Dans cette interview exclusive qu'il a bien voulu accorder au journal
catholique, Mgr Victor Tonyé Bakot, Archevêque de Yaoundé et Président de la Conférence Episcopale
Je vous remercie de l'intérêt que vous portez au grand
événement du voyage apostolique du Pape Benoît XVI au Cameroun, qui aura lieu
au Cameroun du 17 au 20 mars 2009. Cette nouvelle de premier rang a été rendue
publique il y a plus de trois mois. Avant de vous situer sur l'état des
préparatifs de la visite du Saint- Père au Cameroun, je me dois, avec tous mes
compatriotes du Cameroun et avec toutes nos églises, rendre grâce à Dieu pour
l'honneur et le privilège qui nous échoient d'accueillir le premier Pasteur de
l'Église universelle pour la première fois en Afrique et au Cameroun, le
Souverain Pontife, le Pape Benoît XVI. Notre pays est béni. " Non fecit
taliter omni nationi " " Pas un peuple qu'il n'ait ainsi traité
" (Ps 147). Aussi pouvons-nous également ajouter : qu'il soit béni, celui
qui vient au nom du Seigneur. Oui, qu'il soit béni, et qu'il bénisse notre pays
qui a bien besoin de nombreuses bénédictions du Ciel. Cela dit, venons-en
maintenant à votre question. D'abord, il convient de rappeler que le Pape vient
au Cameroun suite à une invitation conjointe du Chef de l'Etat, le Président
Paul BIYA, et de la
Conférence Episcopale
- Mgr Victor TONYE BAKOT, Président de la CENC
d'Organisation ;
- Mgr Samuel KLEDA, Vice-Président de la CENC
- Mgr Jean-Marie Benoît BALA, Evêque chargé des Finances à la CENC
- Mgr Joseph AKONGA ESSOMBA, Secrétaire Général de la CENC
Du côté de l'Etat, l'interlocuteur officiel nommé par le
Président de la République
Le Comité National de notre Conférence s'est ensuite réuni pour constituer des commissions de travail dont j'énumère quelques-unes :
- Accueil et hébergement,
- Protocole,
- Travaux,
- Finances,
- Culture,
- Logistique,
- Liturgie,
- Santé,
- Sécurité,
Depuis octobre 2008, ces commissions ont beaucoup travaillé,
soit entre elles, soit avec le Comité National de la Conférence
Le Comité National se réunit toutes les deux semaines dans un premier temps et, tout de suite, rencontre en assemblée générale les membres des 12 commissions et leurs Présidents.
L'Etat s'est beaucoup investi pour préparer cette visite. En
effet, l'Etat a débloqué des moyens importants pour implanter deux podiums au
stade Omnisports, pour aménager le parking en face de la Basilique
Peut-on dire aujourd'hui que tout est fin prêt pour accueillir le Pape
?
Le niveau d'avancement des travaux est satisfaisant. Nous
serons prêts avant l'arrivée du Saint- Père. Les deux podiums au Stade
Omnisports seront fabriqués, le parking en face de la Basilique
Monseigneur, peut-on savoir qui
finance la visite du Saint Père au Cameroun ?
Pour ce qui est du financement, je me réjouis de cette
question qui taraude les esprits, et qui va éclairer beaucoup de personnes sur
ce volet du voyage apostolique du Saint-
Père. Le Président de la
République
Il s'agit de :
1. Aménagement des sites des manifestations (stade Omnisports, Basilique, Centre des Handicapés);
2. Hébergement et restauration de certains hôtes de marque ;
3. Communication et sécurité.
Cela représente un gros investissement. L'Église Catholique s'implique aussi financièrement :
- 120 Cardinaux, Archevêques et Evêques de toute l'Afrique et des Îles viennent à Yaoundé. Certains arrivent une semaine plus tôt. Nous assurons leur accueil, leur transport et une partie de leur hébergement et de leur restauration. Beaucoup d'entre eux rentreront après le départ du Pape, mais ils resteront à notre charge. Il y a également :
- L'accueil, l'hébergement et la restauration de près de 1.000 délégués venant de 24 Diocèses, et ce pendant 4 à 5 jours.
