Interview réalisée par Sylvestre Ndoumou
Après sa participation au 49e Congrès Eucharistique à Québec au Canada, L'Effort camerounais a rencontré l'Archevêque de Douala, Son Eminence le Cardinal Christian Tumi explique l'importance de cette grande rencontre, et en même temps, donne son point de vue sur l'actualité nationale.
Vous venez d'effectuer de nombreux voyages entre le Cameroun l'Amérique du Nord, l'Europe et l'Afrique. Peut-on connaître les raisons de ces nombreux déplacements ?
J'ai effectivement fait beaucoup de voyages ces derniers temps. J'étais d'abord au Canada où du 14 au 22 juin, j'ai participé au Congrès Eucharistique international. J'ai été invité pour faire quelques conférences. Ensuite je me suis rendu à Bangui en Centrafrique pour la 8e Assemblée Plénière de l'ACERAC qui s'est tenue du 28 juin au 6 juillet. Ensuite, je suis reparti aux Etats-Unis dans la ville de Charlotte (Caroline du Nord) pour célébrer le mariage d'un couple dont les parents sont mes amis depuis de longues dates.
Vous avez participé au 49e Congrès Eucharistique international à Québec au Canada. Quels sont les enseignements que l'on peut tirer de cette grande rencontre ?
Le Congrès concernait l'Eucharistie. Il s'agissait de renforcer la dévotion eucharistique dans nos communautés chrétiennes à travers le monde. Comment vivre en chrétien eucharistique, comment je dois me conformer à ce que je reçois, c'est-à-dire comment vivre comme le Christ. L'Eucharistie est un grand don que Jésus a fait à son Eglise. Ce don est nourriture pour notre âme et nous fortifie contre le péché auquel on peut être exposé. L'Eucharistie nous identifie au Seigneur, comme Lui -même l'a dit : " Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui ". (Jn 6,54-56). C'est l'Eucharistie qui permet au chrétien de garder une intimité absolue avec le Christ Lui-même, de telle manière qu'on puise dire comme Saint Paul : " Maintenant ce n'est plus moi qui vis, c'est le Seigneur qui vit en moi ". Galates 2, 20). L'Eglise universelle s'est rassemblée pour réfléchir sur les dons que le Seigneur a fait à l'humanité. Il a laissé dans son Eglise sa Parole et les Sacrements pour continuer de construire l'Eglise et tout fidèle.
Vous avez donné deux conférences. Parlons d'abord de la première:Témoins de l'Eucharistie au cœur du monde. Quel message avez -vous communiqué à cette occasion ?
J'ai dit beaucoup de choses au cours de cette conférence. Pour l'essentiel, j'ai souligné qu'il était très important de se laisser transformer par le Christ à travers l'Eucharistie, pour devenir un homme nouveau, pour passer de ce que j'étais à ce que je n'étais pas. Quand nous mangeons le Corps du Christ, nous nous identifions à Lui. Le Chrétien ne doit plus se comporter comme s'il ne connaissait pas Jésus Christ. Le Chrétien est une personne d'une nouvelle culture. Souvent, nous parlons comme si nous pouvons devenir chrétien et continuer de vivre avec notre culture sans aucune modification. Il n'y a aucune culture au monde qui ne puisse pas être transformée par la Parole 5 kilomètres
Votre deuxième conférence était "Eucharistie et droits de l'homme ". Quelle est l'idée centrale qui a été développée dans cet exposé ?
L'idée centrale développée dans cette conférence est que le chrétien doit être celui qui cultive le respect. Il est devenu le Christ, et doit respecter les droits de tout homme, petit ou grand. Il doit respecter et aimer chaque être humain, parce qu'il voit en toute personne, l'image de Dieu. Cela et très important. Je respecte l'autre parce qu'il est mon frère, parce que l'autre est ma sœur en Christ. En l'autre, je vois l'image du Christ. Si je l'aime, j'aime le Christ. Pour me résumer, la réflexion était centrée sur le respect de l'homme, de tout homme et de tous les hommes sans exception. Les différences de culture, le racisme, le tribalisme, tout cela ne devrait plus avoir de place dans le cœur d'un chrétien qui mange le Corps du Christ. Le mépris et la marginalisation des autres ne sont pas chrétiens. Jésus Lui-même a dit : " Il n'y a plus ni Juif ni Grec ; il n'y a plus ni esclave ni homme libre ; il n'y a plus l'homme et la femme ; car tous, vous n'êtes qu'un en Jésus Christ (Galates3, 27-28).
Peut-on dire que cet exposé s'adressait particulièrement à ceux qui nous gouvernent ?
