Bruno Laki Dang
Bien que réputés dangereux de par leur morsure mortelle, les serpents offrent aussi à l'homme, tels que décrits dans cet article, de nombreux bienfaits.
S'ils sont pour la plupart terrestres, il existe aussi des serpents marins et
même arboricoles. Ces reptiles se nourrissent des lézards, des oiseaux, etc. et
d'autres, comme le python, peuvent avaler même une antilope. Il est
généralement admis en Afrique qu'un serpent qui avale un crapaud mourra le même
jour aussi. Les serpents se reproduisent en pondant des œufs (ovipares), mais
les femelles des serpents marins (ovovivipares) conservent leurs oeufs dans le
ventre jusqu'à l'éclosion.
Ainsi décrits, les serpents sont à l'image des
autres reptiles (lézards, tortues, caïmans, etc.) des créatures merveilleuses,
mais à cause de leur venin, dont ils se servent pour paralyser leur proie ou
pour se défendre, les serpents sont réputés dangereux. Si dangereux que le
recours à leur intercession pour nuire à autrui est fréquent en Afrique en
magie noire. Que n'entend-on pas parler
des serpents transformés en collier pour nuire à leur porteur ? Des serpents
-totems commandés pour tuer des ennemis ou des rivaux à distance ?
Notre
répertoire terminologique s'est aussi enrichi des mots tels que "
serpentologie ", " serpentologue " pour traduire des réalités
liées aux pratiques " serpentologiques " occultes. Bien plus, si le
venin des scorpions et autres insectes est peu nuisible, sauf en cas d'allergie
il est vrai, celui des serpents est mortel quelques heures après la morsure, si
la victime ne bénéficie pas de soins appropriés. Juste après la morsure, en
attendant l'administration du sérum antivenimeux, il est vivement recommandé de
placer un garrot entre la blessure et le coeur pour empêcher la diffusion du
venin dans tout l'organisme.
Ensuite, inciser légèrement à l'aide d'une lame de
rasoir stérile la région mordue et y apposer la " pierre noire " si
l'on en dispose une. Cette pierre, fabriquée à base d'os, adhère au corps par
simple contact avec le sang, jusqu'à absorption totale du venin. Elle est
réutilisable une fois qu'elle est déchargée du venin absorbé. Si ces mesures ne
sont pas prises à temps, le venin du serpent provoque la mort très rapidement.
Les serpents portent sur leur mâchoire supérieure des dents sous forme de
crochets, creusées de sillons qui véhiculent et inoculent le venin à la victime
pendant la morsure. De par sa nature
chimique, le venin, constitué d'enzymes et des toxines, paralyse les centres
nerveux et provoque des hémorragies par éclatement des vaisseaux sanguins. Du
fait qu'ils sont si dangereux, il est difficile d'admettre que les serpents
puissent aussi être utiles à l'homme. Compte non tenu de la présence du serpent
dans la chaîne alimentaire nécessaire, comme pour tout être vivant, au maintien
de l'équilibre de l'écosystème, les serpents sont utiles à l'homme à plus d'un
titre. Pour ne citer que quelques exemples, la peau de certains serpents tels
que le boa est très recherchée pour la décoration de l'intérieur et, en
artisanat, pour la fabrication des sacs à main, des chaussures, des ceintures,
etc.
Sa chair, très prisée, est consommée surtout grillée par certaines tribus du Grand Nord Cameroun notamment les Baya. Des chasses périlleuses sont fréquemment organisées en brousse pour capturer les boas. Le python royal, quant à lui, par ses aptitudes à ressentir l'approche d'esprits malveillants, est aussi recherché et élevé surtout par les chefs traditionnels, les rois, d'où d'ailleurs son nom de " royal ", qui s'en servent comme bouclier contre les forces ennemies occultes. (Lire interview ci-contre). En médecine, on obtient le sérum antivenimeux en injectant du venin au cheval. De plus, les venins sont utilisés comme coagulants chez les hémophiles ou comme antalgiques dans des cas de cancers.
En fin de compte, les serpents semblent tout aussi
nuisibles qu'utiles à l'homme. Cependant,
quels que soient les bienfaits que l'homme peut tirer des serpents, il
est plus prudent de prendre ses gardes vis-à-vis de ces reptiles qui, dans bien
des cas, en mordant leurs victimes, ne font que se défendre. La morsure étant
le plus souvent d'ailleurs le véritable moyen de défense, même si certains
serpents soufflent bruyamment pour se défendre; d'autres, comme le cobra, se
redressent et gonflent le cou pour intimider leurs prédateurs dont le premier,
avant la mangouste et certains oiseaux, est l'homme ! Celui-ci, à défaut de
s'enfuir, ne voit jamais un serpent sans lui écraser la tête.
Les serpents
n'ont-ils pas d'ailleurs été voués à ce sort depuis la nuit des temps ? "
Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta descendance et sa
descendance : celle-ci t'écrasera la tête et tu lui écraseras le talon. "
(Gn, 3.15). Afin d'éviter de se faire meurtrir " le talon ", il est
conseillé de marcher, si vous vous promenez de nuit et sans lampe de poche, en
martelant le sol, pour que les vibrations de vos pas atteignent et fassent fuir
les serpents sur votre chemin.
A la maison, on peut éloigner les serpents en répandant le long du pied des murs et des clôtures de l'essence, du gas-oil, de l'huile de vidange, etc., mais ces carburants, nocifs pour les serpents, ont l'inconvénient d'être polluants pour l'environnement. C'est pourquoi, préférez-leur certaines plantes que vous pouvez cultiver dans le jardin familial : les oignons ou l'ail, dont vous pouvez aussi disposer quelques bulbes ou des sacs entiers dans vos pièces et magasins. Les serpents se détourneront de votre saré.

Commentaires