Interview réalisée par
Sylvestre Ndoumou
Dans l’édition précédente, l’Abbé André Fils Mbem, Vicaire à la Cathédrale de Douala, répondait aux critiques formulées par certaines personnes vis-à-vis de l’Eglise catholique. Voici la suite de cette interview.
Sylvestre Ndoumou
Dans l’édition précédente, l’Abbé André Fils Mbem, Vicaire à la Cathédrale de Douala, répondait aux critiques formulées par certaines personnes vis-à-vis de l’Eglise catholique. Voici la suite de cette interview.
Dans notre vie, nous faisons parfois l’expérience déroutante d’un Dieu qui ne semble pas exaucer notre prière, alors qu’il prétend le contraire dans l’Evangile. Quand nous lisons « moi, je vous dis : Demandez, vous obtiendrez ; cherchez, vous trouverez ; frappez, la porte vous sera ouverte » (Lc 11,9) nous pourrions nous dire : eh bien moi je frappe et la porte ne s’ouvre toujours pas...
Dieu nous ouvre la porte quand nous frappons, bien qu’il me semble que ce soit parfois une autre porte, pour entrer ailleurs, là où finalement nous découvrirons davantage. Dieu répond sûrement à notre prière, ce qui ne veut pas dire qu’il réponde à nos attentes premières. Dans ma vie j’ai souvent fait l’expérience de cela.
Les prières sont très courtes à l’Eglise Catholique, alors qu’ailleurs, on prend le temps de prier longuement. C’est un autre reproche que ceux qui désertent font à l’Eglise Catholique.
La valeur ou l’efficacité de la prière ne se mesure pas à la qualité ou à la beauté des formules utilisées ou à la longueur de la prière. L’exemple donné par Jésus du publicain et du Pharisien au temple en est la preuve, comme on peut lire dans Luc 18, 9-14. Par ailleurs, je me rappelle ce conseil du Seigneur : Dans vos prières, ne rabâchez pas comme les païens: ils s'imaginent qu'en parlant beaucoup ils se feront mieux écouter. N'allez pas faire comme eux; car votre Père sait bien ce qu'il faut que vous lui demandiez. Un Père de l'Eglise a écrit à ce propos : je crois que le Christ nous demande d'éviter les longues prières, longues quant à la suite interminable de paroles, mais non quant au temps. Le Seigneur Lui-même nous a donné en exemple la veuve qui, à force de réclamations, vient à bout de la résistance du juge inique; et cet autre exemple de l'ami importun qui arrive la nuit à des heures indues et qui, par entêtement plus que par amitié, obtient de son ami qu'il sorte de son lit (cf. Lc 11, 5 8; Lc 18, 1-8). Par ces deux exemples Il nous invite à la demande constante, non dans d'interminables prières, mais par le simple exposé de nos besoins.
Quels conseils pouvez-vous donner aux chrétiens qui n’arrivent pas à se concentrer dans la prière ?
Je donnerais tout simplement ce conseil de Saint José Maria Escriva de Balaguer, Fondateur de l’Opus Dei : « Si malgré tout, au début de votre méditation, vous n'arrivez pas à concentrer votre attention pour parler avec Dieu, si vous vous trouvez froids et que votre tête semble incapable de formuler la moindre idée, ou que votre coeur ne réagit pas, je vous conseille ce que j'ai toujours essayé de faire dans ces cas-là: mettez-vous en présence de votre Père et dites-lui tout au moins: “ Seigneur je ne sais pas prier, je ne trouve rien à te raconter !... Soyez-en sûrs, à ce moment même vous avez commencé à prier ». (Amis de Dieu, 145)Parfois, dans la prière, nous donnons beaucoup de valeur à ce que nous disons au Seigneur, à ce que nous pensons, à nos raisonnements ou nos actions … Au point d’en oublier le Seigneur, et de ne penser qu’à nous, à nos problèmes et nos réflexions. Jésus dit ¨Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens …car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé¨ (Mt. 6,7-8 )
Est-il vrai que l’Eglise Catholique impose des critères sévères et rigoureux pour recevoir les sacrements.
