TOUBORO : Destruction massive des champs par les éléphants
Bruno Laki Dang
Des éléphants dévastent actuellement les champs des villages migrants au Nord de Touboro. On dénombre plus de 108 hectares
Depuis le mois d'août dernier, une horde d'éléphants sème des dégâts dans les champs de Ouro-Massara, Louguéré, Mbilougui, Yanli, Gazawa, Mayo-Nda, Phacochère, Mata-Mada, villages migrants situés au Nord de Touboro. Au moindre barrissement, les villageois se lèvent comme un seul homme, poussent des cris, battent des tam-tams pour repousser les éléphants qui, une fois refoulés, reviennent sur leurs traces les jours suivants.
Il y a longtemps que les éléphants ne sont plus arrivés si tôt aux migrants. Ils venaient toujours au mois d'octobre et repartaient au début de la saison sèche, au moment où la végétation commence à se faner, et les points d'eau à s'assécher. Cette année, leur arrivée précoce, dès le mois d'août dernier, inquiète plus d'un planteur. Tous voient déjà le spectre de la famine planer sur la région, eu égard aux dégâts commis par les pachydermes.
Selon le recensement effectué par les paysans eux-mêmes au mois de septembre dernier, plus de 108 hectares 230 hectares 164 ha
Les paysans récoltent en moyenne 4 tonnes de maïs à l'hectare. Les pertes en maïs s'élèvent donc à 656 tonnes pour les 164 ha 000 F 150 000 F 118.080.000 F
Face à cette situation, les cultivateurs se trouvent pris dans un étau.
D'une part, ils sont conscients de ne plus pouvoir, comme leurs ancêtres, prendre au piège ni abattre un éléphant, pour dissuader les autres à revenir causer les dégâts. D'autre part, personne ne prête une oreille attentive à leur pénible réalité, puisque les éléphants constituent une espèce protégée.
Malgré cela, des mesures peuvent être prises pour préserver les champs des migrants contre les attaques des pachydermes. Avec ou sans armes, le refoulement ne peut être une solution durable, car les éléphants ont une mémoire très développée. Même s'ils partent, ils finissent toujours par revenir sur leurs traces, et provoquer les mêmes dégâts. Le refoulement de ces bêtes de leurs repaires et de leurs couloirs de transhumance ne serait efficace que si elles sont redirigées vers le parc de Bouba-Ndjidda ou ailleurs.
Il faudrait donc créer des conditions de vie semblables à celles que recherchent les éléphants aux migrants et, si nécessaire, empêcher leur départ, en entourant, comme au Kenya, le parc de grillages électriques. A défaut, une nouvelle migration peut être envisagée. C'est l'option qu'ont d'ailleurs choisie certains migrants. Impuissants et sans secours face aux pachydermes, ils s'en vont de plus en plus conquérir de nouvelles terres cultivables sur l'axe routier Ngaoundéré-Touboro, abandonnant derrière eux maisons, champs et vergers créés depuis leur arrivée à Touboro il y a bientôt 24 ans.
Ils ont débarqué à Touboro, on s'en rappelle, pour exploiter les terres fertiles de la région, et améliorer leur niveau de vie en augmentant la production agricole, notamment la production cotonnière. Au bout de 24 ans, ils ont atteint leur auto-suffisance alimentaire, et produisent de mieux en mieux, du coton, des céréales, notamment du maïs, dont ils ravitaillent le Grand Nord et les villes du Sud.
Il est temps que les pouvoirs publics interviennent plus que par le passé, pour encadrer les paysans et renforcer les efforts par eux déployés, afin de résoudre les problèmes auxquels ils sont confrontés. De crainte que, abandonnés à eux-mêmes face à ces difficultés, notamment la saturation foncière, l'invasion des animaux (éléphants, etc.), l'on assiste à des mouvements migratoires anarchiques, préjudiciables à la production agricole.
La baisse de la production qui s'ensuivra dans l'arrondissement de Touboro, un des grands greniers actuels du septentrion, risquerait de relancer dans le Grand Nord les cycles de famine qu'on redoutait, ainsi qu'une perturbation de la filière coton.

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