- La couture de près de 200 ornements pour les Cardinaux, Archevêques et Evêques ;
- La couture de 1.000 étoles pour les prêtres ;
- La couture des ensembles pour les jeunes (environ 200) qui s'occupent de l'accueil et du protocole. Leurs déplacements, ainsi que le transport des membres des 12 Commissions, incombent également à l'Église Catholique ;
- Transport et restauration de 700 choristes qui animeront la messe du 19 mars au stade Omnisports;
- Transport et restauration de 100 Grands Séminaristes qui
chanteront les Vêpres à la Basilique Marie-Reine
- Location des bus pour le transport des hôtes, en particulier ceux qui vont atterrir à Douala pour être acheminés sur Yaoundé.
Tous ces chapitres nécessitent un financement conséquent.
C'est pourquoi, lors du Séminaire de janvier dernier à Maroua, les Evêques ont
décidé de lever des cotisations par Diocèse et les verser à la caisse de la CENC. Ils
Quels peuvent être les enjeux de la visite du Pape Benoît XVI ?
Les enjeux sont nombreux ! Ils concernent d'abord la qualité
de la préparation de cette visite. Ainsi que vous le savez, l'annonce de la
nouvelle de la visite du Pape Benoît XVI au Cameroun a soulevé un très grand
enthousiasme dans tous les milieux. Le Pape va rencontrer la communauté
catholique, la communauté musulmane, et environ 200 chrétiens Protestants, les
700 délégués des 24 Diocèses et les 600 délégués des religieux à la Basilique Marie-Reine
De son côté, le Ministère de l'Enseignement Supérieur a élaboré un mémorandum à la très haute attention de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI. Ce document très riche évoque les problèmes importants suivants : La question de l'appropriation de la première évangélisation ; la prolifération des sectes ; la place de la théologie de libération ; des propositions et suggestions par rapport aux attentes des intellectuels chrétiens. Ces propositions concernent l'éducation des prêtres, les Aumôneries universitaires, le statut et la vie sociale des prêtres, le dialogue interreligieux oecuménique, la formation des dignitaires de l'Église ; la bonne gouvernance et la gestion financière ; et un mot sur l'UCAC.
L'autre enjeu
concerne notre capacité de mobilisation. Nous attendons les 52 Présidents des
Conférences Episcopales Nationales d'Afrique, les 12 Présidents des Régions
Apostoliques d'Afrique, les 12 membres du Conseil Spécial pour le Synode des
Evêques. Nous attendons aussi 30 délégués par Diocèse au Cameroun. Nous avons
demandé à tous les fidèles qui viendraient prendre part à la messe du Pape de
s'inscrire dans leurs Diocèses et de venir en masse. Cette mobilisation demande
une organisation minutieuse. Les Evêques dans leurs Diocèses sont donc chargés
de mobiliser leurs fidèles pour qu'ils viennent très nombreux, soit comme
délégués à la Basilique
Le 3e enjeu est le message que nous adresse le Saint- Père lors des différentes adresses portées à sa connaissance. Ces messages devraient être porteurs des réalités, des préoccupations de l'Église qui se trouve au Cameroun et en Afrique.
Le 4e enjeu est
la préparation matérielle. Tous les Diocèses sont invités à s'investir
financièrement. C'est ainsi que dans l'Archidiocèse de Yaoundé, l'Archevêque a
écrit à des fidèles bien ciblés pour solliciter leur concours en indiquant même
un numéro de compte, un compte d'attente, parce que chaque Evêque devra verser
les produits de sa collecte à la caisse de l'économat de la Conférence.
