EDITORIAL : Quand les sirènes de la xénophobie retentissent dans nos cités !
Sylvestre Ndoumou
Les sirènes du tribalisme et de la xénophobie ont retenti avec une rare virulence du côté d'Akonolinga, dans la province du Centre. Pour un match de football perdu dans le cadre des demi -finales de la coupe du Cameroun, la chasse à l'homme a été lancée dans la ville d'Akonolinga. Elle ciblait particulièrement les ressortissants d'une certaine ethnie. Bilan, un mort (Louis Bruno Tientcheu Bonda) et des commerces, fruit des années de dur labeur, incendiés ou pillés.
Ces émeutes que d'aucuns ont banalisé sont pourtant d'une extrême gravité, parce qu'elles mettent en péril l'unité nationale patiemment construite depuis de longues années. Elles viennent nous rappeler que le Camerounais n'est plus partout chez lui au Cameroun. Ces émeutes nous font prendre conscience que l'unité nationale en vue de l'avènement d'une véritable nation demeure encore fragile, à cause des démons de la division qui rôdent dans nos villes et villages avec pour seule ambition de semer la discorde entre les compatriotes.
Tout en saluant la réaction du gouvernement et de sa volonté de punir les auteurs de ces exactions insensées, nous ne pouvons manquer d'émettre quelques réserves sur un fait qui semble avoir échappé à beaucoup d'observateurs, ou alors sur lequel on a volontairement fermé les yeux. Il s'agit de la responsabilité des instigateurs de ces émeutes. On nous dit que des casseurs ont été appréhendés et jetés en prison, que le préfet du Nyong et Mfoumou, Jean Claude Bekono Mama a été relevé de ses fonctions, mais personne, parmi ceux qui ont tiré les ficelles dans l'ombre, n'aurait été appréhendé.
Qui donc a actionné la manivelle qui a déclenché ces émeutes regrettables ? Voici la réponse. Pour ceux qui ne le savent pas, ou feignent de ne pas le savoir, le Cameroun profond est pris en otage par des individus qu'on appelle abusivement " les élites ". Ces élites font et défont les autorités administratives affectées dans leurs localités. Aucune décision ou initiative ne peut être prise en dehors d'elles. Malheur à l'autorité qui tente de les contourner, elle perdra assurément son poste. A Akonolinga, il y avait un désir de vengeance, et tout a été mis en œuvre pour empêcher le Préfet d'intervenir à temps, afin de prévenir ces incidents qui n'honorent pas notre pays.
La tactique mise en place était d'abord de laisser faire, et d'intervenir lorsque le mal sera consommé. Que pouvait donc le pauvre préfet dans un tel contexte où sévit encore une dictature souterraine et féroce ? La situation de ce préfet est le drame quotidien que vivent de nombreuses autorités administratives dans notre pays. Un Sous préfet en poste à l'Extrême Nord du Cameroun nous confiait la mort dans l'âme, que chaque fois que des coupeurs de route étaient appréhendés par les forces de l'ordre, certaines personnalités apparemment au dessus de tout soupçon, exigeaient la libération immédiate de ces bandits, non sans faire usage des menaces à peine voilées.
Il n'est plus possible aujourd'hui d'imaginer un Cameroun où chacun serait confiné à vivre dans sa province d'origine. Chaque compatriote, quel que soit son rang social, a le devoir d'apporter sa contribution à la construction d'un Cameroun de paix et de fraternité, afin que chaque Camerounais se sente en sécurité partout sur le territoire national. Un engagement dans ce sens a été pris par le Chef de l'Etat, et nous attendons sa concrétisation, même si c'est une œuvre de longue haleine : " Malgré certains acquis dans la voie de l'unité, les démons du tribalisme restent une menace permanente et grave pour la stabilité de nos institutions…
J'entends m'engager dès à présent à tout mettre en œuvre pour déclencher une profonde mutation sociale susceptible de faire naître une nouvelle communauté plus homogène, plus unie, plus consciente de sa spécificité face aux autres peuples, bref, une véritable nation camerounaise… ". (Paul Biya, Pour le Libéralisme Communautaire P. 34). Pour exorciser les démons du tribalisme qui se réveillent ici et là à travers le pays, force doit rester à la loi, dès lors que des actes susceptibles de mettre l'unité nationale en péril sont commis.
Dans la ville d'Akonolinga, il existe une forte communauté de croyants dont les prières quotidiennes sont adressées à Dieu pour qu'Il préserve la paix dans notre pays, et qu'Il nous donne de vivre dans la fraternité avec nos frères et sœurs d'où qu'ils viennent. Que ce sentiment d'amour réciproque soit guidé par cette Parole: " Le chrétien doit être celui qui cultive le respect. Il est devenu le Christ, et doit respecter les droits de tout homme, petit ou grand. Il doit respecter et aimer chaque être humain, parce qu'il voit en toute personne, l'image de Dieu.
Je respecte l'autre parce qu'il est mon frère, parce que l'autre est ma sœur en Christ. En l'autre, je vois l'image du Christ. Si je l'aime, j'aime le Christ. Les différences de culture, le racisme, le tribalisme, tout cela ne devrait plus avoir de place dans le cœur d'un chrétien qui mange le Corps du Christ. Le mépris et la marginalisation des autres ne sont pas chrétiens. Jésus Lui-même a dit : " Il n'y a plus ni Juif ni Grec ; il n'y a plus ni esclave ni homme libre ; il n'y a plus l'homme et la femme ; car tous, vous n'êtes qu'un en Jésus Christ. ( Galates 3, 27-28). (Christian Cardinal Tumi, EC No 435, P. 2)

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