On peut réduire à deux les conditions que l’Eglise impose pour recevoir les Sacrements. Il y a la formation et l’idonéité. Il faut se préparer. Il faut connaître Jésus Christ, il faut connaître l’Eglise, l’Evangile, les Commandements de Dieu, ce à quoi on s’engage. Nul ne peut aimer ce qu’il ignore. Il faut être idoine ; il faut aussi mener une vie en communion avec la Parole de Dieu. Quand on a été suffisamment préparé et qu’on a des aptitudes requises, on peut recevoir les sacrements. Comme on le sait, la simonie est condamnée par l’Eglise. Pour le reste, chaque prêtre sait que « en dehors des offrandes fixées par l’autorité compétente, le ministre ne demandera rien pour l’administration des sacrements, en veillant toujours à ce que les nécessiteux ne soient pas privés de l’aide des sacrements à cause de leur pauvreté ».
L’Eglise Catholique empêche t-elle aux chrétiens d’avoir des visions et de faire des déclarations prophétiques.
L’Eglise catholique a toujours fait une nette distinction entre révélation publique et révélation privée. La révélation publique est celle qui s'adresse à toute l'humanité comme objet de foi universelle. Il n'y a plus à attendre de nouvelle révélation officielle avant l'apparition dans la gloire, de Notre Seigneur Jésus-Christ (voir 1 Tim 6, 14 et Tite 2, 13)" (Constitution dogmatique "Dei Verbum" sur la révélation divine, ch. I, nos 3-4). Les révélations privées, par contre, sont celles qui s'adressent à une seule âme ou à un certain nombre d'âmes (non pas à toute l'humanité comme la révélation publique), sans être objet de foi universelle. Elles peuvent être reçues au moyen d'apparitions, de locutions, etc. (concernant les sens externes) ou de visions, de révélations, etc. Selon la théologie catholique, ces révélations privées sont: possibles, réelles, relativement rares, nécessairement subordonnées à la révélation publique. L’Eglise soumet ces révélations privées à son jugement. Il s'ensuit qu'elle ne les rejette pas a priori, et par conséquent les tient pour possibles. Et même, elle en a permis et approuvé quelques-unes. Il est évident que Dieu, après avoir donné à l'humanité une révélation publique, générale, n'a pas pour autant renoncé à la liberté d'y ajouter, selon son bon plaisir, quelques révélations privées, particulières, moins étendues et quelquefois tout à fait individuelles. La richesse du mystère de Dieu est inépuisable. Et Dieu n'a jamais renoncé à avoir des contacts directs avec les âmes pour les instruire. On connaît bien, à ce propos, la prophétie de Joël qui, parlant du règne messianique, dit : "Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes. Vos jeunes gens, des visions" (3, 1). Elles sont donc possibles. L'Église elle-même permet la diffusion de quelques révélations privées (par exemple celle du Sacré-Coeur à Sainte Marguerite-Marie Alacoque, qui a été le fondement d'un culte liturgique, par conséquent officiel). Toute révélation qui est réellement contraire à la foi, aux bonnes m?urs ou à la décence, se trouve inexorablement rejetée, parce que Dieu ne peut se contredire et enseigner des choses contraires à ce qu'enseigne l'Église, gardienne officielle du dépôt de la foi. Il en est tout autant des choses qui s'opposent à l'enseignement unanime des Pères et des théologiens (mais non dans le cas d'opinions controversées). De même les demandes de choses impossibles à réaliser ne peuvent être admises comme provenant de Dieu. On connaît l'arbre à ses fruits. Les révélations réelles, vraies, produisent la sérénité et la paix; les fausses produisent le trouble, la tristesse, le découragement, etc. Les vraies