Le 5e enjeu est
la préparation spirituelle et pastorale. Dans l'Archidiocèse de Yaoundé, nous
allons lancer une neuvaine de prières à partir du 07 mars prochain et dans
d'autres Diocèses. D'autres initiatives du genre sont prises pour que chaque
fidèle s'approprie cet événement dans la foi. N'oublions pas que le Pape vient
confirmer ses frères dans la vie de foi, en cohérence avec le message de
l'Evangile et l'enseignement du Magistère. Sur le plan pastoral, la Lettre
La visite du Saint Père draine toujours des grâces considérables. Quel
peut être son impact sur le plan spirituel ?
Comme je le disais tantôt, les Evêques ont adressé une
Lettre Pastorale aux communautés chrétiennes. Dans cette Lettre, ils insistent
sur la place et le rôle du Successeur de Pierre comme Pasteur universel,
Vicaire du Christ, et dont l'enseignement doit être considéré comme un appel
adressé à chacun en vue de la sainteté. Chaque fidèle doit honorer son baptême
par une vie de foi conforme à l'Evangile et à la volonté de Dieu. Le chrétien
doit vivre dignement, parce qu'il a une boussole qui l'oriente dans la vie, et
cette boussole, c'est l'Evangile du Christ. N'oublions pas non plus que le Pape
viendra au Cameroun en plein Carême, et son message l'a précédé. Ce message
porte essentiellement sur le jeûne, la prière, le partage. Le Pape insiste
davantage sur le jeûne pour réprimer nos désirs mauvais, et nous aider à
accomplir la volonté de Dieu. Le meilleur jeûne, c'est celui qui nous libère
pour entendre la Parole
Lors du 33e Séminaire des Evêques du Cameroun à Maroua, vous avez
invité les fidèles, tout homme et toute femme de bonne volonté à jouer un rôle
positif dans le besoin généralisé de changement que ressent fortement notre
pays depuis un certain temps. De quel changement s'agit-il ?
Le changement dont il est question est le changement du cœur. La réconciliation, la justice et la paix, thème du 2e Synode, doivent ouvrir notre cœur et orienter nos relations avec les autres sur de nouvelles bases. Se réconcilier, c'est se rapprocher de Dieu et de l'autre pour créer une nouvelle manière d'être avec lui et régler des problèmes qui sont parfois source de conflits. Ces problèmes sont les suivants:
- Problèmes de la terre, de mariage ;
- Problèmes de la dignité des personnes : la femme dans la société ne peut être traitée n'importe comment comme aujourd'hui dans notre pays ;
- Problèmes de la juste répartition des biens dans notre pays pour l'épanouissement et le bien-être de tous.
- Problèmes de l'égoïsme à dépasser. L'égoïste ne pense qu'à lui et à ses proches. Dépasser l'égoïsme, c'est ouvrir son cœur pour aider un frère qui est dans le besoin et qui a droit au même partage des biens du pays.
Le changement, c'est aussi la qualité de nos prestations : un travail bien fait avec amour, avec empressement ; ceci nous éloigne de la paresse et de l'indifférence. Le changement de cœur est aussi un problème de justice. Celui qui a fait du tort à son frère devrait demander pardon et rétablir son frère dans ses droits. C'est le cas par exemple lorsqu'un employé retraité ne peut pas accéder à sa pension, lorsqu'il est obligé de faire des mains et des pieds pour parvenir à toucher sa pension à laquelle il a pourtant droit. La justice, c'est aussi une bonne répartition des terres qui ne devraient pas se retrouver entre les mains de quelques grands propriétaires terriens qui prennent tout sans penser aux autres.
Dans leur Lettre Pastorale, les Evêques ont aussi recommandé aux fidèles de bien se préparer spirituellement à accueillir le Pape. Que voulaient dire nos Pasteurs au peuple de Dieu ?
