Sylvestre Ndoumou
L'élection présidentielle qui vient de se dérouler aux Etats-Unis, a
été pour ceux qui aiment retenir les choses essentielles, une véritable école
de la démocratie. L'occasion a été donnée à chacun de se faire d'autres idées
sur l'expression de la démocratie.
La déclaration universelle sur la démocratie, rappelle que " L'Etat de
démocratie garantit que les processus d'accession au pouvoir et d'exercice et
d'alternance du pouvoir, permettent une libre concurrence politique et émanent
d'une participation populaire ouverte, libre et non discriminatoire, exercée en
accord avec la règle de droit, tant dans son esprit que dans sa lettre ".
(Principe, No 5). Voilà effectivement ce qui s'est exprimé sous nos yeux
pendant la présidentielle américaine.
Tout au long de leur conquête de la Maison Blanche,
Barack Obama le désormais 44e Président des Etats-Unis et son adversaire John
MC Cain, ont animé un débat basé sur des idées constructives. Lors des débats
télévisés qui ont opposé les deux candidats, chacun a fait montre d’une
parfaite maîtrise de la géopolitique mondiale et de la connaissance des
problèmes auxquels sont confrontés les Américains.
C'était donc un combat d'idées sur les attentes légitimes du
peuple américain. A aucun moment, nous n'avons vu les candidats en compétition
distribuer de la bière, du riz, du poisson, ou de la viande aux électeurs pour
acheter leurs suffrages. Autre fait marquant,
après avoir constaté sa défaite, John MC Cain a aussitôt adressé un coup
de fil à Barack Obama pour le féliciter, et lui promettre son soutien tout au
long de son mandat. Le perdant n'a ni décrété " les villes mortes ",
ni ordonné les casses, encore moins parlé de " victoire volée " !
Peut-on imaginer un tel fair play parmi les politiciens camerounais ?
Assurément non ! Avant d'avancer dans le fond du sujet,
constatons ensemble que nous sommes encore bien loin de la démocratie, telle
qu'elle est organisée sous d'autres cieux. Le multipartisme est acquis, mais
pas encore la démocratie, ni même l'esprit démocratique.
L'élection municipale partielle qui s'est déroulée dans
notre pays le 28 octobre dernier, nous a encore donné la preuve que nous avons
encore du chemin à faire pour en arriver à la véritable démocratie. La campagne
électorale, ou ce qui en tient lieu, n'est en réalité qu'une foire où pleuvent
les invectives, les dénonciations calomnieuses, l'exacerbation du tribalisme et
des menaces de tous genres. Voilà à quoi ressemble la démocratie “made in
Cameroon”. On a rarement vu les candidats présenter des projets de société capables de répondre aux
attentes des populations.
Dans une campagne électorale, en principe, on défend les
valeurs républicaines et morales. Les candidats disent clairement le bien
qu'ils peuvent faire pour combattre les fléaux qui minent la société : chômage,
grand banditisme, insécurité routière… Mais, faute d'arguments solides, les
candidats procèdent par intimidation ou l'achat des consciences, en distribuant
de la bière, du riz, et de l'argent aux électeurs. Notre démocratie, c'est du
n'importe quoi grand format.
Nous espérons que nos politiciens et nos gouvernants ont
tiré les leçons qui s'imposent, dans le but de donner plus de maturité à notre
démocratie balbutiante. Les Sous-préfets, Préfets et autres fonctionnaires
spécialisés dans le tripatouillage des votes ont sans doute, à travers la
présidentielle américaine, pris conscience du bien qu'ils peuvent faire à la
démocratie de notre pays, en devenant les garants et non des fossoyeurs de
notre démocratie.
Les compatriotes gagneraient
à copier ce qui se fait de positif chez les autres, s'ils veulent consolider le
développement et la démocratie au Cameroun. Malheureusement, tel n'est pas
souvent le cas. Les Camerounais ont cette propension à ne copier que ce qui
apporte malheur et damnation à leur pays : feymania, homosexualité, pédophilie,
faux et usage de faux… sans oublier la fraude électorale qui coûte si cher à
l'Etat, et qui provoque le plus souvent la colère de la population.
Comme le dit le slogan de campagne du Président Barack Obama
" Yes we can ". Oui, nous aussi au Cameroun, nous sommes capables
d'améliorer notre démocratie. Mais à condition que nous nous mettions à l'école
du patriotisme. Cela voudrait dire que l'homme politique de notre pays doit cesser d'utiliser la politique
comme un fonds de commerce au service de ses intérêts égoïstes. Autant nous
construisons de luxueux châteaux et achetons de belles voitures pour notre
confort, autant nous pouvons travailler à apporter plus de lisibilité à la
démocratie nationale, à travers un dialogue constructif entre les différents
acteurs sociaux.
Malheureusement, la démocratie camerounaise souffre d'un
grand déficit de dialogue. Le pouvoir et l'opposition ne dialoguent pas, et
cette attitude de rejet de l'autre a de nombreuses conséquences dans le
fonctionnement du pays à tous les niveaux. Sans le dialogue, aucune société ne
peut vivre en harmonie. Sur la voie publique, le policier ne dialogue pas avec
les automobilistes. Au tribunal, le juge ne dialogue pas avec les justiciables.
Dans les services, la secrétaire ne dialogue pas avec les usagers et
préfère leur donner des rendez-vous interminables. Dans les familles, les
parents ne dialoguent pas avec leurs enfants… Pourtant, le dialogue est un
catalyseur de progrès, de fraternité et de cohésion. Les Camerounais ont le
devoir de recourir au dialogue pour régler leurs différends, désamorcer les
crises avant même qu'elles ne se déclenchent, et mettre fin aux conflits
récurrents qui naissent de notre système électoral.
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