Bernard Amadou (stagiaire)
La semaine dédiée aux pénitenciers de New-Bell, organisée conjointement par l’Aumônerie des prisons conduite par le Père William Tcheumtchoua Nzali, et l’International Commission of Catholic Prison Pastoral Care (ICCPPC) dirigée par la Sr Jacky Atabong, a permis de vivre une série d’activités dont une conférence-débat sur des questions relatives au nouveau Code de procédure pénale et la conduite à tenir devant la barre.
La semaine culturelle de la prison organisée par la pastorale diocésaine de prison s’est étalée sur la période allant du 28 juin au 2 juillet 2010. Elle s’est ouverte avec l’investissement humain à l’intérieur de la prison. Les pensionnaires du pénitencier de New Bell ont, à la faveur de cet événement, lavé, puis désinfecté leurs cellules. Le jour suivant, ils ont bénéficié des consultations médicales gratuites menées par le personnel médical de la prison et 9 autres personnels médicaux mobilisés par la Sr Jacky Atabong. Peu renseignés sur leurs droits et sur le nouveau code de procédure pénale, une conférence-débat à l’effet de mieux outiller les prisonniers leur a été proposée au troisième jour. La journée culturelle (avec au menu un défilé de mode, danses, expositions d’objets d’art, jeux divers…) a permis aux détenus de reconsidérer leur milieu carcéral. La dernière journée a connu un service interreligieux présidé par l’Aumônier des prisons de l’Archidiocèse de Douala. Le Père William Tcheumtchoua, Sj. a invité les prisonniers à plus de responsabilité dans leurs agissements, car selon lui, une forte expérience de foi peut apporter une aide déterminante à l'exigence humaine d'atteindre un équilibre intérieur. L'expérience de la Croix du Christ dans les prisons, peut conduire à des horizons humains et spirituels inattendus.
Conférence-débat
S’agissant de la conférence-débat axée sur le thème « La violence en milieu carcéral », elle a permis aux deux panélistes d’entretenir les prisonniers sur le Nouveau code de procédure pénale, et la conduite à tenir devant la barre. A cet effet, Maître Nana, premier intervenant, a affirmé que : « plaider coupable permet aux juges de vite trancher l’affaire. Ainsi, l’accusé n’aura plus à répondre à beaucoup de questions. Il pourrait éventuellement bénéficier de la clémence de ce dernier. Par contre, plaider non coupable signifie nier entièrement les faits pour lesquels l’on est poursuivi. Et pour découvrir la vérité, le juge doit procéder par une série de questions posées à l’accusé, et si au terme de ce procès l’accusé est reconnu coupable, il ne peut espérer bénéficier de la clémence de ce dernier ». Cependant, a-t-il ajouté, mieux vaut reconnaître ses erreurs si l’on se reconnait dans les faits que de mentir.
Prenant la parole à son tour, Me Abessolo Martin, lui-même incarcéré à la prison de New-Bell, entretiendra ses co-détenus sur la conduite à tenir lorsqu’on est incarcéré. A cet effet, il mettra plus l’accent sur l’importance d’avoir un cahier sur lequel le détenu doit tout noter, pour ceux qui le peuvent et en ont les moyens. Aussi dira-t-il « Devant la barre, il ne faut pas avoir peur. Il faut prendre soin de votre tenue devant la barre, s’exprimer à haute et intelligible voix. Si vous ne comprenez pas les questions du juge, demandez-lui de vous parler en français simple. Soyez courtois, et réfléchissez avant de parler, prenez tout votre temps ».
Réinsertion sociale
Sur la question de la réinsertion sociale, une détenue a pris la parole pour présenter les difficultés que rencontre un ex-détenu. L’Eglise de Douala a inscrit plusieurs projets visant à remettre l’homme-prisonnier débout une fois hors de sa geôle. Interrogée à ce propos la Sr. Jacqueline Atabong a laissé entendre que « Nous sommes en train de mettre sur en place un groupe de soutien pour préparer les prisonniers à la sortie à se prendre en main. Pour cela, nous aimerions également renforcer l’assistance judiciaire. Il est également prévu dans les jours à venir un atelier de sculpture pour permettre aux prisonniers d’apprendre à meubler leur séjour en prison, et pourquoi pas leur permettre d’en faire une activité économique. Par ailleurs, la pastorale a prévu un centre de réinsertion sociale à Yassa. Dans ledit centre, les ex-prisonniers peuvent apprendre la couture, et le métier de boulanger ». Il y a certes encore beaucoup à faire, mais le Diocèse de Douala se bat pour répondre à la maxime selon laquelle : « la gloire de Dieu c’est l’homme debout ».
D’une manière générale, le Père William Tcheumtchoua a résumé la semaine de la prison 2010, comme une manifestation visant à rendre grâce à Dieu pour les vocations qu’il suscite dans le cadre de l’apostolat des prisons, pour l’esprit de charité qui anime ceux qui se dévouent pour l’amélioration des conditions de vie des frères et soeurs privés de liberté. Il s’agissait aussi de sensibiliser le public sur la vie en prison, et le détenu lui-même sur ses droits. Ensuite, l’occasion était donnée pour encourager tous les membres de la plate forme qui oeuvrent dans les prisons de l’Archidiocèse de Douala, de remercier et d’encourager les autorités judiciaires et pénitentiaires pour les efforts qu’ils fournissent pour le désengorgement des prisons, et enfin, de permettre à l’Aumônerie des prisons de faire une évaluation en profondeur de ce qui a été fait ou reste à faire sur les plans matériels et spirituels dans l’apostolat des prisons.
Rappelons que dans l’Archidiocèse de Douala, l’apostolat des prisons a été confié depuis de longues années aux Jésuites. Cet apostolat est en fait le chemin que Saint Ignace de Loyola, le Fondateur de la Compagnie de Jésus, a indiqué aux jésuites : aimer pour changer le monde comme Jésus l'a fait. Aimer et servir, voilà quelle a été la manière de vivre d'Ignace de Loyola, voilà ce à quoi il a appelé les jésuites; voilà ce à quoi tous les chrétiens et chrétiennes sont appelés, et c’est cette vocation d’amour et de charité envers les prisonniers qui a été confiée au Père Aumônier des prisons de l’Archidiocèse de Douala. L'aumônerie catholique des prisons a pour mission d'être une présence d'Église auprès des personnes incarcérées. La mission quotidienne du Père William Tcheumtchoua auprès des détenus, s'inscrit dans le message biblique de libération. Mais elle s'appuie sur l'idée que la dignité de toute personne humaine doit être respectée.

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