La
Lettre Pastorale des Evêques du Cameroun à l'occasion de la
visite de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI s'articule en trois moments : La Lettrerappelle que notre
Église particulière accueille Pierre, le Pasteur universel. " Tu es
Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise ". L'ecclésiologie que nous voudrions développer ici voudrait
réaffirmer la première place qu'occupe
Pierre dans l'Église. Pierre, témoin du tombeau vide, Pierre à qui le Seigneur
a dit : " Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église "
; Pierre qui après son triple reniement, a été confronté à la triple question
sur l'amour de Jésus. Jésus savait que Pierre était capable de foi, d'une foi
reconnaissante. On sait donc que Pierre a aimé son Maître jusqu'au bout,
jusqu'au martyre, et qu'il a été baptisé Chef des Apôtres. La Lettre
Les Evêques ont demandé aux fidèles de poser des actes concrets de
charité pour l'avènement d'un Cameroun de Justice et de paix. Il s'agit de
faire quoi exactement ?
Pour l'avènement d'un Cameroun de Justice et de paix, les actes concrets de charité que nous recommandons sont les suivants : Savoir partager avec ceux qui sont dans le besoin, parce que l'égoïsme tue. Seule la charité promeut la vie. Nous devons veiller à former notre jeunesse en lui inculquant les idéaux de justice, de paix et de réconciliation. Nous devons également éduquer les jeunes à aller à la rencontre de Dieu et à vivre les valeurs d'honnêteté, de partage, du pardon, du sens du sacrifice, du sens du travail bien fait. Par actes concrets de charité, nous entendons aussi une plus grande dignité reconnue aux femmes, en particulier aux veuves qui, parfois ont de la peine à s'affirmer lorsque leur mari est décédé. Les actes concrets sont une dot qui permet aux jeunes de se marier sans trop attendre de devoir remettre de fortes sommes à la belle-famille. Les actes concrets, c'est le respect du bien d'autrui et du bien des personnes. Il y a beaucoup de braquages, de vols par effraction. Les personnes vivent dans l'insécurité. Chacun d'entre nous souhaiterait se coucher chez lui et se relever le matin en paix avec ce qu'il a et ce qu'il est. Les actes concrets sont la possibilité d'avoir un travail bien rémunéré permettant à chacun de faire face aux problèmes de la vie. Les actes concrets c'est une scolarisation qui permette aux parents d'éduquer leurs enfants sans trop se saigner. Les actes concrets, c'est un niveau de vie qui soit à la portée de tous les Camerounais, qu'ils puissent manger, boire, se déplacer, s'instruire honnêtement avec des moyens qui leur permettent de le faire. Les actes concrets, c'est une bonne démocratie, et la possibilité de voter chaque fois que nous devons accomplir nos devoirs civiques. Par démocratie en Afrique, il ne faut pas entendre nécessairement l'expression de la majorité, mais aussi et parfois mieux, la reconnaissance de chaque individu là où il est, qu'il appartienne à un groupe minoritaire ou majoritaire, que chacun soit reconnu dans son expression et dans ses idées. Les actes concrets, c'est enfin ouvrir des espaces de formation professionnelle et d'emplois à nos jeunes.
En 1985 et 1995, le Cameroun a accueilli le Pape Jean-Paul II. Et en
2009, le Cameroun accueille le Pape Benoît XVI. Notre Église jouit-elle d'un
privilège particulier au sein de l'Église Universelle ?