révélations affermissent l'âme dans la vertu, particulièrement dans l'humilité, les fausses, au contraire, engendrent l'orgueil. L'Église a toujours usé de beaucoup de réserve, se comportant avec grand soin et une extrême circonspection. Son approbation, quand elle est accordée, doit être comprise de façon négative (en ce sens que dans ces écrits, il n'y a rien qui soit contraire à la foi et aux moeurs) plutôt que positive. Les révélations privées ne peuvent rien ajouter de substantiellement nouveau à la révélation publique. Même dans le cas où les révélations privées sont reconnues comme réelles, l'Église ne les impose pas à la croyance des fidèles (comme elle le fait, au contraire, pour la révélation publique); c'est pourquoi l'Église n'a jamais jugé hérétiques ceux qui refusent de les admettre; ce qui n'empêche pas que ceux-ci peuvent être imprudents et téméraires en les refusant. Dans l'hypothèse où elles sont réellement d'origine divine, les révélations privées obligent seulement ceux qui en sont favorisés par Dieu, ainsi que tous ceux à qui leur réalité historique et théologique paraît certaine. Quoiqu'elles n'ajoutent ni ne puissent rien ajouter de substantiellement nouveau à la révélation publique (déjà complète dans le Christ), on ne doit pas regarder les révélations privées comme inutiles. De fait, elles sont très utiles aux âmes de ceux auxquels elles sont communiquées, et cela de plusieurs manières: elles nourrissent et développent la foi et la piété de l'Église; elles favorisent une plus claire intelligence des vérités et des documents de la révélation publique. Par le moyen des révélations privées, Dieu nous aide à tirer un .plus grand profit de la révélation publique.
L’Eglise doit-elle fermer la porte à ceux qui s’en vont pour aller vivre d’autres aventures ?
L’Eglise ne ferme jamais sa porte, ses portes sont toujours ouvertes. Elle est Mère, elle est la famille des enfants de Dieu. Mais si un enfant venait à renier sa mère, ceci ne change rien au fait que votre mère reste votre mère. L’Eglise accueille toujours ses enfants. Elle doit même tout faire pour faire revenir les brebis qui se sont égarées. De même que le Père de l’Enfant prodigue n’attendait que le retour de son fils, l’Eglise accueille avec joie le retour à la maison de ses enfants qui sont allés vivre d’autres aventures. L’Eglise exerce la miséricorde à leur égard. Nous ne les jugeons pas. Dans l’Eglise, il y a la liberté des enfants de Dieu. La foi ne s’impose pas, elle se propose. Jésus une fois a osé demander à ses Apôtres : « voulez-vous partir vous aussi ? ». L’Eglise ne fait pas la propagande. Rester dans l’Eglise est un choix personnel, c’est une réponse libre à un appel.
Si un chrétien s’en va pour des raisons évoquées, et s’il manifeste de revenir. Que prévoit l’Eglise ?
D’abord, il faut savoir que le chrétien catholique qui renie publiquement sa foi encoure une excommunication latae sententiae, c'est-à-dire par le fait même de la commission du délit. Donc par le fait même qu’on ait publiquement renié sa foi, on est de ce fait même excommunié ; on n’est plus en communion avec l’Eglise. Pour revenir, on ne le baptise pas de nouveau. Car on est baptisé une seule fois dans la vie. Cependant, il doit professer sa foi, recevoir le sacrement de Pénitence et de réconciliation. Le ministre devra lever l’excommunication qui pesait sur lui avant de lui pardonner ses péchés. On peut donner une pénitence en réparation du péché d’apostasie, et on réintègre le fidèle dans la communauté.
La recherche des miracles, des guérisons spectaculaires et des délivrances n’est-elle pas un danger pour la foi ?
