Pourtant, si nous avons bien compris ce message, aucune place n'est faite à une euphorie démesurée, malgré les progrès relevés dans l'un ou l'autre domaine, mais qui, à notre humble avis, tardent à se faire ressentir dans le quotidien des Camerounais. Le panier de la ménagère reste désespérément vide, car, " On dirait que les promesses faites sur la baisse des prix des produits de première nécessité, n'ont été qu'un coup d'épée dans l'eau, bref du bluff, car au lieu d'améliorer la situation, elle s'est aggravée ". (Cf homélie du Cardinal Tumi, 1er janvier 2009).
Cette prudence du discours présidentiel s'expliquerait par les conséquences imprévisibles de la crise financière internationale, dont les effets pourraient freiner ou compromettre le processus de redressement économique et social de notre pays. Face à cette situation, voici ce qu'a suggéré le Chef de l'Etat à tous les Camerounais de bonne volonté : " La pire des choses serait de se contenter de subir, en attendant un secours hypothétique venu d'ailleurs. Même s'il est permis d'espérer que les concertations au niveau mondial apportent à terme, des solutions à la crise, nous devons, me semble-t-il, dans les circonstances présentes, compter surtout sur nos propres forces et faire nôtre la devise : " aide-toi, le ciel t'aidera ".
Ce qui est valable au niveau de l'Etat l'est aussi au niveau individuel. Pour les Camerounais d'en bas, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas accessibles à la sémantique cachée des discours présidentiels, ils doivent savoir qu'il s'agit d'une invitation adressée à chaque citoyen pour plus d'ardeur au travail. Chacun est invité à prendre son destin en main, afin d'apporter sa contribution à l'effort de redressement économique national.
Aide-toi, le ciel t'aidera implique de ne pas prendre cette maxime comme une sorte de chantage où Dieu attendrait que l'on fasse absolument nos preuves pour nous donner un coup de main. On peut y retenir l'encouragement à notre participation active et citoyenne, car Dieu ne nous sauve pas malgré nous, il ne nous construit pas contre notre gré. Mais c'est ensemble, Lui et nous, que nous deviendrons un peu plus humain, un peu plus patriotes, dévoués à notre pays, un peu plus proche de la Parole du Christ. Et puis, espérer l'aide de Dieu est déjà une démarche active, et une réponse à la grâce de Dieu. Nous osons espérer en Lui parce que nous savons qu'il est notre espérance.
Les citoyens de notre pays sont invités à ne plus croiser les bras et attendre tout de l'Etat. Chacun à son niveau, et selon son état de vie doit se faire violence, dans le but de cultiver l'esprit de sacrifice et retrouver le goût de l'effort. L'effort pour notre patrie, pour nos villes, nos communautés, nos familles et enfin pour soi-même. Le mérite suprême sera de s'engager de manière désintéressée dans cette voie, sans être sûr des retombées pour soi, mais de satisfaction morale, de l'utilité à une collectivité, de l'utilité à notre pays.
Mais reconnaissons aussi qu'il est difficile d'en arriver à un tel degré de patriotisme et de sacrifices, si les autorités de notre pays ne favorisent pas un environnement propice aux actions et attitudes patriotiques. Cela ne demande pourtant pas de faire des gestes extraordinaires. Il faut tout simplement " combattre la pauvreté, construire la paix ". (Cf Message du Pape Benoît XVI pour la Journée Mondiale de la Paix 2009), en permettant aux citoyens de vivre dans un minimum de dignité dans leur propre pays. Quand la pauvreté fait des ravages, lorsque les couches défavorisées sont victimes des injustices de tous genres, lorsque leurs droits les plus élémentaires sont bafoués par ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir, lorsque le citoyen ne peut manger à sa faim dans son propre pays, la paix ne peut avoir des fondations solides.
Le Souverain Pontife le dit clairement : " Quand la pauvreté frappe une famille, les enfants en sont les victimes les plus vulnérables: presque la moitié des personnes qui vivent dans la pauvreté absolue est aujourd'hui constituée par des enfants. Considérer la pauvreté en se mettant du côté des enfants conduit à retenir comme prioritaires les objectifs qui les intéressent plus directement comme, par exemple, l'attention aux mères de famille, le travail éducatif, l'accès aux vaccins, aux soins médicaux et à l'eau potable, la sauvegarde de l'environnement et, surtout, l'engagement pour la défense de la famille et pour la stabilité des relations en son sein.
Quand la famille s'affaiblit, les préjudices retombent inévitablement sur les enfants. Là où la dignité de la femme et de la mère n'est pas protégée, ceux qui en subissent les conséquences, ce sont d'abord et toujours les enfants ".( Cf Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2009, No 5).
Peut-on envisager l'avenir avec optimisme dans un tel contexte ? Cet extrait du Cardinal Christian Tumi en dit long: " Mais qui ne souffre pas, qui n'est pas révolté devant cet état de chose, aussi longtemps que la misère et la pauvreté progressent ? Comment peut-on s'imaginer au Cameroun qu'on peut être heureux tout seul, alors qu'autour de soi, il n'y a que des cris de détresse et de misère ? Ce que nous déplorons dans notre société, n'est qu'un signe manifeste d'une forme de pauvreté spirituelle qui ronge la plupart des chrétiens et des autorités de notre pays.
Le Pape Benoît XVI, qui sera bientôt au Cameroun au mois de mars, l'analyse avec perspicacité dans son Message pour la célébration de la Journée Mondiale de la Paix : " Nous savons … qu'il existe des pauvretés immatérielles, qui ne sont pas la conséquence directe et automatique de carences matérielles. Par exemple, dans les sociétés riches et avancées, se trouvent des phénomènes de marginalisation, de pauvreté relationnelle, morale et spirituelle : il s'agit de personnes intérieurement désorientées, qui connaissent diverses formes de malaise malgré le bien-être économique… Comment s'étonner alors que notre pays avance à deux vitesses. Les uns ont tout, et les autres n'ont rien. Les uns ont travaillé pour avoir ce qu'ils ont, les autres l'ont acquis illégalement et frauduleusement. La pauvreté matérielle de la plupart de nos compatriotes est le résultat de cette pauvreté spirituelle qui a rendu le cœur de l'homme camerounais ''compliqué et malade'' comme dit le prophète Jérémie ".
Mais en toute chose, quelle que soit la situation, gardons la tête haute, et envisageons toujours l'avenir avec optimisme, car demain sera peut-être meilleur qu'aujourd'hui, car celui qui a l'espérance vit différemment; une vie nouvelle lui a déjà été donnée.

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