J.B.P. Nlend
La question, telle que nous la posons semble répondre aux préoccupations de l’Eglise qui a voulu consacrer toute une année aux prêtres : 2010 a été déclarée année sacerdotale. Quel honneur !
Disons tout de suite que le prêtre est à la fois une réalité objective et une réalité subjective.
Réalité objective : Homme à part entière, le prêtre se distingue de tous les autres de façon visible, généralement, par ses vêtements ou par des signes propres. Autrefois, le port de la soutane lui était imposé comme unique vêtement pour qu’il soit reconnu facilement.
La formation des prêtres particulièrement longue (bac+9), la rigueur dans la sélection des candidats au sacerdoce qui passe par des sondages et des enquêtes, tendent aussi à parvenir à une certaine objectivité dans le choix des futurs prêtres, parce que, le prêtre ça se voit, ça se sent. Il y a une discipline sacerdotale comme il y a une discipline militaire ou martiale, par exemple, qui met à part le prêtre et qui influence fondamentalement son être et son agir. C’est pour cette raison que des modèles sont toujours proposés aux prêtres. Le premier de ces modèles, c’est le Christ, en tant que Réalisation Parfaite du Sacerdoce qu’Il a par ailleurs institué. D’autres modèles abondent dans l’histoire de l’Eglise universelle ou particulière. Ces modèles sont ceux des prêtres qui ne sont pas loin de la canonisation et qui ont suscité non seulement les vocations chez les jeunes mais ont aussi marqué les fidèles par leur manière de vivre et de faire très proche de l’idéal évangélique. Le modèle cette année a choisi : Jean-Marie VIANNEY, le Saint Curé d’ARS. Jean-Marie VIANNEY, c’est un peu l’antithèse de Saint THOMAS ou de Saint Augustin qui étaient des Savants. Sur le plan intellectuel, il était plutôt un simple. Ce n’est sûrement pas pour cette raison qu’il a été choisi comme parangon. Aujourd’hui il ne remplirait pas toutes les conditions pour être prêtre, tant il était peu apte aux études ecclésiastiques. Le Saint Curé d’Ars a été choisi pour la sainteté de sa vie. Ses carences intellectuelles ont été comblées largement par sa profondeur et sa grandeur d’esprit. Sans vouloir faire l‘apologie de l’idiotie, on respecte bien les intellectuels, l’Eglise voudrait redonner à la sainteté sa place, surtout chez ceux qui ont décidé librement de s’offrir en holocauste pour le salut du monde. La sainteté n’est pas un choix, elle est une obligation. A l’heure où la science atteint un rayonnement quasi absolu dans tous les domaines, avec la sournoise prétention de supplanter la foi et Dieu, l’Eglise voudrait réitérer l’interpellation de Paul VI aux prêtres : «le XXIème siècle a plus besoin de témoins que de maîtres ».L’Eglise voudrait voir désormais en tout prêtre un Jean-Marie VIANNEY. La science et la sainteté ne sont pas comparables. La science doit être mise au service de la sainteté. On respecte les intellectuels, avons-nous dit, mais on doit forcément vénérer les saints. Un prêtre qui n’est pas vénérable, qui est au centre des scandales ou qui est cause de la chute des plus faibles doit se poser des questions sur sa vocation. On n’imite pas ceux qui dansent mal. On imite ceux qui dansent bien, nous a-t-on appris. Si la sainteté était une danse, Jean-Marie VIANEY serait un Michael JACKSON.
La prêtrise est aussi une réalité subjective. Chaque prêtre ne révèle, quelle que soit sa grandeur et sa hauteur, qu’une infime partie du Grand Sacerdoce du Christ. Quelques jours avant le départ en retraite du Cardinal TUMI, les journalistes de L’Effort camerounais avaient posé aux formateurs du Grand Séminaire Paul VI de NKONGBODOL la question de savoir s’ils étaient capables de former des prêtres à l’image du Cardinal. Outrés, les formateurs ont répondu qu’ils avaient pour mission de former les prêtres à l’image du Christ et non à l’image d’un homme, fût-il grand ou illustre. La subjectivité ici n’est pas à rapprocher du relativisme. Elle est une manière d’accepter et de favoriser les charismes particuliers en tant que facteurs d’enrichissement et d’épanouissement spirituel. Par son caractère et par l’histoire particulière de sa vie, chaque prêtre révèle personnellement, particulièrement et uniquement le Christ.
La réflexion sur le prêtre, nous semble-il, a pour but d’établir une heureuse corrélation entre la subjectivité et l’objectivité, non seulement dans la formation des prêtres mais aussi pour un fructueux exercice du ministère sacerdotal. Cette réflexion n’est pas une remise en cause du presbytérat ou même son évaluation. C’est un hommage rendu en reconnaissance aux services rendus et peut-être aussi une revalorisation de la vocation sacerdotale en crise dans plusieurs pays et où parfois l’image du prêtre a été écornée et tarabiscotée par des scandales de tout genre. C’est une réflexion qui permettra, d’une part, une prise de conscience chez les clercs et, de l’autre, une recapitalisation de la confiance et de la foi chez les fidèles. Jean- Marie VIANNEY sera donc un modèle pour tous les fils et toutes les filles de l’Eglise qui veulent connaître le bonheur que procure une vie sainte, faite de prière, de pénitences et d’un zèle apostolique indéfectible.

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