Le chrétien doit comprendre ceci : c’est la foi qui provoque les miracles. Jésus disait toujours à ceux qui venaient vers Lui : «Ta foi t’a sauvé » ; « Que tout se passe selon ta foi » ; « si tu crois tu verras la gloire de Dieu » ; la foi, si vous en aviez gros comme la graine de moutarde, vous seriez capable de déplacer les montagnes ». Par conséquent, les miracles ont lieu là où les gens ont la foi. Et les miracles semblent être rares là où la foi manque. Ceux qui demandent des signes et des miracles comme Hérode et les Nazaréens ne trouvent de miracles, mais ceux qui ont la foi, trouvent beaucoup de miracles et eux-mêmes en réalisent plusieurs. C’est donc à cause de notre manque de foi que nous ne voyons pas les miracles ou que nous ne réalisons pas les miracles.
Que doit faire l’Eglise pour que le chrétien ne soit tenté de déserter ?
Il faut assurer une bonne formation théologique et spirituelle aux fidèles, car c’est très souvent aussi l’ignorance qui pousse quelques fidèles à déserter. C’est pour cela que la création de l’Ecole de théologie pour les laïcs est une initiative très louable et appréciée. Les laïcs doivent saisir cette opportunité que l’Eglise leur offre de se former. La catéchèse pour les sacrements quant à elle, doit viser à initier les catéchumènes à la vie chrétienne, à les aider à être chrétiens et non pas seulement à recevoir les sacrements. Cette formation doit être soutenue et étendue suffisamment dans le temps. Il faut renforcer la formation biblique, liturgique et spirituelle. Il faut initier les fidèles à la prière et à la Lectio divina. Il faut aussi créer des communautés ecclésiales à taille humaine pour permettre des relations chaleureuses dans l’Eglise, rapprocher les paroisses des fidèles, améliorer l’accueil. Les prêtres doivent être à l’écoute des fidèles. Il nous faut une pastorale de proximité. L’enseignement de l’Eglise doit prendre en considération tout l’homme, les joies et les peines des uns et des autres. Il y a des frustrations qui poussent des fidèles à déserter. La foi chrétienne a besoin de modèles. Il faut donc plus de cohérence entre ce que nous prêchons et ce que nous vivons. Toutefois, si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peinent les bâtisseurs. Nous devons rester vigilants, prier pour nos fidèles pour qu’ils ne succombent pas à la tentation. Nous devons initier nos fidèles à la prière pour qu’ils soient forts dans la foi aux moments des épreuves, pour qu’ils ne soient pas déroutés par des loups voraces, des marchands d’illusions et des charlatans.
Dieu nous ouvre la porte quand nous frappons, bien qu’il me semble que ce soit parfois une autre porte, pour entrer ailleurs, là où finalement nous découvrirons davantage. Dieu répond sûrement à notre prière, ce qui ne veut pas dire qu’il réponde à nos attentes premières. Dans ma vie j’ai souvent fait l’expérience de cela.
Les prières sont très courtes à l’Eglise Catholique, alors qu’ailleurs, on prend le temps de prier longuement. C’est un autre reproche que ceux qui désertent font à l’Eglise Catholique.
La valeur ou l’efficacité de la prière ne se mesure pas à la qualité ou à la beauté des formules utilisées ou à la longueur de la prière. L’exemple donné par Jésus du publicain et du Pharisien au temple en est la preuve, comme on peut lire dans Luc 18, 9-14. Par ailleurs, je me rappelle ce conseil du Seigneur : Dans vos prières, ne rabâchez pas comme les païens: ils s'imaginent qu'en parlant beaucoup ils se feront mieux écouter. N'allez pas faire comme eux; car votre Père sait bien ce qu'il faut que vous lui demandiez. Un Père de l'Eglise a écrit à ce propos : je crois que le Christ nous demande d'éviter les longues prières, longues quant à la suite interminable de paroles, mais non quant au temps. Le Seigneur Lui-même nous a donné en exemple la veuve qui, à force de réclamations, vient à bout de la résistance du juge inique; et cet autre exemple de l'ami importun qui arrive la nuit à des heures indues et qui, par entêtement plus que par amitié, obtient de son ami qu'il sorte de son lit (cf. Lc 11, 5 8; Lc 18, 1-8). Par ces deux exemples Il nous invite à la demande constante, non dans d'interminables prières, mais par le simple exposé de nos besoins.
