Frères et sœurs,
Nous voici à notre rendez-vous du début de l'année. Une occasion que nous saisissons pour remercier le Seigneur de nous avoir permis de voir ce premier jour d'une année nouvelle.
Veuillez m'excuser, mais je ne commencerai pas comme d'habitude par vous dire : Bonne Année, vous patienterez bien quelque peu et vous me permettrez certainement de présenter d'abord mes vœux à notre maman et à Sainte Thérèse sa fille dont les reliques séjournent parmi nous. Mère du Ciel, à celle que l'Eglise fête aujourd'hui en ce premier janvier, en lui donnant son plus beau titre de gloire : Mère de Dieu.
Dieu sait si au long des siècles les catholiques (et les Orthodoxes également) ont ajouté à sa couronne de gloire les pierres les plus précieuses sous les vocables les plus enviés : L'Immaculée Conception, la Toute Vierge… Mais le plus beau diamant de sa couronne, le titre le plus précieux, celui dont tous les autres ne sont qu'une extension, c'est celui que le Concile d'Ephèse lui a décerné le 22 juin 431 : Théotokos, Mère de Dieu.
Oui, Bonne Année à toi, Marie, Mère de Dieu. Oui, Bonne Année à Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus.
Marie, exemple de
fidélité
Marie, tu as été Mère de Dieu, car ton corps virginal a eu
l'honneur de donner réellement au Fils du Père des cieux ce corps d'homme qui
lui a permis d'appartenir pleinement à la race humaine.
Tu l'as été par ton " oui " qui a accueilli en toi la Parole de Dieu : le Verbe en toi s'est fait chair. Incroyable, mais vrai, Dieu a dit ''maman'' à une femme !
Tu l'as été par ta fidélité continuelle à ta vocation exceptionnelle : ''Celui-là est ma mère et mon frère qui écoute ma Parole et la met en pratique " dira un jour Jésus. Mais qui, mieux que toi, a écouté et mis cette Parole en pratique ?
Tu l'as été quand discrètement, ''méditant tout dans ton cœur'', tu préparais ton Fils à sa grande mission de salut, à son sacrifice final.
Tu l'as été, Mère encore quand sous l'action de l'Esprit
Saint, tu as présidé à tous les ''accouchements'' exigés par la grande histoire
du salut : Noël, le Calvaire, la
Pentecôte.
Ce n'est donc pas tellement étonnant que dans l'Evangile de ce jour, les bergers t'aient remarquée en premier avant Joseph, avant même le nouveau-né. Et ils sont repartis émerveillés bien sûr de ce beau bébé, mais aussi du tableau d'une mère allaitant avec amour son petit. Ces gestes maternels si simples revêtaient une grandeur insoupçonnable puisqu'ils s'adressaient au Fils de Dieu.
Toutes les mères du monde ont été ainsi promues en toi, et c'est tout naturellement qu'à leur tour, elles se sont plues à parler de leur enfant comme de leur "Jésus " bien-aimé.
Mais penserez-vous, dire Bonne Année à Marie, c'est quelque peu déplacé. Marie est dans l'éternité, elle n'est plus dans le temps. Elle n'a rien à voir avec l'année nouvelle qui ne la vieillira pas d'une seule ride !
Eh bien ! Je n'en suis pas si sûr : Marie est aussi la Mère des hommes, et, à ce titre, elle continue à suivre l'histoire de chacun de ses enfants. Comment Marie peut-elle être pleinement heureuse dans son éternité tant que tous ses enfants ne sont pas rassemblés auprès du Père !
L'année nouvelle l'intéresse, c'est pour cela que je lui souhaite de ne pas être déçue par ses enfants les hommes, ni surtout par les chrétiens qui sont chargés avec elle d'engendrer le Christ dans le cœur des autres.
Des chrétiens
décevants
Et effectivement, les chrétiens et les hommes de bonne
volonté dans notre pays ont déçu la Vierge Marie, protectrice du Cameroun, tout au
long de l'année qui vient de s'achever.
Faudrait-il le rappeler, il y a dix
mois, le pays a connu une crise sans précédent avec ce que l'on a qualifié des
"émeutes de la faim ", au mois de février 2008.
