Claude Zéba
En dépit du grand pas franchit dans l'affaire qu'il convient d'appeler l'affaire Liman Oumaté Malloum Boukar avec l'arrestation le 21 avril 2009 au Nigeria de ce désormais ex-chef rebelle, le pourvoir reste circonspect quand aux déclarations incendiaires de ce forcené.
En détention administrative depuis le 23 avril dernier à la Direction générale des Recherches extérieures (DGRE) à Yaoundé, selon des sources dignes de foi, le chef rebelle, Liman Oumaté Malloum Boukar, ne cesse de faire trembler les membres du sérail. Du fond de sa cellule, celui qui se présente comme le chef de fil du Mouvement de libération du peuple camerounais (MLPC) affirme, sur un air de défiance, qu'il " sera président du Cameroun en 2011 ". Et d'ajouter, " Si je ne le suis pas, ce sera un de mes éléments qui va l'être parce que tous ont été préparés et ils vont devoir agir… ".
Des propos qui en rajoutent à ceux contenus dans la lettre ouverte, rédigée en anglais, adressée au Chef de l'Etat en janvier dernier et qui demandait alors aux forces de l'ordre et de sécurité que sont les gendarmes, les policiers et les douaniers qui sont dans les localités frontalières de Bourha, Mogodé, Mokolo, Koza, Mozogo, Shigashia, Kerawa, Kolofata, Amchidé, Waza, Boudemri et Limani, " de quitter le plus tôt possible. Au risque, d'avoir des visites surprises de mes hommes, qu'importe le lieu où ils se trouvent ". Action soutenue à l'époque par la distribution des tracts appelant la population à une insurrection, dans les départements du Mayo-Sava, du Mayo-Tsanaga et dans une partie du département du Logone et Chari notamment dans la localité de Waza.
De quoi donner matière à réflexion et/ou à interprétation. Mieux, du tournis aux détenteurs du pouvoir temporel au Cameroun. D'où des interrogations sur l'état de santé mentale du prévenu. D'aucuns pensent qu'il serait soit un névrosé dont la drogue ingurgitée peu avant son arrestation au Marazaine Hotel à Maïduguri au Nigeria aurait fait " disjoncté " ; soit un individu en mal de popularité. Ce d'autant que ses propos s'apparentent à ceux d'une personne atteinte de schizophrénie (entendez, psychose délirante caractérisée par la perte de contact avec la réalité et une dissociation avec la réalité). Sinon, difficile de comprendre l'attitude de cet homme qui, même aux mains des forces de l'ordre et de sécurité, continue à narguer le pouvoir du Président Paul Biya. Une défiance qui est venue mettre un bémol à l'attitude jubilatoire qu'auraient pu afficher les auteurs du rapt de ce 21 avril.
Ainsi, soutient une source bien introduite, au lieu de sabrer le champagne, comme on s'y serait attendu, l'heure est plutôt à l'exploitation du prévenu. Question de s'assurer si oui ou non, Liman et ses colistiers, comme il s'en gargarise, disposent des moyens de leur politique, c'est-à-dire pour la conquête du pouvoir à l'horizon 2011. Et surtout comment compte t-il s'y prendre le moment venu ? Ce d'autant que l'échéance de 2011 pointe déjà à l'horizon.
Point du droit
Le leader du Mouvement de libération du peuple camerounais est bel et bien dans la nasse. Aucun doute ne subsiste quant à son interpellation. Toutefois, des voix se sont élevées pour dénoncer que la manière dont les opérations ont été conduites, tant par les Camerounais que par la partie nigériane, pose un problème pour la légalité de cette arrestation. Célestin Bedzigui, homme politique camerounais basé à New York aux Etats-Unis et observateur averti de la scène politique camerounaise est de ceux-là.
Il estime que c'est une interpellation qui, du point de vue du droit, à l'échelle national comme international, est " une violation des conventions internationales,… une violation des droits politiques [et] une violation intolérable des Droits de l'Homme. ". Ce n'est ni plus ni moins un enlèvement et une détention illégale qui consacrent " le retour à l'Etat de terreur " du pouvoir de M. Biya. Comme l'indique d'ailleurs le titre d’une analyse (passionnée) du cas Liman Oumaté parue dans l'édition n° 2393 du quotidien Mutations du 29 avril 2009, p. 15 attribuée à M. Bedzigui. L'auteur n'hésite pas à rapprocher cet enlèvement-détention à celui de l'opposant équato-guinéen survenu il y a quelques mois, et qui a valu des réactions énergiques du régime : la révocation par sa hiérarchie et son arrestation du policier complice du coup, la convocation de l'Ambassadeur de Guinée Equatoriale à Yaoundé par le ministre des Relations Extérieures pour admonestation.
" D' où vient-il donc qu'aujourd'hui, des affidés du régime qui hier a sévi après l'enlèvement de l'opposant équato-guinéen, se livrent à des actes criminels d'une nature absolument identique, avec de plus, en première ligne, deux personnalités (Cavaye Yéguié Djibril, Président de l'Assemblée Nationale, deuxième personnalité de l'Etat du Cameroun, et Amadou Ali Ministre de la Justice, Ndlr), assumant des fonctions de souveraineté et hautement symboliques dans les structures de l'Etat ? " interroge t-il.
La riposte du peuple
Il y a violation du droit selon le politicien. Parce que " ramené au Cameroun, notre compatriote est, en l'absence de tout acte ou décision de justice, remis aux autorités administratives qui le maintiennent en détention… " Alors même qu'on lui reproche comme crime le fait d'avoir fait distribuer des tracts dans la partie septentrionale du pays et sa prétention à aller à la conquête du Palais d'Etoudi (le Palais présidentiel) " toute chose relevant [désormais] d'une pratique banale dans un pays normal ".
C'est, poursuit-il, "l'Etat du Cameroun qui ici se compromet, et pire, qui se révèle n'être plus régi par la Loi et le Droit au service de l'intérêt général, mais qui est plutôt érigé en Etat criminel, orienté par une logique de maffia qui ignore les lois internationales et nationales, au service de l'intérêt d'individus en quête de préservation d'avantages et privilèges individuels". T
outes choses qui, selon le pourfendeur du régime Biya, a pour finalité de " figer les Camerounais dans une posture de peur intériorisée, de résignation et d'autocensure, afin que la passivité ainsi acquise devienne la norme de comportement, que ce soit hors ou en saison des élections ". Pour Célestin Bedzigui, le Cameroun a fait un grand bond en arrière pour s'installer dans l'ère de la terreur. Puisque pour lui " Notre compatriote (parlant de Liman Oumaté, Ndlr) est un prisonnier politique ". Et pour barrer la route à cet état de chose, l'auteur du brûlot pense qu'il n'y a pas mieux que la coordination de la réflexion et de l'action, malgré les pesanteurs, qui seule, peut aider à faire échec à cet Etat de terreur.

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