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QUINZIEME DIMANCHE ORDINAIRE " A " 2008 : Quelles terres sommes-nous ?

Père Jean-Pierre Mukengeshayi

Avec l'Evangile d'aujourd'hui, le Missel nous donne le choix entre une lecture courte, rien que la parabole du semeur sorti pour semer, ou une lecture longue qui comporte en plus de la réponse de Jésus à " Pourquoi parles-tu en paraboles ? " et l'explication de cette parabole du semeur.

Arrivés à ce chapitre 13 de Matthieu, le " chapitre des paraboles ", que savons-nous ? Jésus a beaucoup semé sur tous les terrains. Il s'est heurté aux têtes dures des scribes et des pharisiens, il a vu des enthousiastes le lâcher très vite, il a senti des réticences chez les disciples de Jean-Baptiste et des perplexités chez Jean-Baptiste lui-même : " Es-tu bien Celui-qui-doit-venir ? " L'indifférence de certaines bourgades l'a beaucoup affecté : " Malheureuse Chorozaïn ! Malheureuse Bethsaïde ! " . Tout cela constitue un tableau assez sombre, le Royaume semble mal parti.

Et puis ces pauvres grains qui tombent n'importe où ! Et ce pauvre semeur qui a l'air de semer à tout vent et n'importe où ! Oui, on peut se demander pourquoi Jésus nous raconte cette suite d'échecs. Souvent, nous aussi, dans telle ou telle réalité de notre vie, nous avons l'impression d'avoir échoué lamentablement, dès le début, ou après un tout petit début de germination, ou après un plus long temps de réussite. Tous ces échecs, Jésus les voit. Au moment même où il racontait cette parabole, il pensait à ses propres échecs apostoliques. Loin de se dissimuler tous ces insuccès, Jésus, lucidement, les analyse.

La Parole

de Dieu

La graine semée en terre est donc

la Parole

de Dieu, Jésus le dit clairement. Elle est gonflée de vie, de bonheur, de force irrésistible. Mais encore faut-il qu'elle tombe dans une bonne terre. Quelle terre suis-je pour recevoir cette Parole ? Suis-je comme un sentier à la croûte durcie, me tenant à l'écart, indifférent à toute attente religieuse ? Où suis-je pareil à un humus léger, superficiel qui se laisse attendrir par une lecture, un film ou une rencontre, mais qui oublie très vite la grâce donnée ?

Suis-je encore comme un champ envahi par les ronces des convoitises, des amertumes, de la jalousie, et qui ne permet pas à la voix de Dieu de se faire entendre ? Et même, si je suis une bonne terre, ne puis-je pas la pour travailler davantage pour la préparer à recueillir la semence ? Alors ces congés scolaires ne sont-ils pas un moment propice à un sérieux bilan spirituel ?

Ce regard sur soi, honnête et lucide, est important. Mais en même temps, la liturgie de ce jour élève nettement plus haut.

La Parole

de Dieu, dit le Prophète Isaïe, est comme une pluie bienfaisante qui arrose la terre pour la féconder. C'est elle qui permet aux légumes du potager de grandir, et au maïs de mûrir afin d'être cueillis.

Quand elle est accueillie dans une bonne terre, ses fruits dépassent largement toute prévision. Quand Dieu parle, dans le même mouvement, il réalise ce qu'il dit. " Tu visites la terre, Seigneur, et tu l'abreuves ", dit le psaume. Tombées du ciel, les pluies n'y retournent qu'après avoir accompli avec surabondance leur mission de fécondité.

Leçon d’espérance

C'est donc une extraordinaire leçon d'espérance que le Seigneur veut nous donner. Quand tu regardes ta pauvre vie, quand tu regardes l'Eglise, ou le monde, n'en reste pas aux constatations pessimistes et découragées : malgré tous les échecs, une récolte se fera. Papas et mamans, vous  qui constatez tant de difficultés en vos enfants, ne renoncez pas à lancer la semence. Jeunes qui n'avez pas encore réussi telle ou telle de vos entreprises, écoutez ce message optimiste et réaliste de Jésus. Prononcé il y a plus de deux mille ans, il garde toute sa fraîcheur d'actualité. Le monde d'aujourd'hui en a toujours besoin.

Oui, lorsque à vue humaine, tous les obstacles s'accumulent sur les pas, quand toute la peine apostolique que l'on se donne semble vaine, Jésus invite à vivre dans la certitude que la moisson finira par venir, et qu'elle sera magnifique. Pour cela, nous avons à nous faire terreau accueillant à

la Parole

divine. Qu'elle vienne émonder et purifier nos terrains encombrés !

Un jour en Marie, Dieu a préparé une très bonne terre. Et sa Parole a pris chair, au sens le plus fort du terme. Et l'univers a donné son fruit le plus précieux. C'est une grâce à demander à

la Vierge

: que notre vie soit  maintenue en cohérence avec l'Evangile. Quelle ne sera pas alors notre joie dès que nous apercevrons qu'en nous nourrissant de

la Parole

, nous aurons de quoi rassasier les autres !

Entendre l'appel à la confiance quand les semailles semblent décevantes. Ce fut le cas pour bien de missionnaires, c'est le cas pour tout Apôtre d'aujourd'hui, pour tout chrétien qui regarde la télé et les gens dans la rue : " Où sont les blés qui lèvent ? ". La réponse est là. Le meilleur connaisseur des terres d'hommes nous affirme que s'il y en a de dures, il y en a d'excellentes et donc toujours des moissons.

Jésus a dit cela aux foules désemparées, à ses disciples ébranlés. Il nous le dit maintenant à nous qui mesurons l'abandon de la pratique, l'indifférence de nos enfants, la montée de l'incroyance. Celui qui racontait la parabole est vivant, la parabole est pour nous. Le Semeur est là, personne, nulle part, n'a le droit de juger que tout le grain se perd. Tant qu'on sèmera l'Evangile, il y aura du fruit à 100, à 60, à 30 pour un !

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