Abbé Erik Bertrand Minyem
Recteur du Sanctuaire
Saint Michel Archange de Ngodi’ Si / Eséka
Qui n’a jamais fait l’expérience de l’attente ? Attente d’un service d’une certaine valeur, attente d’un bien dont nous avons besoin, attente d’une personne qui nous manque ? C’est un bon moment d’épreuve pour la patience, un exercice à la tempérance. Car celui qui apprend à attendre, apprend à se contrôler et finit par savoir se maîtriser.
Seulement, l’attente d’un bien ou d’une personne de grande importance rallonge de beaucoup, mais psychologiquement, le temps mis à attendre. C’est ainsi, qu’on aura l’impression d’avoir mis un siècle à attendre quelque chose ou quelqu’un qui en fait, n’aura mis que trente minute à nous parvenir. La durée (psychologique), la peine et l’impatience de l’attente sont proportionnelles à la place ou à l’importance de l’objet de cette attente. On comprendra donc qu’un chrétien qui a donné une place très importante au Seigneur Jésus Christ, ait hâte de le voir revenir. Et, attendant que le Seigneur vienne, le serviteur et ami se console dans les « petites » rencontres qu’il a avec Lui dans sa Parole, dans les sacrements, dans la prière, dans l’adoration et dans le prochain. En elle-même, l’attente est révélatrice du manque, du vide dans lequel on se trouve ; et l’objet de l’attente devient donc délivrance et salut.
Cet état d’esprit est largement utilisé dans l’Ancien Testament pour signifier la langueur, le vif désir souffrant avec lequel on attend et espère le Seigneur. On aura par exemple : « Dieu, c’est toi mon Dieu ! Dès l’aube je te désire ; mon âme a soif de toi ; ma chair languit après toi, dans une terre desséchée, épuisée, sans eau » Ps 63,2 ; « Comme une biche se tourne vers les cours d’eau, ainsi mon âme se tourne vers mon Dieu. J’ai soif de Dieu, du Dieu vivant ; Quand pourrai-je entrer et paraître face à Dieu ? »Ps42,1-2 ; « J’attends le Seigneur, j’attends de toute mon âme et j’espère en sa Parole. Mon âme désire le Seigneur, plus qu’un veilleur ne guette l’aurore ». Ps130,5-6; « Attends le Seigneur ; sois fort et prends courage ; attends le Seigneur. » Ps 27,14.
Mais l’image d’un veilleur qui guette l’aurore est, semble t-il, des plus saisissantes et expressives. En filigrane, il y a la nuit, absence de lumière et donc de vie, expression de ténèbres, de vides et d’incertitudes. Beaucoup plus rapprochée au mal et aux forces du mal que le jour, la nuit suscite la peur et demeure un moment à risques. Aussi, ceux qui ont les possibilités, requièrent donc la présence d’un veilleur. Le courageux veilleur ne peut qu’attendre impatiemment les signes qui ne le tromperont jamais sur l’arrivée imminente et réelle du jour. Parmi ces signes, se trouve l’aurore.
Eos chez les grecs, l’aurore est la petite soeur de Séléné, la lune et soeur aînée d’Hélios, le soleil. L’aurore est un phénomène lumineux ou simplement ce moment qui précède immédiatement le lever du soleil. C’est donc dire qu’elle marque la fin de la nuit ; et pour le veilleur, la fin de ses peines.
Le mois de novembre aura été pour les âmes du purgatoire, un moment d’attente imminente du salut, l’aurore de leur marche vers le Royaume. Tant, toute l’Eglise en marche se sera mise à leur secours au moyen de la prière, ou de la pénitence pour certains dévots de ces saintes âmes, ou encore des ouvres de miséricorde pour d’autres. Très répandue et très ancienne dans l’Eglise, la dévotion aux âmes du purgatoire est une expression de la communion des saints, un signe de l’unité et de l’unicité de l’Eglise-Famille de Dieu en trois « maisons » comme on le dirait chez nous : L’Eglise en marche, l’Eglise souffrante et l’Eglise triomphante. Le Sanctuaire Saint Michel Archange et la communauté paroissiale, parties intégrantes de l’Eglise-Famille de Dieu, ont vécu ce mois dédié aux âmes du purgatoire ou aux fidèles défunts comme un moment de grâce et de prière, de communion réelle entre l’Eglise pérégrine et l’Eglise souffrante.
La dévotion des âmes du purgatoire étant une toile de fond du mois de novembre, nous avons vécu la fin d’une année liturgique d’une part, et le début d’une autre par la période de l’Avent, moment d’attente de la venue du Seigneur d’autre part. Au Sanctuaire, nous avons décidé de nous préparer à recevoir l’Emmanuel avec un cadeau. Chacun se doit de faire quelque chose qui ferait plaisir au Seigneur. Chacun regardera dans sa vie, priera et se laissera guider par l’Esprit Saint, celui là même qui, couvrant la Sainte Vierge Marie de son ombre, a donné chair au Verbe de Dieu.
Selon que nous l’aimons, nous trouverons qu’il met une éternité à venir. Mais le sachant présent en nous, dans l’Eucharistie, dans Sa Parole, nous puiserons dans ces petits coeurs-à-coeurs, gages du Face-à-face éternel, la force nécessaire pour tenir jusqu’à l’aurore.
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