Sylvestre Ndoumou
Le 15 avril 1996, eut lieu la première audience de la Commission
Elles œuvrent dans un esprit de réconciliation nationale et d'apaisement. Concrètement, les victimes sont invitées à s'exprimer devant un forum, afin de leur permettre de retrouver la dignité. Quant aux auteurs d'exactions, ils sont appelés à avouer leurs forfaits et à se repentir devant les victimes ou familles concernées. Les Commissions vérité et réconciliation ont été mises en place dans de nombreux pays, plus de 30 à ce jour, à commencer par l'Afrique du Sud, mais également dans les anciennes dictatures d'Amérique latine, et plus récemment au Timor oriental.
Nos lecteurs vont sans doute se demander quel est l'intérêt de notre pays pour ce genre de forum.
Voici la raison : aujourd'hui, les Camerounais épris de paix et de justice, observent avec angoisse, le déroulement de l'Opération Epervier, croisade lancée par le Président de la République
Les détournements de fonds publics, beaucoup l'ont déjà dit, et nous en rajoutons un peu, c'est l'appropriation frauduleuse des fonds par quelqu'un à qui l'on avait fait confiance pour gérer cet argent. Il s'en accapare pour son propre intérêt, et non pour l'intérêt public. Les désastres ainsi causés ont de graves conséquences sur l'économie et le développement. Un professeur d'Université au Cameroun, s'est amusé à faire une estimation de ce à quoi aurait pu servir l'argent détourné au Cameroun.
Selon certains chiffres dignes de foi, environ 2 000 milliards de CFA ont été détournés par la corruption au Cameroun entre 1997 et 2004. Avec cet argent, affirme t-il, l'on pouvait : acheter un Boeing 777 ; construire trois barrages hydroélectriques ; construire cinquante stades de football et cent gymnases sportifs ; lancer deux satellites de communication ; offrir un ordinateur à tous les étudiants réussissant le baccalauréat ou le GCE ; construire dix hôpitaux de haut standing ; construire mille écoles primaires ; accorder une bourse de 75.000CFA/mois à tous les étudiants de l'enseignement supérieur ! Cette estimation n'est certes pas officielle, mais elle n'est pas loin de la réalité, lorsqu'on ouvre le bon œil.
Les détournements de fonds publics, inutile de le redire, puisque d'autres l'ont déjà dit, auront de graves conséquences sur les générations présentes et futures. Ceux qui sont à l'origine de cette situation, ont sans doute commis une faute répréhensible et impardonnable. Mais qui sommes-nous pour ne pas pardonner, lorsque Dieu Lui-même pardonne nos péchés. L'Eglise nous enseigne que Dieu aime ses créatures. Il n'aime pas le péché, mais il aime le pécheur.
Dieu veut que tous soient sauvés, il ne veut pas qu'une seule créature périsse. Fort de cet enseignement, nous croyons qu'il ne faut pas jeter à la fois le bébé, la bassine et l'eau de son bain. En ces moments d'incertitude, notre pays a besoin d'une grande rencontre nationale si nous voulons repartir sur de nouvelles bases. Ce forum national pourrait s'appeler, " Commission vérité et réconciliation ". Il s'agit d'une sorte de tribune au cours de laquelle, les Camerounais arrêtés dans le cadre de l'Opération Epervier, viendraient confesser leurs actes, et dire aux Camerounais ce qu'ils peuvent rembourser, dans le but de bénéficier en retour de l'amnistie présidentielle.
Dans un environnement longtemps marqué par l'impunité, l'orgueil et l'arrogance des pseudo milliardaires, l'organisation d'un tel forum pourrait rencontrer un obstacle : l'orgueil ! La principale maladie dont nous souffrons tous, ne se trouve pas à l'extérieur de nous, mais en nous. Elle se trouve dans l'incapacité dont nous faisons preuve, pour notre bien et celui des autres, de prononcer ce petit mot de deux syllabes: Pardon ! Refuser le pardon à l'autre, refuser de demander pardon, c'est laisser persister la rancœur, la haine, le désir de violence et de vengeance. Notre pays n'a pas besoin de tout cela.
Une source proche de votre journal nous a fait la confidence suivante. Une démarche a été initiée par des sages de ce pays auprès de certains responsables incarcérés dans le cadre de l'Opération Epervier. Il leur a été proposé de demander pardon à la nation, et de rembourser ce qu'ils peuvent à l'Etat. Voici les réponses recueillies chez l'une ou l'autre personne contactée : " Je ne peux pas demander pardon, car le faire c'est perdre la face ! ". ''Je ne suis pas le seul à avoir tort. Pourquoi devrais-je commencer ? ". " De toutes façons, cela ne changera rien !
Dans un article paru dans Message Essentiel, Sandrine Laporte donne ce précieux conseil : " En demandant pardon, on brise le cycle infernal de la rancœur qui ne se justifie que par une attitude correspondante. Qui sait si, dans une semaine, un mois, six mois, ce que tu as semé dans le cœur de l'autre ne va pas finir par porter du fruit ! Et même si cela ne change rien, tu as bien fait, car tu peux être en paix avec toi-même et la communauté ".

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