Propos recueillis par Gildas Mouthé
La rentrée scolaire 2008-2009 s'est ébranlée le 8 septembre dernier. Afin de mieux cerner l'état d'esprit qui va guider l'action de l'Enseignement privé Catholique cette année, L'Effort Camerounais a tendu son micro au Secrétaire national de l'Education Catholique, l'Abbé Jean Claude Ekobena.
Monsieur l'Abbé, quel bilan faites-vous du déroulement de l'année scolaire écoulée ?
L'année scolaire qui s'achève a été pour nous une année relativement calme dans la mesure où nous avons poursuivi nos activités pédagogiques comme toujours, mais là où nous avons failli avoir des problèmes, c'est l'inquiétude qui plane toujours sur nos têtes comme une épée de Damoclès, celle de ne pouvoir payer les salaires à nos enseignants. Heureusement cela n'a pas eu lieu. En général, nous avons réussi à payer les salaires de nos enseignants, même dans les établissements situés en zone rurale, à cause d'une bouffée d'oxygène que nous avons reçu en dernière minute à savoir, le paiement d'une partie des subventions. Je peux donc dire que l'année s'est achevée dans le calme et puis, je crois que ici et là, nous n'avons pas été déçus des résultats en terme de réussite scolaire, mais aussi au niveau de la progression par classe, et cela a été je crois, un point remarquable, puisque nous veillons sur la formation de nos enseignants et cela porte des fruits.
Les établissements catholiques ont brillé une nouvelle fois de mille feux lors de la dernière session des examens officiels, occupant les premières places dans un classement publié par l’Office du Baccalauréat. A quoi attribuez-vous cette hégémonie ?
Je pense que cela est dû à la discipline. Je crois que nous faisons le maximum pour assurer la discipline au sein de nos établissements. En plus de cette discipline, nous invitons nos collaborateurs à avoir un maximum de conscience professionnelle, et nous n'hésitons pas à évaluer nos enseignants, parce qu'il y a le suivi des professeurs et des conseils de classe. C'est notre manière à nous de procéder. Lorsque dans une salle de classe de quarante élèves, dix seulement ont la moyenne dans une matière, nous devons nous poser la question de savoir pourquoi il n'y a que dix ? C'est donc ce questionnement qui nous permet chaque fois de voir ce qui ne va pas, et essayer de palier immédiatement les difficultés qui se dressent sur notre chemin, afin de déboucher sur quelque chose de bon.
L'on se rend compte que le problème des subventions se pose depuis de nombreuses années dans notre pays de manière récurrente. Qu'est ce qui à votre avis est cause de cette situation assez préjudiciable pour le bon fonctionnement des établissements privés ?
Depuis que je suis dans l'enseignement privé catholique, cela fait plus d'une quinzaine d'années, ce problème des subventions constitue une véritable épine. Je dois déjà vous dire qu'il y a dix à quinze ans, les subventions qu'on allouait à l'Enseignement privé en général, s'élevaient à sept milliards. Et rendu aujourd'hui à 2008, nous sommes à trois milliards ! Cela ne s'explique pas, surtout que les charges ont augmenté et la vie devient de plus en plus chère. Je crois que ce problème est très grave et les autorités doivent véritablement se pencher là-dessus. Donc, c'est un problème qui est récurrent, et nous ne savons pas si l'Etat place l'éducation parmi ses priorités, ou alors on s'occupe seulement des enfants qui sont dans le public, et on ne s'occupe pas de ceux qui sont dans le privé, or ils sont tous des Camerounais. Comme j'ai toujours eu à le dire et c'est mon leitmotiv, l'Enseignement privé confessionnel en général, aide l'Etat. Normalement, il est à but non lucratif. L'Etat doit dispenser l'éducation à tous les Camerounais, et par conséquent, il doit aider l'Enseignement confessionnel à l'aider dans cette charge dans la mesure où c'est l'Etat qui doit donner l'instruction à tous les Camerounais. Alors, si les privés s'engagent dans cette voie, l'Etat doit les épauler, cela a même été reconnu par la loi de 1976 qui précise que nous sommes d'utilité publique. Dès lors, l'Etat doit nous aider à aider les Camerounais. L'aide que l'Etat nous apporte en terme de subventions, c'est pour compléter les salaires des enseignants qui sont assez bas. Malheureusement, je vous assure, pour que ces subventions soient débloquées, c'est un véritable problème. Parfois nous passons toute une année avant que ces subventions ne nous parviennent. Par exemple, les subventions que nous devions recevoir il y a deux ans, nous sont parvenues l'année dernière. Ils nous ont certes permis d'amortir certaines charges, mais les dettes demeurent.
Le Secrétariat national de l'Enseignement privé catholique a mis l'année dernière un accent particulier sur la formation des enseignants. L'on peut citer par exemple les sessions de formation organisées par vos services à Okola dans le cadre du renforcement des capacités des enseignants francophones dans la langue anglaise. Doit-on encore s'attendre à ce genre d'initiative cette année ?
Depuis mon arrivé à la tête de ce service de la CENC
Sous quel signe placez-vous l'année scolaire 2008-2009 ?
