était obligatoire au Cameroun, les statistiques seraient plus effrayantes.
Comportements irresponsables
Ce qui est plus effrayant, c’est que de nos jours, on ne contracte plus le Sida parce qu’on mène une vie de débauche, mais parce que votre épouse, votre époux, votre fiancé, multiplie les aventures extra conjugales à risques. Autrement dit, le Sida vient vous trouver sur place à la maison, on vient vous le « livrer » à domicile. Tous ces rappels doivent permettre à ceux qui lisent ces lignes de mieux comprendre pourquoi nous parlons d’une chaîne de distribution du Sida. Voici une histoire récente qui illustre à merveille nos propos. Un monsieur (appelons- le X), fonctionnaire vivant à Yaoundé, menait une vie tranquille avec son épouse. Seul point noir au tableau, après 4 ans de mariage, la femme avait toutes les peines du monde à concevoir. Voici que la belle tante conseille à cette dame de tenter une aventure extra conjugale, question de tester si la stérilité du couple provient de son époux. La femme cède à la tentation, et la voilà enceinte. La joie de la grossesse sera assombrie par un triste constat lors d’une visite médicale. En allant « chercher » l’enfant hors de son foyer, cette femme a contracté le Sida, et sans savoir qu’elle était infectée, elle a ensuite transmis la maladie à son époux !
Un médecin de la ville de Douala, (tenu par le secret médical) que nous avons rencontré dans le cadre de cette enquête, a avoué qu’il reçoit en consultation des jeunes filles qui viennent se confier à lui, et qui dénoncent les hommes, généralement des expatriés et même certains compatriotes, qui les ont infectées. D’autres jeunes filles rencontrées au fameux carrefour de sinistre dénomination « J’ai raté ma vie », sis au lieu dit Elf au quartier Village à Douala, ont pu nous faire la révélation suivante : Beaucoup de jeunes filles parmi celles qui font la prostitution ici sont séropositives. C’est la conséquence des aventures qu’elles ont eues avec des individus supposés « bons payeurs » qui leur proposent souvent beaucoup d’argent. Une autre jeune fille, S. T, aujourd’hui malade, a accepté de nous raconter sa propre mésaventure. C’est au cours d’un pseudo recrutement que son malheur est arrivé. Voici son histoire : « Après avoir déposé mes dossiers, nous avons été convoqués dans un hôtel. C’est là que le jury, composé de quatre hommes a reçu les candidats. Après le test, un membre du jury m’a proposé de le rencontrer discrètement, et m’a promis le succès au cas où… Etant à la recherche d’un emploi pendant 10 ans après avoir achevé mes études, j’ai eu une aventure sexuelle avec lui, et aujourd’hui, je suis infectée. Je demande aux jeunes filles qui liront ce témoignage, de faire très attention. Ne jamais céder son corps pour une promesse d’emploi ou d’argent ».
La chaîne de distribution
Voilà donc comment fonctionne ce que nous appelons « la chaîne de distribution du SIDA ». Je suis infecté, mais je décide de ne pas mourir seul, et je commence aussi à infecter les autres. Dans nos villes, nous côtoyons chaque jour des criminels insoupçonnés. Hommes ou femmes, ils circulent dans de belles voitures, ils portent de beaux costumes, ils brassent de fortes sommes d’argent et ne ratent jamais l’occasion d’exhiber leur richesse, et ils sont parfois très généreux, Et comme nos soeurs sont friandes d’argent, elles tombent généralement dans ce piège, elles cèdent ainsi facilement à la tentation, et lorsqu’elles découvrent qu’elles ont été contaminées, la première réaction est de se venger, c’est –à-dire, transmettre aussi la maladie aux autres. Ainsi se constituent ici et là, les chaînes de distribution du VIH/SIDA. Mlle X.T, une jeune fille opérant à Douala au quartier Akwa interrogée sur le sujet, a eu cette déclaration incroyable : « Si je suis infectée volontairement par quelqu’un qui savait bien qu’il est malade, je vous assure qu’avant de mourir, je distribuerai le VIH comme des biscuits à tous ceux qui viendront vers moi ». Dans leur Déclaration sur le Sida, les Evêques du Cameroun mettent en garde contre les comportements irresponsables : « Pas de découragement qui mène à des actes irresponsables. Pas d’esprit de vengeance qui conduit à des actes criminels tels que la dissémination volontaire de la maladie… L’Eglise dit, gardez courage, gardez espoir et toute la foi en Dieu, car il vous aime. C’est grâce à Dieu Tout Puissant que le monde entier se mobilise aujourd’hui pour vous venir en aide » (P.9). De nombreux jeunes hommes et filles vivent aujourd’hui ce drame en silence, dans un profond regret, et surtout la psychose de voir la mort se profiler à l’horizon.
