Sylvestre Ndoumou
Au terme de leur 33e Assemblée Plénière qui s'était tenue à Yaoundé du 31 mars au 5 avril 2008, les Evêques du Cameroun ont fait une relecture de l'environnement social au Cameroun, à la suite des troubles sociaux de février 2008. Ils ont ensuite prodigué des conseils aussi bien aux pouvoirs publics qu'aux populations.
Dans le communiqué final publié à cet effet, nos Pasteurs écrivent : " Les Evêques sont heureux que le Gouvernement ait pris la mesure des nombreux problèmes sociaux et politiques de l'heure. Ils exhortent les pouvoirs publics à toujours œuvrer à trouver des solutions durables, afin de préserver la paix dans notre pays ". (Cf. E.C No 428 du 15 au 29 avril 2008).
A voir ce qui se passe aujourd'hui, on a comme l'impression que les destinataires ne s'en souviennent plus de rien. Qu'à cela ne tienne, nos Pasteurs ont fait leur devoir : attirer l'attention de qui de droit sur les périls qui menacent la nation, et encourager ceux qui sont moralement blessés, qui doutent, ou qui sont enclins au désespoir.
Nous le disons avec charité, on ne peut pas fermer les yeux sur ce qui se fait de bien. De même, si on n'est pas de mauvaise foi, on ne peut pas proclamer le bien et la prospérité là où l'atmosphère est chargée de scandaleuses injustices qui blessent le citoyen dans sa dignité. C'est pourquoi chaque personne de bonne volonté peut constater que quelque chose se fait ici et là à travers le territoire national pour ramener la confiance et améliorer les conditions de vie des Camerounais.
Les salaires des fonctionnaires, (Certains sont des champions invétérés de la corruption et des détournements des fonds publics) ont été revus à la hausse ; des routes sont construites ou réhabilitées ici et là, même si on n'a pas l'assurance que c'est la compétence et non les affinités tribales qui ont prévalu à l'attribution de ces marchés ; la lutte contre les détournements de fonds publics bat son plein, même si quelques irréductibles ont juré de faire échec à cette opération, car, estiment-ils, la chèvre devrait logiquement brouter là où elle est attachée.
Pour passer de la parole à l'acte, ceux-là trouvent encore le courage de tremper la main dans les caisses de l'Etat, même si cela devrait finir à la prison centrale de New-Bell à Douala ou à celle de Kondengui à Yaoundé, l'essentiel, dit-on, est de faire le plein de millions que l'Etat ne cherchera même pas à récupérer.
Malgré quelques lueurs d'espoir qui se profilent à l'horizon, des zones d'ombre qui ne permettent pas d'envisager l'avenir avec sérénité subsistent. L'Education catholique est asphyxiée par le non paiement des subventions de l'Etat, alors que " L'Enseignement privé constitue un gros avantage économique qui, grâce à lui, scolarise de nombreux jeunes camerounais à peu de frais.
Car ce que l'Etat dépense pour un enfant dans l'Enseignement Privé dans les subventions qu'il accorde, est de loin inférieur à ce qu'il dépense pour un enfant de l'Enseignement public ". (Cf. Lettre pastorale des Evêques du Cameroun sur l'Enseignement catholique, No 31). L'autre danger qui plane sur l'Enseignement public, c'est le sort réservé à certains enseignants vacataires abasourdis par la publication récente par le Ministère de l'Education de Base de la liste des 5525 instituteurs vacataires recrutés par l'Etat.
Dans les prochains jours, des éclats de voix vont se faire entendre au sujet de ce recrutement. En effet, de l'avis de ceux qui y sont impliqués de près, il ressemble étrangement à celui de 2006, lors du recrutement de 1700 instituteurs vacataires où les noms des cousins, cousines et maîtresses n'ayant aucun lien avec l'enseignement, ont encore été introduits sur la liste des admis, au détriment des instituteurs ayant déjà fait leurs preuves.
Toutes ces pirouettes ont une explication constante : dans notre pays, tout projet autour duquel l'on fait un vacarme propagandiste produit rarement les fruits attendus. Nos gouvernants ont l'art de transformer les projets porteurs d'espoir en promesses fallacieuses. Avec une rare maîtrise, ils savent occulter les vrais problèmes dans le but d'entretenir l'illusion, pendant que le chômage et la pauvreté continuent soigneusement de faire des ravages.
Le fameux slogan, " Santé pour tous en l'an 2000 " est là pour confirmer ce que nous venons de dire plus haut. Plus de 25 ans après l'appel de l'Organisation Mondiale de la Santé
A la place des hôpitaux, l'on a construit ici et là des mouroirs où manque parfois le moindre comprimé, et où l'argent passe avant la vie. Pendant ce temps, pour de simples céphalées, nos gouvernants et leurs familles ont en permanence des moyens illimités leur permettant de sauter dans le premier avion, soit pour faire un check-up, soit pour des soins appropriés en Europe et aux Etats-Unis.

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