Pefedieu Gaël, correspondance particulière
Abandon du secteur agricole, changements climatiques et détournements de fonds installent durablement le Cameroun dans l'insécurité alimentaire.
Ils n'auraient donc finalement pas compris que la sécurité alimentaire est une exigence de souveraineté et fierté pour un Etat. Le timide lancement de la campagne agricole 2009 le 1er avril à Sangmelima sous fond d'incertitudes climatiques et de laxisme général fait planer d'énormes inquiétudes sur l'indépendance alimentaire du pays. A coup d'importations de riz et blé (donc de fuite de devises), on s'est vite jeté dans une politique agricole inacceptable pour une nation qui se souvient encore, nostalgiquement, des années de gloire de la paysannerie camerounaise.
A l'époque, l'ingénieur agronome Ketchemen Zacharie, qui animait une émission matinale consacrée au " Monde paysan ", avait sagement décerné au paysans le titre de " seigneurs de la terre ". Les seigneurs de la terre se seraient, au fil des décennies de politiques agricoles inadaptées, réduits à de simples clochards des campagnes sans cesse aspirés par la tentation à l'exode rural.
Abandon du secteur rural
L'accompagnement du secteur agricole s'est évanoui sous les effets du diktat des ajustements structurels imposés par les institutions de Brettons Wood. Les structures de suivi de l'évolution du secteur rural comme l'ONCPB se sont, très rapidement, effondrées. La survivance d'un Institut de Recherche Agricole pour le Développement ne saurait nous tromper, en aucun cas, sur l'ampleur du désintérêt de l'Etat pour la promotion du secteur rural. L'IRAD a, en effet, du mal à faire savoir son savoir- faire auprès des petits agriculteurs, qui représentent pourtant plus de 85% de la production nationale et qui souffrent de la concurrence déloyale des agriculteurs du Nord nantis d'OGM et de subventions colossales. L'investissement de l'Etat dans le secteur rural diminue proportionnellement à l'augmentation des besoins nationaux et sous-régionaux.
Pour l'exercice budgétaire 2009, seuls 55 milliards (2, 3 % du budget de l'Etat) ont été alloués au département en charge de l'agriculture et du développement rural, dont la grande partie est destinée à son fonctionnement. Au même moment, on estime les besoins effectifs nécessaires à la relance à 140 milliards. Avec les détournements massifs qui sévissent au sein des organes chargés de la promotion du secteur rural, inutile de douter de l'inconscience gouvernementale sur les enjeux d'une campagne agricole réussie. On se souvient encore, avec beaucoup de peine, de la dénonciation par L'ACDIC de la distraction savamment orchestrée de plus de 1,2 milliards de fonds d'appui au programme maïs.
A cette allure, un monde rural délaissé à lui-même ne peut qu'être tenté, mais alors très tenté de s'exiler vers la ville, au risque d'accentuer la précarité des quartiers comme…Ntaba. Selon les derniers chiffres livrés par l'Institut National de la Statistique, 89% des pauvres au Cameroun se concentrent dans les campagnes. Comme quoi, tout a été mis en œuvre pour y semer angoisse et désolation à grande échelle.
Et la question climatique s'invita…
Avec le changement climatique, de grands bouleversements se sont introduits dans le calendrier des cultures. A l'Ouest du pays, la situation est dramatique. Des pluies passagères ont, en février, trompé la vigilance de nombreux agriculteurs qui ont, sur le coup, semé sur des centaines de milliers d'hectares. Et puis, plus une seule goutte d'eau et cela depuis près de deux mois. Ils se retrouvent alors à reprendre les semis au grand plaisir des barons de l'industrie semencière.
Lors de sa décente sur Sangmélima à l'occasion du démarrage de la campagne 2009, Jean Kuété a certainement minimisé l'ampleur du problème en n'envisageant aucune mesure pour y faire face. Il s'est limité à promettre une croissance de 20 à 30% de la production agricole pour 2009. Une catastrophe alimentaire est en cours. Il est à craindre que le Cameroun soit, très prochainement, mis sous perfusion alimentaire par le PAM, la FAO et autres ONG à l'affût de drames alimentaires susceptibles de leur permettre d'écouler le surplus des firmes agro-alimentaires occidentales sous le couvert d'une aide alimentaire instrumentalisée à souhait.
Sauver l'or vert
" Avant l'or noir il y avait l'or vert, et après l'or noir, il y aura l'or vert ", déclarait feu le Président Ahmadou Ahidjo lors de l'ouverture du comice agro-pastoral de Buéa en 1973. Et l'or vert, comme le signale si bien Jean-Baptiste Sipa, c'est l'agriculture. Et tant qu'on n'a pas compris qu'elle doit être traitée avec le plus d'attention, on n'a dès lors rien compris à la maîtrise de l'économie, à la souveraineté, au bien-être du peuple et que sais-je encore.
Par conséquent, on devient furtivement engagé à signer inconsciemment des Accords de Partenariat Economique intérimaires afin de booster la compétitivité de la banane …française et d'encourager durablement le dumping agricole et la paupérisation du monde rural.

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