A quelques heures de la visite du Pape Benoît XVI au Cameroun, le Nonce Apostolique au Cameroun, Mgr Eliseo Antonio Ariotti parle des enjeux et des attentes de ce voyage apostolique au Cameroun et en Afrique.
C'est durant la messe du dimanche 26 octobre 2008 à la Basilique Saint
Excellence, y a-t-il des raisons précises pour lesquelles le Saint-Père
vient au Cameroun ?
Le Saint-Père, comme successeur de Pierre, est le principe
visible et le fondement de l'unité qui lie entre eux soit les Evêques, soit la
multitude des fidèles. À ce titre, le Ministère du Pontife Romain est un
Ministère d'appel à la foi, de communion et de mission. Le Pape doit affermir
ses frères. Serviteur du Christ Pasteur, il veille, avec les autres Évêques,
sur l'Église répandue sur tout l'univers. Il porte le souci que le peuple de
Dieu devienne toujours plus profondément Un dans le Christ. L'Église est
également faite pour évangéliser, pour annoncer à tous la Bonne Nouvelle
Le Saint-Père a choisi de visiter le Cameroun et l'Angola. Peut-on
connaître les critères qui ont déterminé ce choix ?
Ce choix découle principalement d'une raison pastorale
profonde. Il y a quinze ans, du 10 avril au 8 mai 1994, fut célébrée la Première Assemblée
Comment le peuple de Dieu qui est au Cameroun doit-il se préparer à
accueillir le Pape ?
Merci pour cette question. Je crois qu'il est très important que les fidèles attendent la visite du Saint-Père comme un moment de grâce, et c'est vraiment ce qu'elle est. Un voyage du Saint Père est toujours un temps authentique de grâce, moment spécial, et même unique. C'est là un cadre où le Saint Père exerce de plus près le Ministère apostolique, entrant en contact plus direct et immédiat avec les inquiétudes et les préoccupations, les joies et les espoirs des fidèles et de toutes les personnes de bonne volonté, et ayant l'occasion d'adresser à tous une invitation à l'espérance. C'est un signe de la présence du Seigneur qui visite son peuple. A ce titre, j'aimerais relever qu'il faut certes toute la préparation matérielle qui se fait pour que le Pape soit bien accueilli, pour que les délégations hôtes soient hébergées, mais il y a un côté spirituel qui ne doit pas être oublié. Cet événement doit être porté dans la prière. En premier lieu, nous devons prier pour le Pape, en remerciant Dieu de nous l'avoir donné et en lui demandant de nous conserver longtemps ce Père très aimé. Nous devons prier aussi pour l'Église qui est au Cameroun et en Afrique, pour que tous ses enfants puissent vivre en authentiques disciples de Jésus Christ, et être ainsi des témoins crédibles, en faisant, à l'exemple du Pape, le chemin qui conduit du Christ à tout homme, dans le courage de la vérité. Les fidèles se doivent de se préparer spirituellement à ce " moment de grâce " en priant dans les paroisses et les communautés, dans les familles, dans les groupes de prière et dans le secret de leur cœur.
" Toute nation doit rechercher la stabilité économique et sociale,
s'attachant sans cesse à s'organiser par ses propres moyens et dans le respect
de ses propres institutions ; il lui revient de favoriser les microprojets qui
engagent localement des hommes et des femmes, ainsi que de lutter efficacement
contre les trafics illicites et les phénomènes de corruption. J'invite donc
tous les camerounais à avoir une conscience toujours plus aiguisée du bien
commun". C'est un extrait du discours du Pape à l'ambassadeur du Cameroun
au Vatican, S.E.M. Antoine Zanga, et qui souligne la grande importance que le
Saint-Père attache au bien commun. Qu'en pensez-vous ?