Ces tristes événements que nul ne voudrait revivre ont endeuillé de nombreuses familles qui ont perdu des enfants aux mains nues qui revendiquaient d'être entendu, qui criaient leur ras-le-bol contre la misère, le chômage, la corruption et la hausse des prix sur les marchés.
Les entreprises et les particuliers ont perdu des investissements de plusieurs années de sacrifices, à cause des pillages. Quelle leçon les chrétiens, fils de la Vierge Marie, qui gouvernent notre pays et qui assument de lourdes responsabilités devant Dieu et devant la société, ont-ils tiré de tous ces événements ?
On dirait que les promesses faites sur la baisse des prix de produits premières nécessités, n'ont été qu'un coup d'épée dans l'eau, bref du bluff, car au lieu d'améliorer la situation, elle s'est aggravée.
Allez au marché et dans les supermarchés de nos grandes villes : le prix d'un kilo de viande, de poisson et de poulet a grimpé comme par enchantement. Les ménagères sont suffoquées même par le prix d'un litre d'huile. Là où on croyait avoir trouvé une solution, on n'a fait qu'aggraver la situation.
Le peuple camerounais est comme pris en otage dans son propre pays car il ne peut plus respirer, il ne peut plus s'offrir ce dont il a besoin à un prix raisonnable. Tout est cher. De quoi se demander : de qui se moque-t-on ?
A quand la sécurité dans nos quartiers de ville et de
village ?
A quand la fin du chômage, de la misère ?
La corruption tant dénoncée et timidement combattue n'est plus rampante, elle est devenue une véritable institution, alors que des efforts louables sont déployés depuis quelques années pour la combattre.
Et cette corruption qui a fait donner au Cameroun la ''médaille d'or'' sur la liste des pays les plus corrompus au monde, et pourtant ''pauvre et très endetté'', n'est que la conséquence d'un plus grand mal : Ce mal, je le dis et je le répète s'appelle : l'impunité.
Aussi longtemps que les lois de ce pays seront bafouées et piétinées par ceux-là même qui les ont voté et sont chargés de les appliquer, la lutte contre la corruption sera inefficace. L'impunité est une véritable gangrène au Cameroun, car elle récompense le coupable -souvent riche et influent- et pénalise le pauvre sans défense. Celui qui est honnête est puni, et le criminel récompensé. L'innocent est mis en prison, et le criminel est laissé en liberté ! Là aussi je me demande : de qui se moque-t-on.
A quand le retour de ces milliards dont on nous parle, dont on nous dit que ceux qui les ont volés ont reconnu les avoir volés ? A quand donc le retour de ces milliards dans les caisses de l'Etat ? Et puis, est-on vraiment sûr, y a-t-il de garantie que quand bien même cet argent reviendrait dans les caisses, d'autres pilleurs du trésor public ne vont pas s'en accaparer ? Non seulement ils devraient être remis dans les caisses, mais utilisés ouvertement pour les besoins sociaux que tout le monde peut voir, dont tout les Camerounais peuvent jouir ! A quand les routes bien construites avec cet argent volé qui n'a profité qu'à une petite poignée d'individus sans foi ni loi ?
A quand les logements sociaux construits avec cet argent pour tous les Camerounais qui croupissent dans des taudis, alors que les pillards du trésor public et leurs complices à l'intérieur et à l'extérieur du pays, se bâtissent des villas colossales et ostentatoires, comme pour se moquer des pauvres et les narguer ?
A quand les nouveaux amphithéâtres construits avec cet argent volé qui pourrait désengorger ces salles de classes qui font honte dans nos Universités où les jeunes doivent s'entasser comme des sardines pour assister à un cours ?
A quand l'électrification de nos cités et de nos villages avec cet argent détournés dans tous les secteurs publics, alors que l'obscurité fait le beau temps des malfrats qui pillent, violent et tuent sans être mis hors d'état de nuire ?
Autant de questions que tout chrétien, fils de la Vierge Marie, et frères ou sœurs de Sainte Thérèse, ne peut pas ne pas se poser, même si au Cameroun, le fait de les poser fait de vous un opposant en mal de pouvoir.
Pauvretés
immatérielles
Mais qui ne souffre pas, qui n'est pas révolté devant cet
état de chose, aussi longtemps que la misère et la pauvreté progressent ?
Comment peut-on s'imaginer au Cameroun qu'on peut être heureux tout seul, alors
qu'autour de soi, il n'y a que cris de détresse et de misère ?