Quels conseils pouvez-vous donner aux chrétiens qui n’arrivent pas à se concentrer dans la prière ?
Je donnerais tout simplement ce conseil de Saint José Maria Escriva de Balaguer, Fondateur de l’Opus Dei : « Si malgré tout, au début de votre méditation, vous n'arrivez pas à concentrer votre attention pour parler avec Dieu, si vous vous trouvez froids et que votre tête semble incapable de formuler la moindre idée, ou que votre coeur ne réagit pas, je vous conseille ce que j'ai toujours essayé de faire dans ces cas-là: mettez-vous en présence de votre Père et dites-lui tout au moins: “ Seigneur je ne sais pas prier, je ne trouve rien à te raconter !... Soyez-en sûrs, à ce moment même vous avez commencé à prier ». (Amis de Dieu, 145)Parfois, dans la prière, nous donnons beaucoup de valeur à ce que nous disons au Seigneur, à ce que nous pensons, à nos raisonnements ou nos actions … Au point d’en oublier le Seigneur, et de ne penser qu’à nous, à nos problèmes et nos réflexions. Jésus dit ¨Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens …car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé¨ (Mt. 6,7-8 )
Est-il vrai que l’Eglise Catholique impose des critères sévères et rigoureux pour recevoir les sacrements.
On peut réduire à deux les conditions que l’Eglise impose pour recevoir les Sacrements. Il y a la formation et l’idonéité. Il faut se préparer. Il faut connaître Jésus Christ, il faut connaître l’Eglise, l’Evangile, les Commandements de Dieu, ce à quoi on s’engage. Nul ne peut aimer ce qu’il ignore. Il faut être idoine ; il faut aussi mener une vie en communion avec la Parole de Dieu. Quand on a été suffisamment préparé et qu’on a des aptitudes requises, on peut recevoir les sacrements. Comme on le sait, la simonie est condamnée par l’Eglise. Pour le reste, chaque prêtre sait que « en dehors des offrandes fixées par l’autorité compétente, le ministre ne demandera rien pour l’administration des sacrements, en veillant toujours à ce que les nécessiteux ne soient pas privés de l’aide des sacrements à cause de leur pauvreté ».
L’Eglise Catholique empêche t-elle aux chrétiens d’avoir des visions et de faire des déclarations prophétiques.
L’Eglise catholique a toujours fait une nette distinction entre révélation publique et révélation privée. La révélation publique est celle qui s'adresse à toute l'humanité comme objet de foi universelle. Il n'y a plus à attendre de nouvelle révélation officielle avant l'apparition dans la gloire, de Notre Seigneur Jésus-Christ (voir 1 Tim 6, 14 et Tite 2, 13)" (Constitution dogmatique "Dei Verbum" sur la révélation divine, ch. I, nos 3-4). Les révélations privées, par contre, sont celles qui s'adressent à une seule âme ou à un certain nombre d'âmes (non pas à toute l'humanité comme la révélation publique), sans être objet de foi universelle. Elles peuvent être reçues au moyen d'apparitions, de locutions, etc. (concernant les sens externes) ou de visions, de révélations, etc. Selon la théologie catholique, ces révélations privées sont: possibles, réelles, relativement rares, nécessairement subordonnées à la révélation publique. L’Eglise soumet ces révélations privées à son jugement. Il s'ensuit qu'elle ne les rejette pas a priori, et par conséquent les tient pour possibles. Et même, elle en a permis et approuvé quelques-unes. Il est évident que Dieu, après avoir donné à l'humanité une révélation publique, générale, n'a pas pour autant renoncé à la liberté d'y ajouter, selon son bon plaisir, quelques révélations privées, particulières, moins étendues et quelquefois tout à fait individuelles. La richesse du mystère de Dieu est inépuisable. Et Dieu n'a jamais renoncé à avoir des contacts directs avec les âmes pour les instruire. On connaît bien, à ce propos, la prophétie de Joël