La notion du bien commun est d'une importance capitale dans la doctrine sociale de l'Église. De la dignité, de l'unité et de l'égalité de toutes les personnes, découle avant tout le principe du bien commun, auquel tout aspect de la vie sociale doit se référer pour trouver une plénitude de sens. Bien évidemment, c'est aux Institutions Etatiques que revient en premier lieu de créer un ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu'à chacun des citoyens, d'atteindre sa perfection d'une façon plus totale et plus aisée. Le bien commun ne consiste pas dans la simple somme des biens particuliers de chaque sujet du corps social. Étant à tous et à chacun, il est et demeure commun, car indivisible, et parce qu'il n'est possible qu'ensemble de l'atteindre, de l'accroître et de le conserver, notamment en vue de l'avenir. La personne ne peut pas trouver sa propre réalisation uniquement en elle-même, c'est-à-dire indépendamment de son être avec et pour les autres. Cette vérité lui impose non pas une simple vie en commun aux différents niveaux de la vie sociale et relationnelle, mais la recherche sans trêve du bien sous forme pratique et pas seulement idéale, c'est-à-dire du sens et de la vérité qui se trouvent dans les formes de vie sociale existantes. C'est à cet égard que le Saint-Père interpelle tous les dirigeants à mettre en œuvre des politiques concrètes, tel que les microprojets, pour lutter contre la paupérisation des masses. Mais il est important de relever qu'au Cameroun, comme partout ailleurs, le bien commun engage tous les membres de la société: aucun n'est exempté de collaborer, selon ses propres capacités, à la réalisation et au développement de ce bien. Tous ont aussi le droit de bénéficier des conditions de vie sociale qui résultent de la recherche du bien commun. L'Église ne renonce jamais à dire 'le mot qui lui revient' sur les questions de la vie sociale.
" L'Église en Afrique au service de la réconciliation, de la
justice et de la paix: 'Vous êtes le sel de la terre … Vous êtes la lumière du
monde' (Mt 5, 13.14)". C'est le thème des travaux du Synode des Évêques
d'Afrique qui se tiendra à Rome. Quels sont les défis que doit relever l'Église
d'Afrique à travers ces thèmes ?
Partant du thème: " L'Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix: 'Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde' (Mt 5, 13.14)", il ressort assez clairement que cette Assemblée Spéciale pour l'Afrique doit amener l'Église à examiner les problèmes qui affectent le continent africain, surtout dans le domaine de la réconciliation, de la justice et de la paix, mais aussi et surtout de voir de quelle manière l'Église peut pleinement jouer son rôle de Sacrement du Salut. Les grands thèmes qui sont déjà évoqués dans les Lineamenta :
1. L'Afrique à l'aube du XXIème Siècle;
2. Le Christ, Parole et Pain de Vie, notre réconciliateur, notre justice et notre paix;
3. L'Église, sacrement de réconciliation, de justice et de paix en Afrique
4. Le témoignage d'une Église qui reflète la lumière du Christ sur le monde
5. Les ressources spirituelles pour la promotion de la réconciliation, de la justice et de la paix en Afrique.
Un regard sur ces orientations montre que l'Église voudrait
humblement proposer l'originalité du mode de vie chrétien, et voir dans quelle
mesure cette spiritualité orientée vers la communauté peut devenir un service
au monde. Il ne s'agira jamais de recette, mais plutôt de témoignage et de
partage, pour œuvrer à la naissance d'une véritable solidarité humaine. Paix, Justice et Réconciliation sont imbriquées. On ne peut
obtenir la paix sans la justice et la réconciliation. Chacun devrait donc
s'assurer que toutes les parties sont traitées avec justice, et que toutes les parties
sont réconciliées les unes avec les autres. Cette tâche commence dans l'Église qui doit se réconcilier
avec elle-même à tous les niveaux, afin d'être signe et instrument de la
réconciliation du monde. Nous prenons le Christ comme notre modèle de réconciliation,
de justice et de paix, vu qu'Il est venu dans le monde pour nous réconcilier
avec le Père et entre nous (Eph 2,4). Il est le Prince de la Paix
Quel est votre jugement personnel sur l'Église qui est au Cameroun ?
On peut noter avec une joie légitime que l'Église
catholique, Famille de Dieu, qui chemine au Cameroun, connaît un développement réel.
Actuellement, le Cameroun compte 24 Diocèses. Sur près de 18 millions
d'habitants, environ ¼ sont des baptisés
catholiques. Le nombre des prêtres est aussi en pleine croissance avec une
moyenne de 100 ordinations sacerdotales par an. Il en est de même les
religieuses. Les catéchistes continuent à abattre un travail énorme. Les
Communautés Nouvelles sont devenues une réalité au Cameroun, que ce soit celle
d'origine camerounaise ou bien externes. Dans les paroisses, les mouvements
d'action catholique, les associations religieuses, les chorales et les Bikoan
témoignent d'une vitalité sans pareille. Dans un autre cadre, relevons aussi
que le rôle que jouent aussi bien les écoles et les collèges catholiques, ainsi
que l'Institut Catholique de Yaoundé sur le plan de l'éducation est
remarquable. Cette année encore, les collèges catholiques étaient de nouveau au
palmarès. Nous pouvons dire la même chose pour la santé, la lutte contre la
pauvreté avec les Codas-caritas qui existent dans tous les Diocèses. La presse
n'est pas en reste, qu'elle soit écrite ou parlée. L'Effort Camerounais, ou bien Cameroon Panorama, en
sont une preuve patente. Il en est de même de Radio Veritas, de Radio Reine et
de Radio Jeunesse, qui deviennent des références dans l'univers médiatique.