Ce que nous déplorons dans notre société, n'est qu'un signe manifeste d'une forme de pauvreté spirituelle qui ronge la plupart des chrétiens et des autorités de notre pays. Le Pape Benoît XVI, qui sera bientôt au Cameroun au mois de mars, l'analyse avec perspicacité dans son Message pour la célébration de la Journée Mondiale de la Paix : " Nous savons… qu'il existe des pauvretés immatérielles, qui ne sont pas la conséquence directe et automatique de carences matérielles. Par exemple, dans les sociétés riches et avancées, se trouvent des phénomènes de marginalisation, de pauvreté relationnelle, morale et spirituelle : il s'agit de personnes intérieurement désorientées, qui connaissent diverses formes de malaise malgré le bien-être économique ".
Comment s'étonner alors que notre pays avance à deux vitesses. Les uns ont tout, et les autres n'ont rien. Les uns ont travaillé pour avoir ce qu'ils ont, les autres l'ont acquis illégalement et frauduleusement.
La pauvreté matérielle de la plupart de nos compatriotes est le résultat de cette pauvreté spirituelle qui a rendu le cœur de l'homme camerounais ''compliqué et malade'' comme dit le prophète Jérémie.
Je laisse encore la parole au Pape Benoît XVI qui écrit : " Quand la pauvreté frappe une famille, les enfants en sont les plus vulnérables : presque la moitié des personnes qui vivent dans la pauvreté absolue est aujourd'hui constituée par des enfants. Considérer la pauvreté en se mettant du côté des enfants, conduit à retenir comme prioritaires les objectifs qui les intéressent plus directement comme, par exemple, l'attention aux mères de famille, le travail éducatif, l'accès aux vaccins, aux soins médicaux et à l'eau potable, la sauvegarde de l'environnement et, surtout, l'engagement pour la défense de la famille et pour la stabilité des relations en son sein ". Est-ce vrai au Cameroun ? Est-ce vrai dans cette ville de Douala la capitale économique ?
Combien de fois avons-nous entendu les promesses du genre : l'école est gratuite ou le sera, et pourtant les parents croulent sous le poids de dettes parce qu'ils ne peuvent pas envoyer tous les enfants à l'école ? Même l'école publique gratuite coûte chère. Etrange !
A quand alors cette école gratuite pour les petits camerounais ? A quand l'école où chaque année on ne changerait pas les manuels scolaires dénués de tout souci déontologique et pédagogique pour des raisons commerciales ? Chaque année, les parents doivent en acheter d'autres ! Nulle part au monde on n'a jamais vu une plaisanterie pareille !
Le Saint Père que je citais tout à l'heure dit dans le même Message : " L'inégalité entre riches et pauvres est devenue plus évidente, même dans les pays économiquement les plus développés. Il s'agit là d'un problème qui s'impose à la conscience de l'humanité, car la situation dans laquelle se trouvent nombre de personnes offense leur dignité foncière et, en conséquence, compromet le progrès authentique et harmonieux de la communauté mondiale ". Alors, Bonne Année à vous tous qui ne voulez pas décevoir notre Mère du ciel.
Une année de grâce
pour tous
Bonne Année pour
cette année de grâce. Oui, chaque année est une année de grâce, c'est-à-dire
une année où la grâce de Dieu nous précède. Cela ne signifie pas pour autant
une année sans deuil, sans maladie, sans ruptures, sans solitudes, sans
inondations, sans malheurs… C'est une année où vous êtes assuré qu'à chaque
instant, quel que soit ce que vous vivrez, l'Emmanuel, le Dieu avec nous, sera
à vos côtés. Il sera présent surtout au cœur de vos tempêtes, même si vous
pensez qu'il sommeille au fond de la barque.
C'était là le secret de Sainte Thérèse de Lisieux dont les reliques - l'os de son bras - qui se trouve dans ce sarcophage devant vous, a eu à vivre pendant neuf ans de sa vie monastique au Carmel de Lisieux. Elle s'est jetée entre les bras du Seigneur comme un petit enfant sans force, qui ne compte que sur son Père. C'est la petite voie, secret de sa spiritualité : abandon total entre les mains de Dieu, quelles que soient les difficultés de la vie.