qui, parlant du règne messianique, dit : "Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes. Vos jeunes gens, des visions" (3, 1). Elles sont donc possibles. L'Église elle-même permet la diffusion de quelques révélations privées (par exemple celle du Sacré-Coeur à Sainte Marguerite-Marie Alacoque, qui a été le fondement d'un culte liturgique, par conséquent officiel). Toute révélation qui est réellement contraire à la foi, aux bonnes m?urs ou à la décence, se trouve inexorablement rejetée, parce que Dieu ne peut se contredire et enseigner des choses contraires à ce qu'enseigne l'Église, gardienne officielle du dépôt de la foi. Il en est tout autant des choses qui s'opposent à l'enseignement unanime des Pères et des théologiens (mais non dans le cas d'opinions controversées). De même les demandes de choses impossibles à réaliser ne peuvent être admises comme provenant de Dieu. On connaît l'arbre à ses fruits. Les révélations réelles, vraies, produisent la sérénité et la paix; les fausses produisent le trouble, la tristesse, le découragement, etc. Les vraies révélations affermissent l'âme dans la vertu, particulièrement dans l'humilité, les fausses, au contraire, engendrent l'orgueil. L'Église a toujours usé de beaucoup de réserve, se comportant avec grand soin et une extrême circonspection. Son approbation, quand elle est accordée, doit être comprise de façon négative (en ce sens que dans ces écrits, il n'y a rien qui soit contraire à la foi et aux moeurs) plutôt que positive. Les révélations privées ne peuvent rien ajouter de substantiellement nouveau à la révélation publique. Même dans le cas où les révélations privées sont reconnues comme réelles, l'Église ne les impose pas à la croyance des fidèles (comme elle le fait, au contraire, pour la révélation publique); c'est pourquoi l'Église n'a jamais jugé hérétiques ceux qui refusent de les admettre; ce qui n'empêche pas que ceux-ci peuvent être imprudents et téméraires en les refusant. Dans l'hypothèse où elles sont réellement d'origine divine, les révélations privées obligent seulement ceux qui en sont favorisés par Dieu, ainsi que tous ceux à qui leur réalité historique et théologique paraît certaine. Quoiqu'elles n'ajoutent ni ne puissent rien ajouter de substantiellement nouveau à la révélation publique (déjà complète dans le Christ), on ne doit pas regarder les révélations privées comme inutiles. De fait, elles sont très utiles aux âmes de ceux auxquels elles sont communiquées, et cela de plusieurs manières: elles nourrissent et développent la foi et la piété de l'Église; elles favorisent une plus claire intelligence des vérités et des documents de la révélation publique. Par le moyen des révélations privées, Dieu nous aide à tirer un .plus grand profit de la révélation publique.
L’Eglise doit-elle fermer la porte à ceux qui s’en vont pour aller vivre d’autres aventures ?
L’Eglise ne ferme jamais sa porte, ses portes sont toujours ouvertes. Elle est Mère, elle est la famille des enfants de Dieu. Mais si un enfant venait à renier sa mère, ceci ne change rien au fait que votre mère reste votre mère. L’Eglise accueille toujours ses enfants. Elle doit même tout faire pour faire revenir les brebis qui se sont égarées. De même que le Père de l’Enfant prodigue n’attendait que le retour de son fils, l’Eglise accueille avec joie le retour à la maison de ses enfants qui sont allés vivre d’autres aventures. L’Eglise exerce la miséricorde à leur égard. Nous ne les jugeons pas. Dans l’Eglise, il y a la liberté des enfants de Dieu. La foi ne s’impose pas, elle se propose. Jésus une fois a osé demander à ses Apôtres : « voulez-vous partir vous aussi ? ». L’Eglise ne fait pas la propagande. Rester dans l’Eglise est un choix personnel, c’est une réponse libre à un appel.
