Abbé Eric Ndongo
Dans la nuit du 24 au 25 décembre à minuit, comme chaque année, les cloches sonneront dans tous les coins de la planète pour célébrer la naissance historique de l’Enfant Jésus. Un enfant comme tous les autres, mais aussi différent des autres de par sa double nature humaine et divine.
Si cette fête est d’abord chrétienne, sa célébration dépasse les frontières, s’il y en a, du christianisme. Et loin d’être une simple célébration rituelle annuelle, chaque fête de Noël a sa particularité, compte tenu des contextes divers dans lesquels elle se célèbre.
Noël 2009 se célèbre au lendemain de la seconde Assemblée spéciale des Evêques pour l’Afrique sur le thème : « L’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde » ( Mt 5, 13.14). Paix, justice et réconciliation sont aussi des grâces dont les hommes ont besoin en cette fête de Noël. Les enfants, au-delà de nombreux cadeaux qu’ils attendent en cette circonstance, ont surtout besoin de paix et de justice pour leur épanouissement présent et futur. Une paix malheureusement hypothéquée par des actes criminels dont ils sont parfois victimes de la part de leurs propres géniteurs supposés être « lumières du monde » pour eux sans que justice leur soit faite. Parmi ces actes figure en bonne place : l’inceste parental.
Nous avons sans doute encore fraîchement en mémoire la traumatisante histoire d’Elisabeth, la femme autrichienne qui a été séquestrée, puis violée pendant 24 ans, non par inconnu, mais bien par Joseph Fritzl son père géniteur ! De cette « union » conjugale d’un tout autre genre, sont nés sept enfants dont le père est en même temps le grand-père. Lors du procès, l’avocat de ce père incestueux avait affirmé que son client « aimait sa fille à sa manière ». Une affirmation qui témoigne du degré de banalisation de l’inceste de nos jours. Exemple très éloquent du relativisme moral que combat le Pape Benoît XVI depuis le début de son pontificat. Un père peut abuser de sa fille, c’est son mode à lui de lui manifester son amour, et la société doit le comprendre, ce que semble dire une telle affirmation. Et pour beaucoup de gens, la notion même d’inceste n’est pas assez claire. Il y en a parmi les jeunes dans notre pays qui pensent qu’il s’agit d’un dogme de nos cultures traditionnelles visant à freiner des élans d’amour charnel entre cousins et cousines du village. Ce qui n’est pas vrai puisqu’il n’y a pas que les cultures traditionnelles africaines qui interdisent l’inceste. Que signifie donc au juste le mot inceste ?
On peut définir l’inceste sur les plans anthropologique, ethnologique, psychologique ou sociologique, mais de manière concise, selon le français Bernard Jolibert agrégé en philosophie, l’inceste « désigne une relation sexuelle entre deux personnes unies par des liens de parenté. Incestus, au sens premier de « non chasteté », renvoie au non respect de la règle interdisant le commerce charnel entre parents plus ou moins proches ». La parenté peut être en ligne directe : père, mère, frères et soeurs, grands parents ; ou bien en ligne collatérale : cousins, oncles, tantes, tuteurs, professeurs, ministres de culte et toute personne ayant un fort lien d’amitié avec la famille (ceux à qui revient affectueusement le titre de « tonton » ou « tantine » au même titre que les oncles et tantes directs). Apparemment la notion de violence ne ressort pas dans la définition stricte de l’inceste, on parlerait d’ ailleurs dans ce cas d’abus sexuels, mais tout inceste impliquant un adulte et un mineur cache une violence morale qui aura des sérieuses répercussions dans la vie de l’enfant. Et il n’y a pas que les pères qui abusent de leurs progénitures. Le phénomène touche aussi fortement le monde féminin beaucoup plus en contact avec les enfants par rapport aux hommes. Au Cameroun, ces derniers temps, les cas d’incestes impliquant des personnes au-delà du besoin économique, de tout soupçon de déviance morale et représentant un exemple de réussite sociale, défrayent chaque jour la chronique de nos quartiers et villages. L’explication courante c’est que l’inceste parental leur est imposée par des cercles ésotériques dont ils seraient membres, et qui seraient à l’origine de leurs succès éclatants. Au village, c’est tout simplement de la sorcellerie. Les freudiens peuvent ne pas partager ce point de vue et démontrer le contraire avec l’autorité scientifique dont ils bénéficient en psychologie et en psychanalyse, l’interprétation populaire a le moins le mérite de dire que la société camerounaise condamne sans appel l’inceste parental. Et comment ne pas parler de sorcellerie lorsque les victimes sont parfois des bébés ? Et l’inceste n’est pas seulement hétérosexuel, un mal pouvant cacher un autre, il est aussi homosexuel.
