Realisé par Sylvestre Ndoumou
Le doyen de la presse camerounaise, Célestin Lingo était le directeur de l’Essor des jeunes du Diocèse de Nkongsamba en 1960. Il explique comment la presse catholique a apporté sa contribution dans la formation des consciences avant et après l’indépendance.
Dans quel contexte a été créé l’Essor des jeunes du Diocèse de Nkongsamba ?
L’Essor des Jeunes a été créé en mars 1960 par l’Abbé Albert Ndogmo prêtre du Diocèse de Nkongsamba. Ce journal a été créé pendant une période très difficile, marquée par la rébellion qui sévissait dans cette région.
Jeunes journalistes que vous étiez, mesuriez-vous le poids de la responsabilité et des menaces qui pesaient sur vous ?
Le poids de la responsabilité était vraiment important. D’abord parce que c’était un journal catholique, ensuite parce que l’Eglise est une institution très respectée dans notre pays, et enfin parce que c’était une période marquée par une censure féroce. Pour vous dire la vérité, j’étais mal à l’aise dans la casquette de Directeur de ce journal ; puisque en face de moi, il y avait l’administration camerounaise qui combattait les maquisards, et dans ce combat, elle soupçonnait tout le monde. Il était donc difficile de s’exprimer librement, sous peine d’être accusé de soutenir la rébellion. Jeune journaliste que j’étais (22 ans), la situation était vraiment intenable. Alors pour me couvrir, j’ai demandé à l’Abbé Albert Ndogmo de me protéger et de m’attribuer plutôt le titre de co-rédacteur du journal au lieu de celui de directeur, car je ne me voyais pas tenir tout seul face à la rébellion, la pression des autorités avec le climat répressif qui régnait à l’époque, et surtout de la censure administrative.
La presse catholique
de cette époque était essentiellement militante. En quoi consistait ce
militantisme ?
L’Essor des Jeunes avait certes pour principale cible les jeunes, mais avec un sens très élargi. C’est pourquoi notre journal ne cessait de rappeler à tous que la jeunesse n’est pas un âge, c’est un climat du cœur. C’est une citation qui était placée sous le titre du journal. Il s’agissait de toucher ceux qui avaient l’esprit ouvert, militant, et qui étaient prêts à défendre les valeurs, quelles soient religieuses, sociales ou traditionnelles. Il s’agissait des gens qui étaient dotés d’un certain courage, et qui n’étaient pas enfermés sur eux. Tout ce que Mgr Ndogmo inspirait était empreint d’esprit de militantisme. Il insufflait ce militantisme partout où il passait. Une des formules qu’on connaît de lui, et qui guidait notre action était : « l’Eglise ne peut conduire l’homme au ciel comme si la terre n’existait pas ». Donc, il fallait s’occuper des choses de la terre, tout en prenant conscience que nous sommes destinés au Ciel. C’est-à-dire, lutter contre les injustices, et pour la liberté, la sécurité, et le bien être matériel. Voilà ce qui faisait la trame de notre action.
Ce militantisme
n’inquiétait-il pas les autorités administratives de l’époque ?
Bien sûr ! D’abord par le fait que Mgr Ndogmo avait une personnalité très forte. Par son aura, nous travaillions dans le but de transformer le monde autour de nous.
Pouvez-vous nous dire
quel rôle la presse confessionnelle, et en particulier catholique a joué avant
et après l’indépendance ?
La presse catholique a joué un très grand rôle. L’Effort camerounais qui est créé en 1955, a énormément contribué à façonner les esprits, malgré la censure et les saisies. C’était un journal qui était très couru et qui faisait peur, malgré la censure et les saisies. J’ai même passé une nuit à la Brigade mixte mobile (BMM) de Nkongsamba, et lors de l’affaire Ndogmo, l’administration a profité pour me prendre aussi. J’ai ensuite été détenu pendant 5 ans sans jugement. Tous ceux qui ont vécu à cette période, ont apprécié l’engagement du journal, ainsi que son impact sur l’esprit des gens, au-delà même du cadre catholique. Avec la naissance de l’Essor des Jeunes en 1960, les critiques plus ou moins feutrées de la presse catholique aux yeux de l’administration, étaient considérées comme de la subversion.
Qu’est ce qui peut être fait aujourd’hui pour que L’Effort camerounais redevienne un journal militant ?
Je crois à mon avis qu’il faudrait que les Evêques qui sont les patrons de ce journal, laissent les journalistes qui y travaillent s’exprimer en citoyens camerounais. Qu’ils s’expriment surtout avec leur foi et leur conscience, avec pour seul souci de contribuer à la construction de leur pays. Lorsque le Cardinal Christian Tumi voulait relancer L’Effort camerounais, il m’a confié la préparation d’une étude sur la bonne marche du journal. Parmi les propositions que j’avais faites, j’avais proposé que la direction soit laïcisée, avec en appui, un conseiller ecclésiastique. Je crois qu’il faut faire de L’Effort camerounais, un journal libre, d’essence et d’esprit catholique. Le journal se devrait très souvent éviter de faire le plein avec les homélies et les ordinations.
Votre arrestation
était-elle liée à vos fonctions de directeur de l’Essor ou alors votre
proximité avec Mgr Albert Ndogmo ?
Je dirais les deux à la fois. D’abord du fait que j’étais le collaborateur de Mgr Ndogmo, et ensuite, j’étais un journaliste qui ne disait pas la même chose que ceux des journalistes l’Etat. Mgr Ndogmo était mon père spirituel. Il m’a confié des responsabilités alors que j’étais encore tout jeune. Comme l’Etat avait une dent contre Mgr Ndogmo, alors, tous ceux qui avaient l’air d’adopter sa manière de penser et de faire, étaient aussi dans le collimateur des autorités. Pendant mon interrogatoire à la BMM de Yaoundé, ils m’ont demandé pourquoi je tenais tant à travailler à L’Essor des Jeunes alors que j’étais un diplômé de haut niveau qui ne méritait de gagner 60.000 Fcfa comme salaire. Je leur ai expliqué que j’étais à l’Essor parce que je voulais faire un journal actif, c’est-à-dire comme je l’ai appris à l’école, et non le journalisme de bureau. Malheureusement, à la place de journaliste actif, ils ont cru que je parlais de journalisme activiste.

Salut Fangin Célestin L.
Je t'ai reconnu sur la photo.
J'ai retrouvé cette adresse sur face book et je me permets de t'envoyer ce petit coucou ainsi qu'à ta famille que je n'ai pas vu depuis plus de vingt (20) ans.
Mon prénom est Dora, depuis les années 1979 à
Abidjan. Je souhaiterai te revoir et rigoler.
Mon adresse est ci-dessous, j'attends ta réponse, s'il te plaît.
Bien de choses à toute ta famille et à bientôt. Bye !
Rédigé par : Dora Koungoyo Tosssoukpé | 10/10/2011 à 10:13