Sylvestre Ndoumou
Le 6 novembre, parlons-en ! Ce jour, vous vous souvenez sans doute, se célébrait sur toute l'étendue du territoire national, le 26e anniversaire de l'accession du Président de la République à la Magistrature Suprême. Nous avons vu les membres du gouvernement, les directeurs généraux ou des responsables anonymes foncer avec leurs grosses cylindrées vers leurs "villages électoraux ", où l'occasion leur a encore été donnée d'abuser les populations. C'était lors des meetings organisés sous un soleil d'enfer, et au cours desquels les militants de base sont rentrés affamés, assoiffés, et l'esprit troublé par des discours étranges en déphasage avec la réalité.
Nous n'avons rien contre les fêtes, sauf celles qui à
l'instar du 6 novembre, ne donnent aucun espoir aux chômeurs, aux malades et à
ceux qui sont épris de justice, de charité, de paix et de démocratie. Bref, à
tous ceux qui, dans leur propre pays, tirent le diable par la queue pour
survivre. Nous ne sommes pas contre les fêtes, mais nous sommes contre les
gaspillages inutiles, les discours et motions de soutien démagogiques qui font
croire à l'opinion que ceux qui nous gouvernent prêtent une oreille attentive
aux souffrances des populations. Si l'on fait une estimation minimale des sommes dilapidées au
cours de ces fêtes qui ne contribuent qu'à enfoncer le pays un peu plus dans le
sous développement, on découvrirait que
l'on aurait pu acheter 300 motos aux jeunes qui veulent faire le taxi ; payer la scolarité à 500 élèves ; soutenir 100 projets d'adduction d'eau
potable dans les zones rurales ; payer les abonnements d'au moins 500 ménages à
Dans leur immense majorité, les Camerounais rencontrés dans
la rue pensent que le 6 novembre est généralement, le moment idéal pour les
fossoyeurs de
On voit mal comment les militants des villages de Polycarpe Abah Abah, Urbain Olanguena Awono, Ondo Ndong, Zacheus Nforjindam (tous anciens ministres ou directeurs généraux incarcérés dans le cadre de l'Opération Epervier), pour ne citer que ceux-là, viendraient publiquement crier leur colère contre le Chef de l'Etat. Ils ne parlent que de leur " attachement indéfectible aux idéaux du Renouveau et à la politique des grandes ambitions ". En réalité, ils dissimulent malicieusement leurs intentions réelles, et ne disent jamais leur déception.
L'Evangile de Jésus Christ selon Saint Mathieu (25,14-30) nous éclaire sur la fête du 6 novembre: "Un homme qui partait en voyage appela ses serviteurs et leur confia ses biens. A l'un, il donna une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul talent… ". Dans la suite de cette parabole, c'est le troisième serviteur qui nous intéresse, puisqu'il n'a pu fructifier le talent que lui avait donné son Maître. Ce troisième serviteur est le prototype même de ceux qui organisent des manifestations insensées chaque 6 novembre.
L'Evangile (Mathieu 25,14-30) met en garde contre le gaspillage des dons et des richesses que le Seigneur a donnés gracieusement à notre pays. " Cet Evangile attire aussi notre attention sur le gâchis que nous faisons des dons que Dieu nous donne. De même que nous gâchons souvent les immenses richesses planétaires, de même, nous gaspillons des richesses humaines inemployées : que d'enfants à naître que l'on retrouve à la poubelle, et d'autres extrêmement doués qui sont analphabètes à cause de nos gouvernements incapables de donner des bourses et des infrastructures décentes pour les former. Combien de gens super doués mettent leur intelligence remarquable pour organiser le vol, la magouille et les marchés mondiaux de la drogue ". (Cf E.C No 443 P.11).
Si le 6 novembre est un jour où l'on vient dresser les vrais
faux bilans, regardons comment en 26 ans de pouvoir, ceux à qui le Chef de
l'Etat a confié de hautes responsabilités les ont gérées. Le détournement des
fonds publics a paralysé le développement, rendu inefficace la politique de
lutte contre la pauvreté. L'équité dans les concours administratifs n'est
qu'une vue de l'esprit. La corruption dans les services administratifs a été
institutionnalisée, le grand banditisme est attisé et soutenu par ceux-là même
qui sont chargés de le combattre…
A l'heure du bilan, les motions de soutien émeuvent-elles encore le Chef de l'Etat ? L'Opération Epervier est là pour nous donner la réponse à cette question. Le patron qui a fait une confiance sans borne à ses serviteurs, vient enfin de découvrir qu'il n'était entouré que des Judas ! Judas, c'est moi, lorsque je détourne les fonds publics. C'est toi, lorsque tu empoches les budgets destinés à la lutte contre le Sida, aux micros projets. Judas, c'est celui qui vole la mallette de souveraineté du Chef de l'Etat, c'est aussi ce militant qui arbore la tenue du parti nuit et jour, mais qui est infidèle au projet de société de son président national. Judas, c'est aussi ce militant qui n'attend que le 6 novembre pour venir proclamer devant les cameras de télévision qu'il est fidèle aux institutions républicaines, au Renouveau national et à la politique des grandes ambitions.

Commentaires