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Une fusillade entre prisonniers et geôliers fait 17 morts à New Bell

Claude Zéba   

Une tentative d'évasion orchestrée le dimanche 29 juin 2008 par une vingtaine de prisonniers armés tourne court pour 17 d'entre eux. Un incident de plus qui vient remettre au goût du jour les problèmes de la vétusté et de la porosité des prisons camerounaises.

Profitant du relâchement de la garde en cet après-midi du dimanche 29 juin 2008 consacré, comme à l'accoutumée aux visites et aux échanges entre les prisonniers et leurs proches, quelques locataires de la prison centrale de Douala à New Bell ont cru pouvoir prendre le dessus sur la dizaine de gardiens en faction, pour fondre dans la nature. Mal leur en a pris, l'administrateur principal des prisons Joseph Tsala Amougou, Régisseur de la prison de Douala et ses hommes veillaient au grain.

A l'assaut des agresseurs, les gardiens ont d'abord riposté par des tirs de sommation. Question de ramener les insurgés à de meilleurs sentiments, raconte un visiteur témoin du drame de ce dimanche 29 juin. Mais rien n'y est fait. Les assaillants étant déterminés à franchir de force l'entrée principale de ce pénitencier ou alors la muraille, haute (seulement) de

3 mètres

qui clôture cette enceinte.

C'est ainsi qu'a lieu un échange de tirs nourris entre les prisonniers d'un côté, et les gardiens, les policiers, les gendarmes et les militaires venus à la rescousse, de l'autre. Le bilan fait état de 15 morts et 3 blessés du côté des assaillants. Pas suffisant pour inquiéter les mutins. Puisque, de source bien introduite, ils reviendront à la charge aux environs de 3h du matin. Ce deuxième round va laisser sur le carreau deux autres prisonniers. Portant ainsi le nombre de tués à 17.

Délocaliser

Au-delà de cet incident " malheureux ", ce d'autant qu'il coûte la vie à 17 Camerounais, on se demande comment les prisonniers, pour la plupart des repris de justice interpellés dans le cadre d'un vol ou d'une agression avec port d'arme à feu, ont pu se procurer durant leur détention des fusils et des minutions. Bénéficieraient-ils de quelque complicité que ce soit ? A quel niveau et de quel acabit ? Des sources internes à la prison attestent que des produits prohibés tels la drogue, le chanvre indien, le cannabis, la cocaïne, etc. y sont vendus et consommés, parfois à ciel ouvert.

A ces griefs, s'ajoutent l'homosexualité, la pédophilie, le droit de vie ou de mort des plus forts sur les plus vulnérables… qui y font leur lit, avec la bénédiction de ceux qui sont censés les combattre. Paradoxal, diriez-vous ! Pourquoi laisse t-on faire, interroge Oumarou T. admis à la prison de New-Bell il y a moins de deux mois. Ce qui est proscrit par la loi camerounaise ne l'est-il pas aussi dans les geôles du pays ? A qui profiterait ce désordre ?

Aujourd'hui, pensent les experts, la solution aux tentatives d'évasions récurrentes (l'avant dernière en date remonte au 25 décembre 2007) enregistrées tant à New-Bell qu’ailleurs, reste la délocalisation, la viabilisation et le renforcement de la surveillance à l'entrée comme aux alentours des pénitenciers. Parce que trop lugubres et de surcroît, construits en plein  milieu d’habitations comme c’est le cas pour New-Bell, Kodengui, etc. De quoi donner des idées aux détenus qui savent qu'ils n'ont plus qu'un " petit " effort à  faire : franchir la clôture pour fondre au milieu de la population.

Selon

la Maison

des droits de l'homme, les prisons camerounaises sont surpeuplées et vétustes. Elles accueillent plus de 23 000 détenus. Celle de New-Bell, construite dans les années 1930 pour 800 prisonniers maximum, en accueille près de 4000 à ce jour.

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