" L'Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix ". C'est le thème du prochain Synode des Evêques de notre continent qui se tiendra à Rome en octobre de cette année. Au cours de ce deuxième Synode, la réconciliation en Afrique sera l'un des sujets sur lequel les participants vont réfléchir.
Parce qu'en effet, parler deréconciliation, c'est évoquer la paix, laquelle paix laisse imaginer une situation de raccommodement, de rapprochement, d'accord, d'accommodement, d'harmonie, d'amélioration, et partant de " bénédiction ". Mais y a-t-il aujourd'hui rupture au point où il faille à tout prix se réconcilier ? Et si c'était le cas qui se réconcilierait avec qui ?
La vraie rupture, c'est la cessation de toutes relations, de tout dialogue. Et Dieu sait combien notre continent est déchiré et divisé, souffre de ce manque de dialogue entre les frères d'une même famille, tribu, ethnie et même d'un même pays. Vu de si loin, on croirait que la réconciliation est l'affaire des autres et pas la nôtre.
Pourtant, le langage de la réconciliation s'impose à nous comme gage pour un mieux-être social. Ne peut-on pas dire que la réconciliation enfante la justice, laquelle conduit à la paix ? Surtout quand on dit de la paix qu'elle est le leitmotiv d'un véritable épanouissement humain. En tout cas, la réconciliation apparaît comme une sinécure.
Et religieusement parlant, elle ne saurait prendre la place du pardon dans ce concert de luttes et rivalités qui nous entourent. Que nous le voulions ou non, impossible de parler de réconciliation sans aborder la question du péché et du pardon. A la condition toutefois, de revisiter notre manière d'envisager ceux-ci. C'est qu'en réalité, " Réconciliation " et " pardon " s'ils sont liés, ils ne sont pas synonymes.
La réconciliation exprime bien l'idée de remettre en état, de rétablir des relations brisées ou détériorées, de dépasser une attitude négative de haine, de mépris, de vengeance, de volonté de faire mal, pour une attitude, des gestes et des démarches de rapprochement où des partenaires reconnaissent leurs torts et font des efforts, des pas, pour se rapprocher, présenter des excuses, demander pardon, renouer des liens, refaire route ensemble.
Et dans nos villes et campagnes, il y a forte urgence d'y parvenir. Tant si bien que nos relations avec Dieu et avec les autres en pâtissent. D'ailleurs, les couples : locataire-bailleur, employé-employeur, gouvernants-gouvernés illustrent à suffisance l'omniprésence de cet état de chose.
Et si chaque jour la réconciliation était un acte nécessaire ? La réconciliation n'en serait plus qu'une culture des valeurs humaines et évangéliques qui ennoblissent l'homme. En avons-nous besoin autant que ça ? Il semble qu'il le faut aujourd'hui plus que jamais pour que demain ne soit pas un autre recommencement. Mais surtout la réconciliation doit être de tout temps. Fallait-il attendre la convocation d'un Synode pour en parler de manière aussi solennelle ? La réponse à la question est négative. Parce que la réconciliation est un processus qui vient après, et va au-delà du pardon. En effet, pardonner est une chose, se réconcilier en est une autre.
Les gens y arrivent lorsque après avoir été en conflit, après être arrivé à une phase terminale, ils reprennent alors mutuellement des relations positives. Toutes les parties impliquées doivent alors décider que la réconciliation est la meilleure option pour chacun d'entre eux, que cela vaut mieux que de poursuivre le conflit. Que ce soit en famille, en entreprise ou en communauté ecclésiale, tout le monde doit s'engager dans ce processus, pour que l'on puisse s'asseoir à la même table et prouver son engagement dans la réconciliation par des actions appropriées.
Lorsque quelqu'un a commis une offense, il devrait être désolé et prêt à l'admettre. S'il ne veut pas communiquer ou est sur la défensive, cela veut dire qu'il n'est pas prêt à se réconcilier.
La réconciliation n'est pas seulement un événement à venir. Elle doit devenir une valeur et un style de vie que l'on transmet d'une génération à l'autre, lors des discussions, dans la discipline et par la manière dont l'on vit. Le pardon et la réconciliation font ainsi partie intégrante d'un chemin que peu de gens empruntent, mais qui mène à la liberté, la santé et la paix, et c'est à cela que le prochain Synode africain va se pencher.

Commentaires