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Qui sont les migrants de Touboro ?

Laki Dang Bruno

En 1967, 1973 et 1985, une saison sèche interminable a frappé une grande partie du Grand Nord, et a provoqué la famine parmi les populations de cette région du Cameroun. Cette situation a motivé l'Etat à entreprendre le déplacement des populations de l'Extrême Nord, déjà surpeuplé par endroits, pour mettre en valeur les terres inoccupées de la province du Nord.

Cette mission a été confiée à

la Mission

d'Etudes pour l'Aménagement de

la Vallée Supérieure

de

la Bénoué

(MEAVSB), devenue aujourd'hui Mission d'Etudes pour l'Aménagement et le Développement de

la Province

du Nord (MEADEN). Elle s'article autour de trois différents projets : le Projet Nord-Est Bénoué (Projet NEB) de 1974 à 1984, le Projet Sud Est Bénoué de 1984 à 1994 et le projet Développement Paysannal et Gestion des Terroirs (DPGT) de 1994 à 2002.

Les migrants de Touboro ont été installés et encadrés par le Projet SEB, relayé par le DPGT. Au total, 34 villages ont été établis dans l'arrondissement de Touboro répartis sur deux sites : 26 villages entre la ville de Touboro et Madingring (chef-lieu du district du même nom) situé à

109 km

au Nord de Touboro et huit autres, entre Touboro et Mbaï-Mboum (grand village commercial à la frontière avec le Cameroun, le Tchad et

la RCA

) situé à

36 km

au Sud de Touboro.

Avant l'arrivée des migrants, ces sites étaient une savane vierge, occupée d'arbres et peuplée d'animaux sauvages. Pour un meilleur accueil des migrants, le projet SEB a réalisé quelques ouvrages sur le terrain : forages, écoles avec logements pour maîtres à raison d'une école pour deux villages. Malgré ces facilités, les migrants ont encore durement travaillé  pour survivre.

A première vue hostile, l'arrondissement de Touboro recèle de nombreuses potentialités propices à l'agriculture, l'élevage et à la commercialisation des produits agricoles. Les sols de cette région sont fertiles, et  les pluies abondantes. Nombreuse et bon marché, la main-d'oeuvre est formée d'immigrés d'origine tchadienne et centrafricaine. Avec l'appui technique de

la Sodécoton

et de divers autres organismes, les migrants ont rapidement amélioré leur confort économique en augmentant leurs productions agricoles.

Certains planteurs produisent 1.000 à 3.000 sacs de

100 Kg

de maïs, soit 100 à 300 tonnes de maïs par an. D'autres perçoivent jusqu'à 3 millions de F cfa à la vente de leur coton. Cette forte productivité a aussi favorisé la naissance à Siri, migrant n° 7, un grand marché, place de rencontres et d'échanges où affluent tous les mardis, des gens venant de divers horizons : Tchad, RCA, Ngaoundéré, Garoua, Touboro, escortés pour la plupart par les forces de l'ordre.

Cette prospérité n'a pas manqué d'attiser la cupidité des coupeurs de route qui ont commencé à attaquer non seulement les voyageurs, mais aussi les villages pour dépouiller les migrants de leurs biens.

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