Claude Zéba
Source : Homélie de Mgr Samuel Kleda du 1er janvier 2010
Mgr Samuel Kleda s’en est vertement pris, dans son homélie du 1er janvier dernier, Journée mondiale de la paix et fête de la Sainte Vierge Marie Mère de Dieu, aux entreprises commis à l’abattage des espèces forestières sans pour autant que la population locale puisse tirer profit de cette manne.
La nature visible et invisible, de même que l’environnement immédiat dans lesquels évoluent les êtres humains, nous renseignent les Saintes Ecritures, sont des créations et des dons de Dieu à l’homme, la seule créature qu’il a créée à son image et à sa ressemblance pour Lui. Pris comme tel, le monde matériel et immatériel mérite t-il respect et protection de la part de la gent humaine, principale responsable de sa dégradation de par son activité.
Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, solidaire de tous ceux qui sont en proie à la souffrance de tout genre, a invité l’humanité le 1er janvier dernier (Journée mondiale de la paix et fête de la Sainte Vierge Marie Mère de Dieu) à s’engager à créer un monde fraternel, un monde d’amour où ne règne que la paix que donne Jésus-Christ dans le respect de la création, rappelait alors l’Archevêque de Douala. Reprenant ainsi à son compte le Message du Saint-Père de la Journée mondiale de la Paix intitulé Si tu veux construire la paix, protège la création.
« A l’heure actuelle, écrit le Pape Benoît XVI citant son prédécesseur Jean-Paul II de vénérée mémoire, on constate une plus vive conscience des menaces qui pèsent sur la paix mondiale… à cause des atteintes au respect dû à la nature ». Pourtant dit l’Archevêque de Doaula, « tout est fait en faveur de l’homme pour son épanouissement et pour l’accomplissement de sa vocation ». A ce titre, « Rien ne doit donc s’opposer à ce projet de vie que nous avons reçu de Dieu en Jésus-Christ ». Pas même le protocole de Maputo, infanticide en son article 14 ni même l’exploitation « sauvage » des forêts amazoniennes et équatoriales, deux poumons du monde qui concourent à plus d’un titre à l’équilibre de la biodiversité et de la biosphère.
Et puisqu’il était question de célébrer la paix, Mgr Samuel Kleda estime qu’il ne saurait y avoir de paix véritable et durable là où règnent la misère et l’exploitation sans vergogne des ressources naturelles. « La paix, dit-il, n’est pas possible là où les hommes n’ont rien à manger et à boire, là où la nature est détruite au profit de quelques nantis ». Rejoignant sur ce point le philosophe François Rabelais pour qui « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Le prélat continue en faisant ce constat à tout le moins alarmant « La paix dans beaucoup de nations est précaire. Partout, il y a des scènes de violence, et la famille paye le grand prix ». Une situation due, selon l’Archevêque de Douala à « la mauvaise gestion des biens communs dans nos Etats... La corruption est partout présente, car elle est érigée en système de gouvernement pour la simple raison que le droit est bafoué et est appliqué à deux vitesses. Tout ceci nous amène à croire que nous avons perdu le sens de la personne humaine et de sa dignité ». L’Archevêque prolonge sa réflexion en se demandant si au Cameroun, depuis la libéralisation des licences d’exploitation des forêts, l’on a pris conscience du respect de la nature et des menaces qui pèsent sur l’humanité devant la destruction des forêts. « Nous assistons tous les jours à un déboisement sauvage de nos forêts dont nous ne connaissons pas toujours la destination des fonds issus de cette exploitation. J’en sais quelque chose pour avoir vécu pendant sept ans à Batouri, où l’on peut voir les quantités énormes de bois coupés par les sociétés forestières. Malgré cette grande richesse, les populations de l’Est de notre pays vivent dans la grande misère », relève t-il pour le regretter.
Comme solution aux menaces à la paix et aux risques écologiques liés à la destruction des forêts, Mgr Samuel Kleda se range sur la position de ses pairs africains : que « chaque Evêque… inscrive en priorité dans le programme diocésain, les questions de réconciliation, de justice et de paix… Nous devons continuer à oeuvrer, poursuit le message, à oeuvrer à la formation des consciences et à la conversion des coeurs par une catéchèse efficace à tous les niveaux. Cette catéchèse doit dépasser le niveau du ‘’simple catéchisme’’ pour enfants et catéchumènes se préparant aux sacrements. Il s’agit de mettre sur pied des programmes de formation permanente pour tous les fidèles, spécialement ceux qui occupent des postes élevés de responsabilité… Nous devons continuer à lutter contre la pauvreté qui est l’obstacle majeur sur les chemins de la paix et de la réconciliation ». (Message final du Synode, n° 19).

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