Je souhaite d'abord aux jeunes de répondre à l'appel de l'Eglise dans divers domaines et à travers les rassemblements qui seront organisés cette année dans le cadre de la préparation de notre Synode diocésain.
Les jeunes seront les adultes d'un monde où le matérialisme, l'individualisme, l'égocentrisme mettront en danger la paix et la démocratie. Un auteur spirituel disait : " Quand la jeunesse se refroidit, le reste du monde claque des dents ".
Notre monde devient un immense supermarché où un rayon est complètement vide, celui des valeurs morales. L'économique prime sur le spirituel, l'intérêt privé sur le Bien commun. Etonnez-vous que la corruption règne en maître, même dans les domaines où les jeunes sont les plus actifs comme le sport!
En parlant de la pauvreté, le Pape dont je vous invite à méditer le Message de cette année a soulevé un problème préoccupant qui frappe adultes et moins jeunes, mais surtout les jeunes en âge d'être utiles à la société, il s'agit des maladies qui déciment des générations entières : " Une autre source de préoccupation est constituée par les maladies pandémiques comme, par exemple, la malaria, la tuberculose et le sida, qui, dans la mesure où elles frappent les secteurs productifs de la population, influent grandement sur l'aggravation des conditions générales du pays…Il est en particulier difficile de combattre le sida, qui est une cause dramatique de pauvreté, si les problématiques morales liées à la diffusion du virus ne sont pas affrontées. Il faut en premier lieu mettre en oeuvre des campagnes qui éduquent, surtout les jeunes, à une sexualité qui soit conforme à la dignité de la personne ".
Refus d'un monde
superficiel
Que les jeunes refusent un monde superficiel où l'on parle
de Miss Cameroun, de Miss monde… plus que de tel ou tel jeune qui mène une vie
morale digne de ce nom, dans la solidarité avec ceux qui souffrent, en luttant
là où il est contre toute forme de corruption morale et matérielle.
Je souhaite maintenant à vous, les chrétiens d'aujourd'hui, dans un monde sécularisé, où vous êtes minoritaires et trop peu visibles, d'être demain, non pas des " néants ", mais des " néons ", comme ces mille lumières de nos rues en fête.
Je vous souhaite d'être des signes variés et multicolores à l'image de nos nombreuses tribus et ethnies : on ne place pas les néons au fond des caves, mais au-dessus des grandes avenues.
Il y a urgence que les chrétiens, dans un monde corrompu, soient d'une rigoureuse honnêteté dans les affaires, et, attention, l'honnêteté commence par une déclaration exacte d'assurance, un refus de toucher un pot de vin à la douane, aux impôts… ou de refiler un faux billet de banque à quelqu'un.
Il y a urgence pour les chrétiens de ne pas se désintéresser de la vie publique en se contentant de critiquer, sans avoir tous les paramètres, les décisions des politiques. Les chrétiens doivent sérieusement s'intéresser à la vie politique et économique de ce pays.
J'ai été très frappé par l'engouement avec lequel les Camerounais et beaucoup d'autres africains, se sont intéressés aux élections présidentielles américaines qui ont porté un Noir à la tête des Etats-Unis, l'Etat le plus puissant au monde.
Chez-nous en Afrique,
un autre bel exemple de démocratie qui sait aller aux delà des clivages
ethniques et régionales, vient de nous être donné par le Ghana. Je rêve du jour
où le monde entier s'intéressera avec tant de passion et de curiosité non
malsaine, aux élections présidentielles et législatives au Cameroun ! Et à
quand ces élections libres, transparentes et honnêtes qui feront aussi de notre
pays un modèle de démocratie réelle ? Or, je crois que c'est aux chrétiens qui
sont dans les partis politiques, la magistrature, l'économie et le commerce, de
se montrer témoins de la
Lumière
Il y a urgence que les chrétiens deviennent la force d'intervention rapide de l'Eglise, qui se portera sans attente ni palabres aux avant-postes de la misère, de l'exclusion, de la souffrance.
" Tout le monde s'étonnait de ce que racontaient les bergers ". Ce qui signifie qu'ils n'ont pu garder pour eux la découverte de leur vie. Puissent les chrétiens en cette année nouvelle, par leur joie et leur optimisme, être les chantres des merveilles de Dieu.
Amen !
la Rédaction

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