L’inclination vers l’inceste commence très souvent par une sorte d’érotisation des relations familiales qui prend de l’ampleur chez nous par l’imitation plus ou moins consciente des gestes véhiculés par des séries télévisées qui occupent nos soirées en famille autour du petit écran. On voit par exemple des parents qui prennent plaisir à se laver avec leurs enfants pré-adolescents ou même adolescents. Les salutations traditionnelles qui avaient le mérite de rappeler le lien de parenté entre les membres d’un clan, comme chez les Nanga- Eboko dans le centre par exemple, sont remplacées par des baisers qui confondent parfois la bouche et la joue, un « lapsus sexuel » dira-t-on ! Les spécialistes en matière d’abus sexuels sur mineurs disent que si l’on peut violer le sexe ou l’anus d’un enfant, on peut aussi utiliser sa bouche, ses mains, sa peau en se masturbant sur elle, son regard en s’exhibant devant lui ou en lui faisant voir des scènes sexuelles, des films pornographiques, ses oreilles en s’arrangeant à ce que l’enfant suive les bruits de la chambre parentale par exemple. Bref, on peut violer son corps, ses émotions, sa sexualité en faisant de lui un partenaire inconscient de jeux sexuels pour adultes. Dans nos coutumes traditionnelles camerounaises, en principe, l’enfant de plus de trois ans ne partage plus le lit parental. Ce qui peut limiter les risques d’inceste. Mais la promiscuité et le manque de pudeur désormais ambiants chez nous peuvent aussi conduire à cette dérive.
Qu’il soit accompagné de violence ou non, l’inceste parental est le plus traumatisant et crée à coup sûr des déséquilibres spirituels, sexuels, corporels, psychologiques. L’inceste intrafamilial, père –enfant, mère –enfant est en réalité un infanticide. Le parent qui cherche à séduire sexuellement son propre enfant est un immature et un criminel qui brise la croissance psychologique de son enfant. Il y en a qui disent que parfois les enfants victimes d’inceste y trouvent un certain plaisir sexuel. Encore faut-il déterminer l’âge de l’enfant, mais face à un adulte doté d’une autorité parentale, combien d’enfants sont-ils capables de dire non à ce qui au début se confond à la simple tendresse ? Qu’il y trouve plaisir à son niveau ou pas, l’enfant en ressentira un sentiment de culpabilité à l’âge adulte pour avoir entretenu une relation incestueuse avec un de ses géniteurs, surtout lorsqu’ on sait que l’inceste a souvent un caractère répétitif.
Les adeptes de la banalisation actuelle de l’inceste ne manquent pas de s’appuyer sur les Saintes Ecritures pour défendre l’inceste. C’est ainsi qu’ils citent pêle-mêle le cas des filles de Loth qui ont enivré leur papa et eu des rapports sexuels avec lui pour lui assurer une descendance (Gn 19, 30-38) ; Abraham et sa soeur Sara ( Gn20, 1s) ; Ruben et Bilha, la concubine de son père Jacob (Gn, 35, 21-22) ; Tamar outragée par Amnon, tous deux enfants du roi David (2Sam13, 1-21). Même le diable a eu à citer la Bible lorsqu’il voulait mettre Jésus à l’épreuve au désert (Cf Mt4,6). Ils oublient alors de mentionner, par mauvaise foi ou tout simplement par refus d’affronter la vérité, le chapitre 18 du livre de Lévitique qui parle de façon détaillée de l’interdiction de l’inceste dans la Bible. On peut y lire par exemple : « Aucun de vous ne s’approchera de sa proche parente pour en découvrir la nudité » (Lv18, 6) ou encore, « Tu ne découvriras pas la nudité de ton père, ni la nudité de ta mère » (Lv18,7). C’est donc suffisamment clair que l’Ancien Testament condamne l’inceste sous toutes ses formes et Jésus venu pour accomplir et parfaire la loi n’a pas dit le contraire. C’est dans cette même optique aussi que le code de droit canonique interdit l’inceste en ligne directe de consanguinité et en ligne collatérale jusqu’à la quatrième génération ( Cf. C 1091).
Saisissons donc l’occasion propice que nous offre la fête de Noël pour redécouvrir l’enfant comme don de Dieu à ses parents. Ceux-ci doivent lui assurer la croissance humaine et spirituelle en toute sérénité, comme l’ont fait Marie et Joseph envers Jésus, au lieu d’être une menace pour sa sécurité, sa croissance et son épanouissement à l’intérieur même de sa propre famille. Noël, c’est la fête de la paix et de la joie, garantissons les à nos enfants ! Au lieu de couvrir l’inceste du cachet étouffant du secret familial, dénonçons- le pour le bien de nos enfants!

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Rédigé par : bape outlet | 30/05/2010 à 19:48