Le thème qui doit guider l'année scolaire 2008-2009 dans l'Enseignement privé catholique est " Comment préserver le caractère catholique dans nos écoles dans un milieu sécularisé ? ". En dehors de ce thème global, cette année, nous voulons mettre l'accent sur la lutte contre la corruption, et c'est pourquoi nous avons des fascicules qui s'intitulent " Education à l'intégrité " que nous avons voulu produire en grand nombre pour que dans tous nos établissements, les élèves aient ce livre. Bien plus, nous allons initier des formations des formateurs pour pouvoir dispenser cet enseignement qui n'est pas un enseignement du type de l'anglais ou des mathématiques, mais qui est pro actif, car il doit permettre aux enfants d'acquérir des attitudes de lutte contre ce fléau qui se nomme corruption. Il faut d'ailleurs préciser que c'est un projet qui a été initié il y a quelques années par la CENC la Vie
Certaines sources font état de l'augmentation des frais de scolarité dans certains établissements privés, qu'en est-il des établissements catholiques ?
La scolarité a effectivement augmenté dans certains Diocèses. A ce sujet, je dois vous dire que c'est une épine dans notre pied dans la mesure où, pour moi, l'Enseignement catholique est un enseignement à but non lucratif. Mais malheureusement, il se trouve que comme les Diocèses sont différents, ils rencontrent également des problèmes qui sont divers et essayent de les résoudre comme ils peuvent, car chaque Diocèse a ses problèmes particuliers, et c'est regrettable. Alors on pense qu'en augmentant la scolarité, on va résoudre tous les problèmes. Moi je pense plutôt qu'il ne faut pas augmenter la scolarité. Nous sommes un service social, avec une option préférentielle pour les pauvres, et il faut que ceux qui n'ont pas la possibilité de pouvoir s'offrir une éducation à grand coût ailleurs, trouvent une place chez nous. Il faut que les pauvres puissent bénéficier de l'éducation que nous donnons. Notre éducation ne doit pas être réservée seulement aux riches. Augmenter la scolarité n'est pas à mon sens la solution. Je pense que la politique de l'Eglise doit être celle qui a prévalu il y a dix ans, c'est-à-dire, nous demandons une petite part aux parents, et l'Etat doit compenser le reste. Comme nous disons que nous aidons l'Etat dans ce travail, c'est parce qu'il ne peut pas scolariser tous les Camerounais, alors s'il y a certains qui s'engagent dans ce travail, l'Etat doit leur accorder une certaine aide pour pouvoir arriver à donner le minimum requis aux enseignants. Et puis, il faut le dire, ce qu'un enseignant touche dans le public, c'est trois fois plus que le salaire d'un enseignant dans le privé confessionnel. D'ailleurs le problème spécifique qui se pose, et je dois le dire, c'est que la plupart des Diocèses sont situés en zone rurale. A Yaoundé ou à Douala le problème ne se pose pas, car dans ces localités l'activité économique est prospère, et puis les fonctionnaires ont de l'argent, ils peuvent payer les scolarités très élevées qui leur coûteraient toujours plus chères que s'ils envoyaient leurs enfants en Europe. Par contre en brousse, les données changent, car il est impossible à un parent de pouvoir assumer une scolarité de 6000 francs Cfa, et lorsqu'il parvient à le faire, il ne peut plus payer les fournitures scolaires.
Pour refermer cet entretien avez-vous Monsieur l'Abbé, un message à l'endroit des enseignants, des élèves et des parents en ce début d'année scolaire ?
Je dois d'abord relever le problème crucial avec notre partenaire qui est l'Etat. Mon souhait est d'abord que l'Etat mette l'éducation des enfants parmi ses principales priorités, ainsi que les subventions à allouer à l'enseignement privé. Nous sommes aujourd'hui à l'aube d'une nouvelle année scolaire 2008-2009, sachez que les subventions de l'année 2007-2008 ne nous sont pas encore parvenues, alors comment est ce qu'on va fonctionner ? Nous savons que l'Etat a des difficultés, mais qu'on puisse nous donner cette aide financière même par fractionnement pour essayer de fonctionner. S'agissant des parents, je voudrais leur dire qu'il ne faut pas qu'ils attendent la dernière minute pour inscrire leurs enfants dans nos écoles. Les écoles catholiques sont très sollicitées et parfois, on arrive à un engorgement parce que les places sont déjà pleines, et on ne peut non plus surcharger les classes, car lorsqu'on se trouve avec des effectifs de 80 élèves, que peut faire l'enseignant aussi qualifié qu'il soit ? Donc, la limitation des effectifs s'impose, et les parents doivent le comprendre. Au niveau des enseignants, je sais que leur travail est dur, mais nous leur demandons d'avoir la conscience professionnelle, mais aussi l'amour des enfants et du travail bien fait. Nous collaborons étroitement avec les parents et c'est cela notre politique éducative qui consiste à travailler en collaboration avec nos différents partenaires, afin que l'enfant que nous avons à éduquer soit un enfant éduqué selon les normes de l'Eglise, c'est-à-dire qu'il reçoive une formation spirituelle et intellectuelle.

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