Mgr François-Xavier VOGT, sur son lit de mort, avait dit : " Non Fecit Taliter Omni Nationi ". Les paroles prophétiques de ce saint homme sonnent aujourd'hui comme source de grâces et de bénédictions pour notre pays, comme une bonne augure en faveur des fils et filles de ce pays. Oui, ne l'oublions pas non plus, le Cameroun a été consacré à Marie-Reine-des-Apôtres par les Pères Pallotins le 08 décembre 1890. Les Camerounais aiment la paix, c'est pour cela qu'ils vivent en paix avec tous. Nous avons cette chance de n'avoir pas connu de tensions ethniques durables, ni de bain de sang de longue durée. En outre, les religions monothéistes du Cameroun vivent en bonne intelligence : Catholiques, Protestants et Musulmans. Il n'y a pas eu de conflits religieux ouverts entre les adeptes de ces différentes religions. Enfin, bien que l'agriculture ne soit pas très mécanisée, le Camerounais sait cultiver la terre et recevoir en retour le juste fruit de son travail. Le Cameroun peut nourrir tous ses enfants et même exporter une partie de ses produits à l'étranger. Voilà autant d'atouts. Enfin, le Cameroun est chrétien à près de 70 % avec environ 5 millions de Catholiques. Autant d'atouts qui placent le Cameroun en position privilégiée en Afrique, sans oublier le bilinguisme. Enfin, n'oublions pas qu'il y a des choses qu'on n'explique pas. On pourrait aussi dire que le Souverain Pontife aime le Cameroun, parce que c'est le Cameroun. Comme qui dirait : je l'aime parce que je l'aime. " L'évangélisation est surtout à approfondir chez vos baptisés. La formation à la foi, comme l'avouent beaucoup d'adultes, surtout les intellectuels, est trop souvent restée au stade élémentaire, et les sectes mettent facilement à profit cette ignorance ". Cette déclaration a été faite par le Pape Jean Paul II le 13 août 1985 à Yaoundé. Où en sommes-nous aujourd'hui ? La situation sur le plan pastoral a-t-elle évolué ? Il me souvient très bien que le Pape Jean Paul II avait relevé que la formation de nos fidèles était restée au stade élémentaire. Rappelons-nous aussi que c'est cette année que le Saint- Père a ouvert l'Institut Catholique de Yaoundé qui est devenu l'Université Catholique d'Afrique Centrale (UCAC). Ce sont les laïcs qui en avaient fait la demande dans un mémorandum resté célèbre. Depuis lors, que de jeunes, laïcs, prêtres, religieux, religieuses, ont été formés dans cette Université ! Depuis lors, la formation des jeunes s'est accentuée dans nos différents Diocèses ; entre temps, une Faculté de théologie a été ouverte dans la partie anglophone du pays, à Buéa ; des cours du soir niveau universitaire sont ouverts à Ekounou ; le Cardinal Christian TUMI a ouvert un centre de formation des laïcs qui accueille plus de 500 laïcs par an et ce, depuis des années ; bientôt, le Cardinal ouvrira une Université de gestion à Douala ; il y a aussi la formation théologique à la paroisse Christ-Roi de Tsinga depuis une vingtaine d'années ; il y a la formation biblique à Mvolyé ; dans nos Diocèses également, des formations sont dispensées par nos comités diocésains Justice et Paix ; les catéchistes reçoivent aussi les formations appropriées dans leurs Diocèses respectifs. C'est dire qu'il y a eu une bonne avancée sur le plan pastoral. Du reste, quand les Evêques vont en visite pastorale dans les paroisses, ils consacrent beaucoup de temps à la catéchèse. Ceci permet d'établir aujourd'hui que le niveau de formation de nos laïcs a beaucoup évolué dans le bon sens. Dans la plupart de nos paroisses, des religieuses disponibles et dévouées préparent les enfants à recevoir les sacrements, mais aussi les adultes; et cette formation prend une année scolaire, sinon des années quand il s'agit des adultes. Il n'y a vraiment pas à nous culpabiliser, mais à reconnaître qu'il y a toujours lieu de faire mieux…
"L'engagement de l'Église en Afrique pour la Réconciliation
Cette question a déjà obtenu une réponse. Aujourd'hui, dans notre pays, nous avons créé des comités diocésains et paroissiaux Justice et Paix. Que de personnes viennent à nous pour la résolution de conflits de toutes sortes : problèmes de terrains, d'héritage, de veuvage, problèmes de détenus qui s'adressent à nous pour qu'on les aide à faire avancer leurs dossiers de jugement ; en effet, sans le concours de l'Église, certains détenus peuvent rester des années en prison sans jugement ; nous les encadrons pour préparer leur mémoire de défense. L'Église Catholique œuvre aussi pour une société juste en cherchant des emplois aux jeunes. Je cite par exemple le cas de l'Abbé Emmanuel-Marie Mbog Mbog, Fondateur de l'Association Afrique Future, qui a ouvert deux hôpitaux à Douala et Yaoundé, des dispensaires à Douala, Edéa, Eséka, Yaoundé, des centres d'accueil et de ressourcement à Yaoundé, Kribi, Eséka, des écoles maternelles, primaires, et secondaires où il a recruté beaucoup de jeunes. Dans nos Diocèses également, les recrutements des jeunes dans nos différents établissements scolaires, nos dispensaires et hôpitaux, et nos structures de développement, constituent une contribution pour soulager la souffrance de beaucoup de jeunes qui trouvent là un moyen de subsistance. Cela peut évoluer, mais nous faisons de notre mieux en fonction des moyens mis à notre disposition.
