Sylvestre Ndoumou
Le 1er janvier 2010, en la Solennité de Marie Mère de Dieu, considérée dans toute l’Eglise universelle comme la Journée mondiale de la paix, les chrétiens de l’Archidiocèse de Douala, tout en rendant grâce à Dieu pour la nouvelle année, ont aussi exprimé leur reconnaissance au Cardinal Christian Tumi pour son oeuvre pastorale, au moment où il prend sa retraite. La messe solennelle s’est déroulée sur l’esplanade de la Cathédrale Saints Pierre et Paul de Douala, sous la présidence de l’Archevêque Emérite, entouré pour la circonstance de NNSS. Samuel Kleda, Archevêque de Douala, Philippe Stevens, Evêque de Maroua-Mokolo et Barthélemy Yaouda Ourgo, Evêque de Yagoua.
La messe du 1er janvier 2010 a drainé une foule immense : 10.000, 15.000 ou 20.000, difficile de faire une estimation réelle du nombre de chrétiens ayant assisté à cette célébration. Car, selon une tradition déjà établie, les chrétiens de toutes les paroisses convergent vers la Cathédrale ce jour, pour prier ensemble et rendre grâce à Dieu pour la nouvelle année. La présence massive des fidèles n’était autre que l’expression de leur gratitude à l’endroit de leur pasteur, le Cardinal Christian Tumi, lui qui s’est dépensé sans compter pour la prospérité et le dynamisme de l’Eglise particulière de Douala. En venant dire aurevoir à l’Archevêque Emérite, les chrétiens avaient aussi quelques inquiétudes vite dissipées par Mgr Samuel Kleda qui a rassuré l’assistance que le Cardinal Tumi restera encore parmi eux, et qu’il ne s’agit pas d’un départ définitif vers des lieux inconnus où l’Archevêque Emérite serait désormais inaccessible : « Le peuple de Dieu qui est à Douala ne vous parle pas au passé, mais plutôt au présent, vous restez au milieu de nous, car vous êtes cher à notre coeur », précisera Mgr Samuel Kleda.
Condamnation du non respect des valeurs de la famille et de la vie
Le moment le plus attendu de cette célébration, était le message délivré par Mgr Samuel Kléda. Dans son homélie, l’Archevêque de Douala a abordé des questions spirituelles et sociales qui sont au centre de la vie de l’homme de notre temps, et qui ne lui permettent pas toujours d’être en conformité avec l’Evangile. Il a fustigé le non respect des valeurs de la famille et de la vie ; la misère morale ; la pauvreté ; l’exploitation sauvage des forêts, ainsi que les abus des élites politiques dans notre pays. Tous ces maux, l’Archevêque les a dénoncés pour que le Cameroun de demain soit meilleur que celui d’aujourd’hui, et surtout pour que les générations futures vivent dans la justice, la paix, la fraternité et la prospérité. (Lire le texte de l’homélie ci-contre). Malheureusement, dénoncer le mal n’est pas toujours vu d’un bon oeil par ceux qui ont intérêt à ce que le mal prospère, comme l’a souligné le prédicateur : « Qui ne se sentirait pas interpellé, voire choqué par le fait que c’est toujours de l’Afrique qu’il est question chaque fois qu’il s’agit des épidémies, de pillage de richesses, de corruption, du non respect des droits humains, de la maltraitance des femmes... ? Qui ne se ne sentirait pas humilié dans son amour propre et sa fierté nationale, quand chaque fois qu’il faut dénoncer les mentalités anti-évangéliques, lancer un appel à la gestion transparente, et que l’on se trouve indexé et accusé de faire de la politique ? Eh bien, la politique il faut la faire et malheur à quiconque la fuit ! Mais de quelle politique s’agit-il ? Il n’est pas question de la politique ‘’politicienne’’ où le mensonge s’appelle vérité, et vérité mensonge ; la vraie politique consiste en l’organisation de la cité, et chacun a le devoir de rendre meilleures les conditions de vie dans lesquelles il vit, de protéger son environnement ».
Pour terminer son homélie, Mgr Samuel Kleda a exprimé la profonde et sincère gratitude de l’Eglise au Cardinal Christian Tumi avec beaucoup de chaleur et d’affection : « Et pour terminer, comme vous le savez, ce jour est aussi pour nous, un jour exceptionnel. Exceptionnel parce que nous l’avons choisi, pour dire de tout coeur un grand merci à notre Père le Cardinal Christian Tumi, pour tout ce qu’il a fait depuis Yagoua en 1979 en passant par Garoua ; un grand merci pour ce que nous avons vécu avec lui pendant dix-huit ans ici à Douala. Dix-huit ans pleins de bonheur pour l’oeuvre d’évangélisation qu’il a accomplie parmi nous et pour nous. Nous n’avons pas assez de mots comme chacun d’entre vous peut sincèrement l’éprouver, pour lui dire : merci. Merci d’avoir été toujours attentif aux besoins de ce peuple que Dieu vous a confié, et que vous laissez à présent à ma sollicitude pastorale. Notre reconnaissance est très grande pour tout ce que vous avez fait pour ce Diocèse. Le peuple de Dieu qui est à Douala ne vous parle pas au passé, mais plutôt au présent, vous restez au milieu de nous, car vous êtes cher à notre coeur. Nos prières vous accompagnent et les vôtres nous portent, ainsi que vos sages conseils. Eminence merci ! ».
La gratitude des chrétiens
Rappelons qu’en termes concrets, la gratitude des chrétiens de l’Archidiocèse de Douala à l’endroit de l’Archevêque Emérite s’est exprimé à travers des ferventes prières pour que Dieu lui accorde longue vie et bonne santé ; des discours profonds et significatifs des représentants des jeunes, des religieux et religieuses, des laïcs et du clergé. Tous ont salué Christian Cardinal Tumi comme « un travailleur infatigable, un pasteur qui a toujours aimé le travail bien fait avec amour, un travail fécondé et soutenu par la prière ». Et pour joindre la parole à l’acte, les chrétiens ont inondé l’Archevêque Emérite de nombreux cadeaux en signe d’action de gratitude et de reconnaissance pour le travail fructueux réalisé pendant les 18 ans passés à Douala.
Avec son humour habituel, le Cardinal Christian Tumi a pris la parole pour exprimer lui aussi sa gratitude aux fidèles, prêtres, religieux et religieuses pour le soutien que chacun lui a apporté tout au long de son ministère épiscopal. Il a également dit son bonheur de prendre sa retraite dans la paix et la joie, après un ministère bien rempli.
Deux bonnes nouvelles ont été saluées avec joie par l’assistance. D’abord, les chrétiens laïcs ont décidé de perpétuer l’oeuvre pastorale du Pasteur Emérite par la création officielle de la fondation Christian Cardinal Tumi. Ensuite, le Vicaire Général de l’Archidiocèse de Douala, Mgr Paul Nyaga a annoncé à l’assistance, l’ouverture d’un compte spécial à la procure diocésaine de Douala au nom de l’Archevêque Emérite. Il a invité toute personne de bonne volonté désireuse de soutenir Son Eminence à y déposer sa contribution.

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