J.B.P. Nlend
Avec la célébration de la fête des Rameaux, commence la Semaine Sainte au cours de laquelle on commémore l’institution de l’Eucharistie et du Sacerdoce, le Jeudi, la Passion et la mort du Christ, le Vendredi. L’entrée triomphale à Jérusalem dans un même moule que l’assassinat le plus ignoble de l’histoire, un véritable paradoxe qui naît du choc des contraires et qui produit un effet d’oxymore.
Le Christ est, au terme de sa mission sur terre, plébiscité par une foule en liesse qui Le traite en Roi, ou mieux en Messie. L’âne sur lequel il est monté, les vêtements étendus au sol, les rameaux brandis à son passage, sont des signes de prestige, de noblesse et de la plus haute dignité de l’époque. Aujourd’hui on parlerait de limousine, de tapis rouge et de haie d’honneur. Un lourd arsenal déployé par des hommes et des femmes, comme acquis à une bonne cause et de façon spontanée. Que nous vaut cette fête ? Pourquoi Jésus accepte-t-il les hommages de ceux qui vont se retourner contre lui pour exiger sa tête ?
Disons d’abord que Jésus n’usurpe pas du titre de Roi. Il l’est, pour ainsi dire, naturellement. Descendant du roi David, à sa naissance, des rois, d’Orient et d’Afrique sont venus lui rendre hommage, comme à un pair. Après avoir nourri les foules affamées, on veut faire de Lui un Roi. Il est un Roi qui vient établir un nouveau Règne pour la promotion de l’homme et la défense du pauvre et de l’opprimé. Ce sont ces pauvres et ces laissés-pour-compte qui vont le reconnaître comme leur Roi. Il va se manifester à eux sans se laisser griser par son succès. Sa Mission doit être accomplie pour le Salut des hommes. Les Rameaux marquent la solennité de la Réalisation du Dessein de Salut de Dieu en la personne de Jésus Christ. Un jour ne suffirait pas pour la célébration d’un tel événement. Il faut tout une semaine.
Jésus a bien conscience du sort tragique qui lui sera réservé. Mais il veut par anticipation célébrer la Pâque avec ses disciples. Il ne fait pas l’apologie de la souffrance et de la tristesse. « La gloire de Dieu, c’est l’homme debout et joyeux », nous dit le psalmiste. La vie sur terre n’est pas rose. Certes. Mais nous avons le devoir de rendre l’existence humaine heureuse et surtout d’apprécier les moments joyeux de notre propre existence au lieu de baigner en permanence dans une mélancolie rance. La haine gratuite, l’ingratitude, la méchanceté de nos congénères, les incompréhensions, les échecs les aléas et infortunes ne devraient pas assombrir notre vie au point de nous faire perdre le sourire. La loi du bonheur est divinement inscrite dans notre nature. Nous avons l’impérieuse obligation d’être heureux. Notre malheur est que nous fondons notre bonheur sur de fallacieuses valeurs ou alors que nous voulons l’obtenir par des voies non conventionnelles. René Descartes, dans sa Lettre à Elisabeth, pense qu’il y a des choses qui dépendent de nous pour nous procurer le souverain contentement, telles que la vertu et la sagesse. Il y en a aussi qui n’en dépendent point, comme les honneurs, les richesses et la santé. En reconnaissant l’existence des inégalités sociales, sans pour autant les cautionner, le philosophe soutient que « comme un petit vaisseau peut être aussi plein qu’un plus grand, les plus pauvres et les plus disgraciés de la fortune » peuvent aussi parvenir au bonheur, à condition de régler l’accomplissement et la plénitude de leurs désirs selon la raison pour « savoir ce qu’on doit ou ce qu’on ne doit pas faire en toutes les occurrences de la vie », à condition aussi que nous contrôlions nos passions et nos appétits, et que nous ayons une juste mesure de nous-mêmes pour reconnaître nos limites et accepter notre facture. Pour être heureux, il suffit d’être vertueux, c’est-à-dire d’avoir l’habitude de faire le bien et d’éviter le mal. La Doctrine Catholique n’enseigne pas autre chose. Elle ajoute tout simplement qu’il suffit de mettre nos petits pas derrière ceux, grands, du Christ. C’est ainsi que les Rameaux parviendront à réduire les pires maux à leur plus simple expression : des nèfles.

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