Quand les Universités veulent exorciser la pollution morale !
Claude Zéba
La 4ème édition du Forum des étudiants des Universités du Cameroun (FETUNEC) ouverte le mercredi 30 juillet dernier, à l'effet d'examiner les maux qui minent cet ordre d'enseignement devrait aboutir à des solutions concrètes.
A moins d'être un aveu des dérives managériales observées ces dernières années dans les Universités d'Etat, l'organisation d'un forum national sur le thème " Ethique et nouvelle gouvernance universitaire " serait une moquerie, voire une insulte à l'endroit de ceux-là même qui ont quotidiennement maille à partir avec des institutions qui, faute de correspondre à leur vocation première (celle de servir de temple du savoir) s'érigent en chantres de la tricherie, de la délation, de l'affairisme, du tribalisme, du clientélisme, du favoritisme, du droit de cuissage qui a donné naissance à cette gangrène baptisée NST (entendez notes sexuellement transmissibles auxquelles s'adonnent à cœur joie enseignants et étudiants), bref de la corruption sous toutes ses coutures.
Ce que corrobore le ministre de l'Enseignement Supérieur (MINESUP), Jacques Fame Ndongo lorsqu'il affirme en substance que " les campus universitaires ne sont guère à l'abri des risques de déperdition éthique (…) Ils sont mêmes surexposés, vu le grand nombre de foyers potentiels ou réels de pollution morale à l'intérieur et à l'extérieur des zones universitaires ". Allusion, certes, aux quartiers Bonamoussadi, Ange Raphaël qui jouxtent respectivement les campus de l'Université de Yaoundé I et de Douala où prospèrent toutes sortes de trafics.
Une situation qui a fini par convaincre les Camerounais, et les hommes du sérail en tête, que les meilleures écoles et les meilleures offres de formation universitaire se trouvent ailleurs qu'au pays. Ministres, Secrétaires généraux, hauts gradés, Directeurs des sociétés d'Etat et privées, hommes d'affaires, préfèrent envoyer les leurs se former dans les institutions occidentales, asiatiques et africaines (Maroc, Tunisie, République sud africaine, Mali, Sénégal, Guinée Conakry, etc. Une dizaine de jeunes Camerounais inscrits en médecine et à polytechnique n'ont-ils pas perdu leur vie au large de Conakry le 15 mars 2008, alors même que leur pays d'origine offre les mêmes formations ?).
Délaissant ainsi les Universités du pays à la " classe ouvrière " et aux familles mal famées. Encore que même là, la préférence va d'abord aux établissements privés qui, malheureusement, ne sont pas accessibles à toutes les bourses.
Toujours à cause du climat délétère qui prévaut dans les campus camerounais, deux enseignants de rang magistral entraient en grève de la faim le 9 juillet dernier à l'Université de Douala pour réclamer la reconsidération de leur statut respectif. Heureusement, le MINESUP a coupé court ce bras de fer qui perdurait entre les grévistes Kutnjem Amadou Monkaré et Gatsi Jean d'un côté, et le Recteur Bruno Bekolo Ebe de l'autre.
Et dans un tel contexte, la pire des choses qui puissent arriver aux Universités, c'est de parler d'éthique et de gouvernance telles que vécues dans ces institutions, pour les remettre en cause et les exorciser comme le souhaite Bernard T., doctorant à l'Université de Douala. De manière à rendre la " Colline du savoir " de Ngoa-Ekellé et Soa à Yaoundé, les campus de Dang à Ngaoundéré, Moliko à Buéa, Ange Raphaël à Douala et de l'Université de Dschang à l'Ouest du pays, viables et propices à l'éclosion du génie.

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