Les Eglises locales sont très vivantes. Le Pape Jean Paul II estimait
qu'elles étaient " mûres pour la récolte ". Monseigneur, à la veille
de la visite du Saint Père, peut-on dire que la récolte peut effectivement
commencer ?
Quand on voit le dynamisme de nos associations, mouvements et confréries, sans compter le nombre de jeunes qui frappent à la porte de nos écoles primaires, secondaires ; quand on voit la foule de patients qui accourent dans nos centres de santé ; quand on voit le nombre de jeunes qui entrent dans nos Grands Séminaires- je dis en passant que cette année nous avons atteint 1.000 Grands Séminaristes à travers tout le pays ; quand on voit le nombre de demandes pour accéder à l'UCAC ; quand on voit les foules qui se pressent dans les églises les jours ordinaires et les week-ends et jours de fête, on est émerveillé par tant de ferveur, de piété, d'engouement pour l'Église qui est au Cameroun et dans la plupart des pays d'Afrique. Cela dit, nous ne devons pas penser que tout baigne dans l'huile. Nos chrétiens ont besoin d'approfondir leur foi, de résister aux assauts des sectes et à l'influence nocive des cercles ésotériques (Rose Croix, Franc Maçonnerie), pratiques homosexuelles et lesbiennes qui déstabilisent le chrétien, et lui font perdre l'engouement pour la chose chrétienne. Il n'y a pas longtemps, il y a quelques jours, le parlement burundais a adopté une loi en faveur de l'homosexualité ! Toutes les Eglises confondues ont écrit au Président et ont décidé de tout mettre en œuvre pour que cette loi soit abrogée. Nous devons aussi être vigilants au Cameroun, parce qu'il y a des courants qui travaillent en faveur de la dépénalisation de l'homosexualité. Nous ne devons pas céder à ce genre de comportements qui dénaturent les valeurs de l'Afrique.
Monseigneur, avez-vous un dernier message à adresser au peuple de Dieu
qui est au Cameroun ?
Le message qui me semble approprié c'est que le peuple de Dieu qui est au Cameroun aime le Christ comme le Christ nous a aimé. En cherchant l'hospitalité africaine en Egypte, nous pouvons dire que effectivement, Jésus est venu habiter parmi nous, avant même de proclamer l'Evangile du salut, il est venu comme un Evangile dans notre continent. Accueillons le Christ sans réserve, qu'il transforme nos vies, qu'il nous convertisse, qu'il nous installe dans son règne d'amour, de paix, de justice et de réconciliation pour l'avènement d'un monde meilleur en Afrique. Nous sommes tous invités à promouvoir l'espérance, une espérance chrétienne et positive qui libère.
Monseigneur, avez-vous un vœu à formuler à l'occasion de cette visite
du Pape Benoît XVI?
Oui, que cette première visite de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI en terre africaine et camerounaise soit un énorme succès, pour la gloire de Dieu et le salut des peuples d'Afrique.

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