Quatorze ans après la publication de Ecclesia in Africa, nous pouvons dire avec
Saint Paul que "l'espérance ne trompe pas, parce que l'amour de Dieu a été
versé dans nos cœurs " (Rm 5, 5). Au delà des souffrances du moment
présent, ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre peuvent
en effet discerner l'œuvre de la Divine Providence
Le Cameroun est souvent qualifié de terre de fertilité évangélique.
Qu'en pensez-vous ?
Comme je l'ai dit plus haut, l'Église qui est au Cameroun est la fertilité évangélique qui se traduit en terme d'augmentation du nombre de chrétiens, mais aussi et surtout sous l'angle de la maturité de la foi qui porte aussi ses fruits comme le révèle la croissance du nombre de prêtres et d'Evêques. Une autre donnée à prendre en considération pour apprécier la fertilité évangélique de l'Église qui est au Cameroun, est assurément son caractère missionnaire aussi bien ad intra que ad extra. Après l'exemple des pionniers comme Baba Simon, il y a une nouvelle vague actuellement, notamment dans les Diocèses du Grand Nord et de l'Est. Il y a aussi des prêtres camerounais, aussi bien religieux que diocésains, ainsi que des Religieuses, qui sont missionnaires dans d'autres pays africains comme le Bénin, le Maroc, l'Afrique du Sud, le Tchad. L'image réfléchie par ces considérations nous montre une Église locale qui est vigoureuse, confiante dans ses capacités et travaillant pour l'avenir, en dépit du cadre général difficile de la société dans laquelle elle évolue, et est porteuse d'espérance. L'espérance concerne certainement l'avenir du catholicisme, mais davantage le sort de tout le pays.
En accueillant le Pape Benoît XVI, quels fruits spirituels et
évangéliques l'Église qui est au Cameroun est susceptible de bénéficier ?
En matière d'évangélisation, on sait que le Pape nourrit
beaucoup d'espoirs sur l'Afrique. Si vous vous rappelez bien, le thème du
Premier Synode pour l'Afrique était : " L'Église en Afrique et sa mission
évangélisatrice vers l'an 2000 : 'Vous serez mes témoins' (Ac. 1,8) ". Ce
thème exprime déjà en perspective, l'espoir que l'Afrique suscite au sein de
l'Église. En annonçant la confirmation de la convocation du 2e Synode pour
l'Afrique, le Pape Benoît XVI déclarait : " Je nourris une grande
confiance que de telles assises donneront une nouvelle impulsion à
l'évangélisation, à la consolidation et à la croissance de l'Église, à la
promotion de la réconciliation et de la paix dans le continent africain. "
Ces paroles du Saint Père, tout en soulignant la nature de la mission
d'aujourd'hui, pointent quelques perspectives majeures, et fixent certains
objectifs. Ce premier Voyage Apostolique
du Pape Benoît XVI au Cameroun et en Afrique, qui vient en prélude à la Seconde Assemblée
Le premier fruit doit être évidemment une grande prière de
bénédiction qui monte de nos assemblées. Nous bénissons le Seigneur pour sa
miséricorde immense, exprimant ainsi le mouvement de fond de notre prière en
tant que chrétiens. Le don de Dieu
interpelle l'accueil de l'homme. Parce que Dieu nous bénit, notre coeur peut
bénir en retour Celui qui est la source de toute bénédiction, car la prière de
bénédiction est la réponse de l'homme aux bienfaits de Dieu. Cette prière sera
authentique si elle se traduit en expérience d'approfondissement des
convictions de foi, si elle suscite la conversion du cœur, fortifie la volonté
de suivre le Christ, tend à la connaissance d'amour du Seigneur Jésus et à
l'union avec Lui. En relation avec le Synode, la Visite

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