" La meilleure preuve de l'apparition, c'est Bernadette elle-même ", estimait l'Abbé Pomian, le premier confesseur de la voyante. En cette année du 150e anniversaire des apparitions à Lourdes, regardons comment a vécu celle que Marie a choisie pour être sa messagère, en suivant ses conseils.
Deux cent cinquante documents écrits et plus de huit cent cinquante propos recueillis nous en apprennent beaucoup sur la confidente de la Vierge Marie.
Tout d'abord, Bernadette est bien des nôtres, avec son caractère, ses limites, ses faiblesses et ses épreuves. C'est ainsi qu'on la surprend, adolescente, succombant à la gourmandise. De la fenêtre de l'hospice où elle réside, elle voit des fraises dans le jardin, mais celui-ci est interdit; elle dit à Julie Garros : " Je jette mon sabot par la fenêtre.
Tu vas le chercher, et tu ramènes des fraises ". Aussitôt dit, aussitôt fait. Plus tard, la jeune religieuse se reconnaît entêtée, capable de colère, et pas toujours aimable. Mais elle ne se satisfait pas de ses défauts. Elle lutte, comme elle le dit de façon humble et drôle: " À force de taper sur la bête, on finit par la dompter " ; son obéissance et son humilité sont à mettre en rapport avec ce combat spirituel, tout comme l'esprit d'enfance que Bernadette a toujours gardé : " À la vue des enfants, elle devenait plus elle-même ", disait-on d'elle.
Une vie apparemment commune
Les vingt et une années qui suivent les apparitions de Marie sont des plus communes : école, apprentissage de la vie religieuse, travail au service des pauvres et des malades, souffrances de la maladie. Une vie menée généralement dans la bonne humeur, car cette Sainte aime rire, et sa gaieté est contagieuse. Chez les Sœurs de la Charité
Ceux-ci concernent aussi le service des pauvres : " Quand on soigne un malade... il faut se retirer avant de recevoir un remerciement ", " Plus le pauvre est dégoûtant, plus il faut l'aider ". Mais encore la pénitence pour les pécheurs, comme le lui a demandé la Vierge
Un mélange de robuste bon sens et d'humour...
On trouve dans les dits et les écrits de Sainte Bernadette un ton qui lui est propre, mélange de robuste bon sens, d'humour, parfois de moquerie. Elle le manifeste dès l'époque des apparitions, ainsi le 21 février, quand elle sort en riant de chez le terrible commissaire Jacomet: " Qu'est-ce qui t'amuse ? - Le commissaire tremblait. Il avait à sa calotte un gland qui faisait tintin ". En juillet, un prêtre se moque de son mauvais français: " La dame aurait mieux fait de t'apprendre à parler ! ", elle rétorque: " Ce qu'elle ne m'a pas appris, c'est à me moquer des ignorants ".
En 1860, un membre de la commission d'examen des apparitions objecte devant elle: " Cela ne me paraît pas une idée digne de la Sainte Vierge
Ce n'est pas la tête que tu faisais quand la Vierge la Supérieure Générale
A la limite de l'autodérision parfois
Son humour est parfois à la limite de l'autodérision. Nous avons souvent tendance à nous prendre plus au sérieux que la vocation que Dieu nous propose; chez Bernadette, c'est le contraire. Favorisée d'une grâce exceptionnelle, elle ne cesse d'avoir conscience de sa petitesse: " Est-ce que je ne sais pas que si la Sainte Vierge
" Aimez bien le Bon Dieu, mes enfants" Tout est là "
La foi est centrale chez Bernadette. Elle n'hésite pas à dire à propos des miracles: " Cette eau n'aurait pas de vertu sans la foi ". Sa relation privilégiée avec la Vierge Marie
Elle est surtout amour : " Quand on aime bien Notre Seigneur, tout devient facile ". Et, sur son lit de mort, Bernadette répète : " Mon Jésus, ô que je l'aime ". Cet amour engendre un ferme refus du Diable, dont elle éprouve la nuisance et qu'elle appelle, comme le Curé d'Ars, le " grappin ". Son aversion pour le péché n'est pas moindre: en 1870, l
" Le ciel est beau ! "
On peut résumer ainsi le message central des apparitions : " Le Ciel est beau, le péché horrible, travaillons à l'œuvre du Christ ". La messagère qui le transmet est devenue elle-même ce message. " Pénitence! Pénitence! Pénitence! Priez Dieu pour les pécheurs ! Allez baiser la terre en pénitence pour les pécheurs ", lui a transmis la Vierge Marie.
Bernadette est fidèle jusqu'à son dernier jour à ces Paroles du 24 février 1858, et elle prend de plus en plus conscience, dans ses épreuves physiques et spirituelles, qu'il s'agit pour elle d'être avec Jésus sur la croix : " Transporte-toi au jardin des Olives ou au pied de la croix et restes-y. Notre Seigneur te parlera. Tu écouteras " (à Sœur Vincent) ; " Notre Seigneur donne sa couronne d'épines à ses amis sur la Terre
L'essentiel de sa vie : simplicité, prière, sacrifice, fidélité
Cet itinéraire spirituel est édifiant, et on comprend qu'il ait suscité, du vivant même de la voyante, la piété et l'édification. Le commentaire le plus beau et le plus convaincant du message, le plus grand miracle de Lourdes, n'est-ce pas elle ? Mais ce serait la trahir que d'en rester là. Il faut toujours revenir à l'essentiel, au contenu, tout de simplicité, de pauvreté, de prière, de sacrifice et de fidélité.
Source : Eucharsitie misericor

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