Si un chrétien s’en va pour des raisons évoquées, et s’il manifeste de revenir. Que prévoit l’Eglise ?
D’abord, il faut savoir que le chrétien catholique qui renie publiquement sa foi encoure une excommunication latae sententiae, c'est-à-dire par le fait même de la commission du délit. Donc par le fait même qu’on ait publiquement renié sa foi, on est de ce fait même excommunié ; on n’est plus en communion avec l’Eglise. Pour revenir, on ne le baptise pas de nouveau. Car on est baptisé une seule fois dans la vie. Cependant, il doit professer sa foi, recevoir le sacrement de Pénitence et de réconciliation. Le ministre devra lever l’excommunication qui pesait sur lui avant de lui pardonner ses péchés. On peut donner une pénitence en réparation du péché d’apostasie, et on réintègre le fidèle dans la communauté.
La recherche des miracles, des guérisons spectaculaires et des délivrances n’est-elle pas un danger pour la foi ?
Le chrétien doit comprendre ceci : c’est la foi qui provoque les miracles. Jésus disait toujours à ceux qui venaient vers Lui : «Ta foi t’a sauvé » ; « Que tout se passe selon ta foi » ; « si tu crois tu verras la gloire de Dieu » ; la foi, si vous en aviez gros comme la graine de moutarde, vous seriez capable de déplacer les montagnes ». Par conséquent, les miracles ont lieu là où les gens ont la foi. Et les miracles semblent être rares là où la foi manque. Ceux qui demandent des signes et des miracles comme Hérode et les Nazaréens ne trouvent de miracles, mais ceux qui ont la foi, trouvent beaucoup de miracles et eux-mêmes en réalisent plusieurs. C’est donc à cause de notre manque de foi que nous ne voyons pas les miracles ou que nous ne réalisons pas les miracles.
Que doit faire l’Eglise pour que le chrétien ne soit tenté de déserter ?
Il faut assurer une bonne formation théologique et spirituelle aux fidèles, car c’est très souvent aussi l’ignorance qui pousse quelques fidèles à déserter. C’est pour cela que la création de l’Ecole de théologie pour les laïcs est une initiative très louable et appréciée. Les laïcs doivent saisir cette opportunité que l’Eglise leur offre de se former. La catéchèse pour les sacrements quant à elle, doit viser à initier les catéchumènes à la vie chrétienne, à les aider à être chrétiens et non pas seulement à recevoir les sacrements. Cette formation doit être soutenue et étendue suffisamment dans le temps. Il faut renforcer la formation biblique, liturgique et spirituelle. Il faut initier les fidèles à la prière et à la Lectio divina. Il faut aussi créer des communautés ecclésiales à taille humaine pour permettre des relations chaleureuses dans l’Eglise, rapprocher les paroisses des fidèles, améliorer l’accueil. Les prêtres doivent être à l’écoute des fidèles. Il nous faut une pastorale de proximité. L’enseignement de l’Eglise doit prendre en considération tout l’homme, les joies et les peines des uns et des autres. Il y a des frustrations qui poussent des fidèles à déserter. La foi chrétienne a besoin de modèles. Il faut donc plus de cohérence entre ce que nous prêchons et ce que nous vivons. Toutefois, si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peinent les bâtisseurs. Nous devons rester vigilants, prier pour nos fidèles pour qu’ils ne succombent pas à la tentation. Nous devons initier nos fidèles à la prière pour qu’ils soient forts dans la foi aux moments des épreuves, pour qu’ils ne soient pas déroutés par des loups voraces, des marchands d’illusions et des charlatans.

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