Aujourd’hui, le méchant semble avoir pris le dessus sur le bien. Satan rôde en permanence, et il se manifeste à nous à travers de belles femmes ou des messieurs qui, pour un petit moment de plaisir, sont capables de libérer 300.000 Fcfa à une jeune fille. Mais, cet argent, ces belles femmes, ces mecs apparemment de bonne classe, c’est le passeport pour la mort. De nombreuses jeunes filles ont déjà payé de leur vie pour cela, et d’autres s’apprêtent à le faire au moment où nous écrivons ces lignes. Regardez autour de vous, faites vos propres enquêtes, et vous découvrirez le drame que vivent les familles à cause du SIDA. Les victimes n’osent même pas en parler, encore moins les auteurs. Un silence épais couvre ces actes de malveillance, pendant que le nombre de victimes ne cesse de s’accroître.
Aujourd’hui, si l’on n’y prend garde, le SIDA pourrait décimer la jeunesse de notre pays. Les autorités administratives et morales doivent parler aux jeunes le langage de la vérité, si les conseils qui leurs sont donnés jusqu’ici ne portent pas de fruits. Les autorités doivent aller un peu plus loin, et combler l’absence d’une législation claire sur la transmission criminelle du VIH/Sida. A ce sujet, la juriste Esther Ngallè Mbonjo, parlant des “moyens juridiques de protection” face à la pandémie du siècle au cours d’un colloque organisé à Douala, avait souligné ce qui suit: « Selon la jurisprudence, il n’y a pas de texte qui sanctionne la transmission du VIH/Sida, même volontaire. Ce sont les dispositifs sur l’empoisonnement qui sont appliqués ». [Art.260 du code pénal sur la transmission de maladie par contagion et 176 sur l’empoisonnement ndlr]. A ce sujet, un tribunal de la ville de Douala, a été récemment saisi par une femme de 35 ans qui a porté plainte contre l’homme avec qui elle avait un projet de mariage. Celui –ci se savait séropositif, mais il ne l’a pas dit à sa fiancée. Des cas de ce genre sont très fréquents, mais la procédure demeure très longue pour en arriver à la qualification criminelle de la contamination.
Les campagnes de sensibilisation du Ministère de la Santé publique sur le Sida semblent donner des résultats mitigés, pendant que beaucoup de fonctionnaires en profitent pour se remplir les poches. A court de stratégies, ils se contentent de conseiller le préservatif aux populations. Or il s’agit là d’une porte ouverte au péché de la fornication et, inévitablement au suicide. Ces fonctionnaires oublient de dire la vérité aux jeunes, ils oublient de transmettre un message moral qui met en garde contre les comportements à risques et les attitudes de vengeance pour ceux qui sont déjà contaminés. Ils oublient de dire à ceux qui sont déjà infectés que la médecine a fait quelques progrès dans la lutte contre le VIH, car de nos jours, on ne meurt plus aussi facilement du Sida, on se maintient grâce aux antirétroviraux, et une rigoureuse hygiène de vie pendant le reste de ses jours. C’est difficile à accepter, mais c’est la cruelle réalité.
C’est le lieu pour nous de rappeler à tous que les Evêques du Cameroun ont donné un enseignement précis et clair sur le Sida. Cet enseignement se résume dans cette phrase significative : « La chasteté avant le mariage, l’abstinence et la fidélité pendant le mariage sont les seules garanties sûres pour freiner l’expansion de ce fléau ».

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