Nous, Evêques du Cameroun réunis à Maroua, du 4 au 10
janvier 2009, pour le 33ème Séminaire de la CENC (Conférence Episcopale Nationale du
Cameroun), dans la mouvance de l'Année de Saint Paul, et en préparation du
deuxième Synode africain, faisons la déclaration qui suit à l'issue de notre
rencontre : Tout en remerciant Dieu qui, dans son amour infini et
prévenant, nous a donné un pays généreux et riche pourvu d'immenses ressources
naturelles, humaines et économiques, nous nous alarmons une fois de plus de
certains fléaux décriés par d'innombrables voix et par nous aussi dans
plusieurs messages au peuple chrétien du Cameroun et aux hommes de bonne
volonté.
La corruption: objet de tant de dénonciations mais toujours flagrante, elle constitue aujourd'hui un véritable fait social qui ruine notre pays, et sape tout développement. Notre préoccupation s'exprime avec force au sujet des détournements de fonds publics, des vols de bétail dans les champs et les étables. Ces détournements annulent systématiquement tout projet de développement en privant notre pays de réalisations majeures pourtant programmées pour satisfaire des besoins sociaux avérés. A ce sujet, n'est-il pas expédient de dénoncer une fois de plus la gabegie et le favoritisme dans l'attribution des marchés publics et leur exécution, malgré les efforts de nos gouvernants pour enrayer ces pratiques ?
Le chômage: le travail ennoblit et dignifie l'homme, il équilibre la société, mais le chômage déstabilise les familles. Le sort de tant de jeunes chômeurs après de brillantes études est pour nous aussi un sujet de préoccupation majeure. Nous devons dénoncer également le monnayage dans les recrutements et les concours.
L'incohérence:
nos églises sont pleines, nos célébrations liturgiques si belles, mais la vie
chrétienne ne reflète pas assez notre foi au Christ, Prince de la justice et de
la vérité. La corruption et la gabegie sont aussi le fait de chrétiens, de tant
d’hommes et de femmes sortis des écoles catholiques. D'où notre interrogation,
pourquoi les fidèles chrétiens n'arrivent-ils pas à se distinguer et à opérer
le changement de la société ? Cette incohérence sur le plan religieux a son
pendant dans le civil :
Le Cameroun a une armature de textes de lois formidables,
mais des lois inapplicables à cause d'un contexte marqué des illégalités de
toutes sortes.
L'exclusion: la constitution de mosaïques à l'intérieur d'un même pays et, en revanche, la confiscation du pouvoir par le truchement des tribus, des alliances maffieuses et ésotériques.
L'insécurité: est-elle simplement une criminalité ordinaire ou bien a-t-elle réellement des motivations politiques et économiques ?
Nous en appelons à nos fidèles, à tout homme et à toute femme de bonne volonté pour jouer un rôle positif dans le besoin généralisé de changement que ressent fortement notre pays depuis un certain temps.
Voici, quant à nous, certaines pistes susceptibles d'opérer ce changement :
La formation de la conscience chrétienne : la conscience du fidèle doit être éduquée en vue de le rendre apte à poser des actes conformes à la volonté de Dieu, et à prendre un engagement conséquent dans la société. Les écoles chrétiennes sont le lieu privilégié de cette formation, sans négliger d'autres lieux de formation comme la direction spirituelle, la catéchèse, la prédication.
La vulgarisation de la doctrine sociale de l'Eglise : l'enseignement social de l'Eglise est un corpus qui donne au chrétien les principes fondamentaux et élémentaires de son engagement dans la société. Il n'est pas souvent su des fidèles. Cet enseignement doit être dispensé dans les séminaires, les Noviciats, les sessions des catéchistes. Les laïcs de niveau universitaire doivent le maîtriser.
La sagesse ancestrale: notre peuple a structuré au fil des âges une sagesse valable. On trouve dans celle-ci des enseignements sur l'honnêteté, la paix, la noblesse d'esprit. Elle doit être d'un grand secours en ce moment.
En cette année dédiée à Saint Paul, écoutons encore son appel pour la réconciliation et réconcilions-nous avec Dieu, le prochain et notre pays, à qui tant de mal est fait : " nous sommes les ambassadeurs du Christ…
Fait à Maroua, le 10 2009
Les Evêques du Cameroun

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