Sylvestre Ndoumou
De nombreux hommes et femmes de notre pays, menant pourtant une vie disciplinée et droite, sont parfois contaminés au VIH/Sida par le fait d’un conjoint irresponsable. Votre journal a essayé de réfléchir sur les conséquences de ces comportements suicidaires qui menacent toute la société.
Y a-t-il une chaîne de distribution du SIDA dans notre société ? Cette question s’adresse à Monsieur et Madame tout le monde, au regard de la forte croissance des personnes séropositives dans notre pays. En effet, si vous ne le saviez pas, le Sida se distribue aujourd’hui comme des bonbons dans nos villes, dans l’inconscience générale des jeunes. Malgré les expériences douloureuses de certains, malgré les campagnes de sensibilisation, les mises en garde des autorités administratives et ecclésiales, ceux qui fréquentent avec assiduité les structures du péché, semblent faire la sourde oreille, alors que les femmes et les jeunes, groupes particulièrement vulnérables, continuent de payer le plus lourd tribut au VIH/SIDA.
Aujourd’hui, le taux de séroprévalence, nous dit-on, est de 5,5%. Ce chiffre, croyons nous, ne reflète pas la réalité de la situation. En effet, les statistiques disponibles sont obtenues, non pas sur la base d’un dépistage volontaire, mais de manière insidieuse, lorsque les patients se retrouvent dans les hôpitaux pour diverses raisons:hospitalisation, visites prénatales, examens médicaux. C’est en ce moment là que les médecins, parfois à l’insu des patients, les soumettent au test du VIH. Cela revient à dire que si le gouvernement obligeait les citoyens à faire leur test de VIH, les statistiques seraient plus effrayantes.
Comportements irresponsables
Ce qui est plus effrayant, c’est que de nos jours, on ne contracte plus le Sida parce qu’on mène une vie de débauche, mais parce que votre épouse ou votre époux multiplie des aventures extra conjugales à risques. Autrement dit, le Sida vient vous trouver sur place à la maison, on vient vous le « livrer » à domicile. Tous ces rappels doivent permettre à ceux qui lisent ces lignes de mieux comprendre pourquoi nous parlons d’une chaîne de distribution du Sida. Voici une histoire récente qui illustre à merveille nos propos. Un monsieur (appelons le X), fonctionnaire vivant à Yaoundé, menait une vie tranquille avec son épouse. Seul point noir au tableau, la femme n’a jamais conçu. Voici que la belle tante conseille à la femme de tenter une aventure extra conjugale, question de tester si la stérilité du couple ne provient pas de son époux. La femme cède à la tentation, et la voilà enceinte. La joie de la grossesse sera assombrie par un triste constat. La femme, en allant « chercher » l’enfant hors de son foyer, a contracté le Sida. Elle a ensuite transmis la maladie à son époux ainsi qu’à son enfant.
Un médecin de la ville de Douala, (tenu par le secret médical) que nous avons rencontré dans le cadre de cette enquête, a avoué qu’il reçoit en consultation des jeunes filles qui viennent se confier à lui, et qui dénoncent les hommes, généralement des expatriés, qui les ont infectées. D’autres jeunes filles rencontrées au fameux carrefour « j’ai raté ma vie », sis au carrefour Elf vers le quartier Village à Douala, ont pu nous faire la révélation suivante : Beaucoup de jeunes filles parmi celles qui font la prostitution ici sont séropositives. C’est la conséquence des aventures qu’elles ont eues avec des individus supposés « bons payeurs », et qui leur proposent beaucoup d’argent. Une autre jeune fille (Appelons la M.) aujourd’hui malade de son état, avoue avoir contracté le VIH Sida au cours d’un pseudo recrutement. Voici son histoire : « Après avoir déposé mes dossiers, nous avons été convoqués dans un hôtel. C’est là que le jury composé de quatre hommes a reçu les candidats. Après le test, un membre du jury m’a proposé de le rencontrer, et m’a promis le succès au cas où… Etant à la recherche d’un emploi depuis 10 ans, j’ai eu une aventure sexuelle avec lui, et aujourd’hui, je suis infectée… ».
La chaîne de distribution
Voilà donc comment fonctionne ce que nous appelons « la chaîne de distribution du SIDA ». Je suis infecté, mais je décide de ne pas mourir seul, et je commence aussi à infecter les autres. Et pourtant, dans leur Déclaration sur le Sida, les Evêques du Cameroun mettent en garde contre les comportements irresponsables : « Pas de découragement qui mène à des actes irresponsables. Pas d’esprit de vengeance qui conduit à des actes criminels tels que la dissémination volontaire de la maladie… L’Eglise dit, gardez courage, gardez espoir et toute la foi en Dieu, car il vous aime. C’est grâce à Dieu Tout Puissant que le monde entier se mobilise aujourd’hui pour vous venir en aide » (P.9). De nombreux jeunes hommes et filles vivent aujourd’hui ce drame en silence, dans un profond regret, et surtout la frayeur de voir la mort se profiler à l’horizon.
Aujourd’hui, le méchant semble avoir pris le dessus sur le bien. Satan rôde en permanence, et il se manifeste à nous à travers de belles femmes ou des messieurs qui, pour un petit moment de plaisir, sont capables de libérer 300.000 Fcfa à une jeune fille. Mais, cet argent, ces belles femmes, c’est le passeport pour la mort. De nombreuses jeunes filles ont déjà payé de leur vie pour cela, et d’autres s’apprêtent à le faire au moment où nous écrivons ces lignes.
Aujourd’hui, si l’on n’y prend garde, le SIDA pourrait décimer la jeunesse de notre pays. Les autorités administratives et morales doivent parler aux jeunes le langage de la vérité, si les conseils qui leurs sont donnés jusqu’ici ne portent pas de fruits. Les autorités doivent aller un peu plus loin, et combler l’absence d’une législation claire sur la transmission criminelle du VIH/Sida. A ce sujet, la juriste Esther Ngallè Mbonjo, parlant des “moyens juridiques de protection” face à la pandémie du siècle au cours d’un colloque organisé, avait souligné ce qui suit: « Selon la jurisprudence, il n’y a pas de texte qui sanctionne la transmission du VIH/Sida, même volontaire. Ce sont les dispositifs sur l’empoisonnement qui sont appliqués ». [Art.260 du code pénal sur la transmission de maladie par contagion et 176 sur l’empoisonnement ndlr]. Les campagnes de sensibilisation du Ministère de la Santé publique sur le Sida semblent donner des résultats mitigés. A court de stratégies, on se contente de conseiller le préservatif aux jeunes. Or il s’agit là d’une porte ouverte au péché de la fornication et, inévitablement au suicide.
C’est le lieu pour nous de rappeler à tous que les Evêques du Cameroun ont donné un enseignement sur le Sida. Cet enseignement de nos Evêques se résume dans cette phrase : « la chasteté avant le mariage, l’abstinence et la fidélité pendant le mariage sont les seules garanties sûres pour freiner l’expansion de ce fléau ».

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