Sylvestre Ndoumou
Les Camerounais, avons-nous remarqué dans leurs conversations quotidiennes dans les taxis et les lieux publics, aspirent tous au changement de la morale publique dans le pays. Malheureusement, personne n'est prêt à se débarrasser de ses mauvais penchants pour qu'advienne un Cameroun de justice, de fraternité, d'épanouissement des citoyens.
Si personne ne veut faire cet effort citoyen de changer de mentalité, les changements que nous attendons ne tomberont pas du ciel comme par enchantement.
Dans le vocabulaire des citoyens, nous entendons souvent parler de changement, sans que l'on puisse cerner les contours de ce mot. Un changement est un passage d'une chose, d'un état à un autre, qui est neutre. L'eau se change en glace. La glace se change en eau par exemple. Le changement que tout patriote appelle de tous ses vœux, n'est certainement pas le changement de l'exécutif à la tête du pays, ou de l'incarcération dans des prisons infectes de tous les ministres de la république ayant dilapidé à cœur joie les deniers de l'Etat.
Le changement que nous attendons ne viendra pas des autres. Il doit commencer par chacun de nous, non pas par nos propres forces, mais celle de l'Esprit Saint qui peut nous aider à convertir nos cœurs dans l'objectif d'abandonner nos mauvais penchants. Avant la venue de Jésus, se convertir signifiait toujours "revenir en arrière " (le terme hébreu shub signifie faire demi-tour, revenir sur ses pas).
Il indiquait l'acte de celui qui, à un moment de sa vie, se rend compte de s'être " trompé de route " ; il s'arrête, se ravise ; décide de changer de comportement, de recommencer à observer la loi et d'entrer à nouveau dans l'alliance avec Dieu. Il fait un vrai demi-tour. Dans ce sens, la conversion a une signification morale ; elle consiste à changer de coutumes, à réformer sa vie.
Dans la bouche de Jésus, cette signification change. Se convertir ne signifie plus revenir en arrière, à l'ancienne alliance et au respect de la loi, mais plutôt faire un bond en avant et entrer dans le Royaume, saisir le salut qui est venu aux hommes gratuitement, à travers l'initiative libre et souveraine de Dieu.
La conversion ne concerne pas seulement nos frères et sœurs arrêtés ou en voie d'être incarcérés dans le cadre de l'Opération Epervier. Elle concerne tout le monde : les citoyens qui arrosent les trottoirs de leurs urines, ceux qui inondent la chaussée des peaux de banane ou de coques d'arachides alors que la société Hysacam travaille de jour comme de nuit pour rendre notre environnement viable, les as du faux en écriture publique, les professionnels de la surfacturation, les parents irresponsables qui abandonnent femmes et enfants pour des maîtresses prêtes à tout pour détruire les ménages, les champions de la fraude douanière, etc.
La conversion que nous appelons de tous nos vœux pour un avenir meilleur des générations futures, risque d'être une illusion, ou encore mieux, une désillusion pour ceux qui croient au changement des mentalités dans notre pays. La mission actuellement effectuée par le Contrôle supérieur de l'Etat dans la province du Nord-Ouest en est une parfaite illustration.
En effet, pendant des années, les pouvoirs publics ont financé de nombreux projets d'intérêt public à travers le territoire national, mais n'ont pas pris la précaution d'exercer un contrôle pour s'assurer de l'exécution de ces travaux. Ce laisser-aller organisé par l'Etat lui-même, a donné des idées noires à divers responsables. Résultat, les budgets alloués à la création des écoles, dispensaires, ponts, voies de communication, ont été purement et simplement détournés !
La descente du Contrôle Supérieur de l'Etat dans le Nord-Ouest, et prochainement dans les autres provinces, provoque de grands remous. Aux dernières nouvelles, de nombreux fonctionnaires qui se reprochent quelque chose dans ces affaires auraient déjà pris la fuite, afin d'éviter de se retrouver à Kondengui ou la prison de New-Bell.
Dans un contexte où certains compatriotes posent de plus en plus des actes suicidaires qui défient la morale publique, nous nous faisons le devoir de rappeler aux uns et aux autres cet enseignement de l'Eglise : " Une politique pour la personne et pour la société trouve son critère fondamental dans la poursuite du bien commun, en tant que bien de tous les hommes et bien de tout homme, bien offert et garanti à l'accueil libre et responsable des personnes, individuellement ou en association : la communauté politique existe pour le bien commun ; elle trouve en lui sa pleine justification et sa signification, et c'est de lui qu'elle tire l'origine de son droit propre.
Quant au bien commun, il comprend l'ensemble des conditions de vie sociale qui permettent aux hommes, familles et aux groupements de s'accomplir plus complètement et plus facilement ".

Ne vous lassez de rappeler aux Camerounais que la clé de notre développement se trouve dans le comportement de chacun d’entre nous.
Rédigé par : Nda Bot | 29/08/2008 à 05:39