Gildas Mouthé
Le concept censé améliorer la condition des travailleurs tarde à prendre son envol, du coup l'on s'interroge sur sa raison d'être.
Pour la 123è fois, les travailleurs du monde en général et du Cameroun en particulier étaient en fête. Comme c'est de coutume, un thème de réflexion a guidé toute cette longue semaine de festivité : " Protégeons le travailleur par une sécurité sociale pour tous ". Si dans les pays du Nord, la sécurité sociale n'est plus un vain mot depuis belle lurette, dans nos pays du Sud, il peine à se concrétiser, à être opérationnel. Les chiffres parlent d'eux-mêmes, 90% de la population camerounaise n'a pas accès à la sécurité sociale.
Certaines statistiques révèlent d'ailleurs que sur les 10% de Camerounais qui ont le privilège de bénéficier de la sécurité sociale 7% sont dans le public, contre 3% dans le privé. C'est donc dire que l'univers de l'emploi au Cameroun est une véritable jungle où les droits élémentaires des travailleurs ne sont pas respectés. Par exemple, on peut travailler 10 à 15 ans dans une société avec le statut de temporaire. Plus grave encore, nombreux sont les travailleurs qui ne sont pas certains de jouir de leur pension de retraite pour l'unique raison que certains patrons malhonnêtes ne reversent pas les retenus CNPS. Lorsqu'on ajoute à cela les salaires injustes et scandaleux que perçoivent certaines personnes, l'on peut alors appréhender la gravité de la situation.
Selon une étude que la direction nationale de la Statistique vient de rendre publique, le secteur informel représente 90% du marché du travail au Cameroun. Un secteur qui, dans la majorité des cas reste en dehors de la couverture sociale. Et pour le ministre Robert Nkilli, il est temps que les choses changent: " Nous ne pouvons plus accepter de privilégier les 10% qui sont dans les bureaux. Nous devons aller vers ces Camerounais qui participent au développement du pays. C'est ça l'objectif de la sécurité sociale ", a-t-il affirmé à nos confrères de Cameroon Tribune.
Pour y parvenir, le Ministère du Travail et de la Sécurité Sociale, dans le cadre de l'extension de la sécurité sociale au Cameroun, a mis en place un comité de pilotage interministériel à l'effet de créer trois caisses nationales à savoir, la caisse nationale de sécurité sociale (Cnss), la caisse nationale des personnels de l'Etat (Cnpe) et la caisse nationale d'assurance-maladie (Cnam). Des caisses qui devraient suppléer la caisse nationale de la prévoyance sociale (Cnps).
Seulement, si l'on peut saluer cette initiative louable des autorités, notamment le ministre du travail et de la sécurité sociale, il importe de rester prudent dans la mesure où certains chefs d'entreprises peinent à appliquer l'article 40 du Code du travail relatif aux droits des travailleurs compressés. Des attitudes inhumaines que condamne d'ailleurs avec la dernière énergie l'Eglise qui nous enseigne que " c'est un péché contre la dignité des personnes et leurs droits fondamentaux que de les réduire par la violence à une valeur d'usage ou à une source de profit ".

à quand les réalisations?
Rédigé par : BENOIT LANDRY | 13/04/2010 à 07:22