Non, le message de cette conférence s'adresse à tout le monde. Dans nos différents Diocèses, nous avons des gens qui travaillent pour l'Eglise. Leurs droits doivent être respectés. Quel que soit le travail que fait un être humain, ses droits doivent être respectés. L'Eglise doit être la première à respecter les droits des autres, avant d'exiger que le monde respecte les droits humains. Nous devons d'abord veiller à ce que dans l'Eglise les droits des chrétiens soient respectés. Que les droits aux sacrements et à la communion soient respectés. A tous les niveaux, nous pouvons violer les droits des gens.
A Rome, vous êtes dans cinq Dicastères. Comment conciliez-vous ces responsabilités avec votre charge d'Archevêque de Douala ?
Je suis effectivement membre de cinq Dicastères : l'Education, l'Evangélisation, la Discipline
Malgré les éclaircissements que vous avez déjà donné sur le sujet, beaucoup de chrétiens continuent de croire que vous allez vous installer à Rome dès que vous passez le témoin à Mgr Samuel Kléda. Que leur répondez-vous ?
Non, pourquoi à Rome ? Je n'ai jamais travaillé en permanence à Rome. Je vais m'installer ici à Douala !
Comment appréciez-vous les premiers pas de Mgr Samuel Kléda dans l'Archidiocèse de Douala ?
Je pense que je peux même partir aujourd'hui sans m'inquiéter de quoi que ce soit. Il va continuer le travail commencé sans aucun problème. Je connais Mgr Samuel Kléda depuis de longues dates. C'est un Pasteur qui aime l'Eglise, et qui travaille avec dévouement et fidélité. Même si je quitte en ce moment même où je vous parle, je n'aurai aucun souci. Il s'est déjà bien adapté à ses nouvelles responsabilités.
La lutte contre le détournement des fonds publics se poursuit avec les arrestations des personnalités. Avez-vous un avis à émettre sur l'Opération Epervier ?
Pas plus que ce que les Evêques ont déclaré à ce sujet, lors de notre Visite Ad Limina à Rome. Ils avaient dit qu'il ne suffit pas d'arrêter les gens, ils doivent aussi restituer l'argent volé.
Si les fonds détournés ne sont pas récupérés, cette opération vaut-elle la peine ?
Je pense que ce qui intéresse le plus les Camerounais, et j'en suis sûr, c'est l'argent détourné et placé dans des comptes bancaires à l'étranger. Dans Ecclésia In Africa, le Pape Jean -Paul II encourage les Africains à faire usage de toutes les possibilités légales pour faire rapatrier cet argent volé. Il faut que les organismes internationaux impliqués facilitent le rapatriement de cet argent. Le Cameroun n'est pas le seul pays concerné. De nombreux pays africains sont dans la même situation.
L'Eglise peut-elle aider le gouvernement dans la lutte contre la corruption et les détournements des fonds publics ?
L'Eglise n'a pas le pouvoir d'imposer quoi que ce soit. Notre mission est d'attirer l'attention des gouvernants sur la bonne gestion du bien commun. Jésus n'avait que sa Parole pour dénoncer et combattre le mal. L'Eglise a le devoir de dire que ce qui est mal est mal, et que ce qui est bien est bien, et que le bien commun est pour tous, et qu'il doit être géré avec justice. Il faut aussi que l'administration des biens de l'Eglise soit un témoignage, parce que parfois dans l'Eglise, nous ne gérons pas avec la transparence qu'il faut.
Le gouvernement a pris des mesures visant à faire baisser les prix des denrées de première nécessité que les commerçants ne respectent pas. Quelles observations faites-vous de cette situation ?
Le Chef de l'Etat a bien fait de prendre cette décision. Mais il ne faut pas oublier que le problème est un peu complexe. Si quelqu'un importe une marchandise à 1000 Fcfa, en justice on ne peut pas lui demander de la vendre à 500 Fcfa. L'Etat doit revoir avec plus de sérieux les droits de douane et autres taxes qui asphyxient les commerçants. Le problème se trouve à la douane où le prix du dédouanement est très élevé et les importateurs en souffrent.
Une tentative d'évasion à la prison centrale de Douala a fait 17 morts parmi les prisonniers et les innocents. Qu'est ce qui doit être fait pour que pareille situation ne se reproduise plus ?
Il faut décongestionner la prison de Douala où la population carcérale est largement supérieure aux capacités d'accueil. La prison de Douala a été prévue pour 800 détenus. Aujourd'hui on en compte presque 4000 ! Quels que soient les crimes commis, les droits et la vie des détenus doivent être respectés. Certains détenus n'ont jamais été jugés depuis de longues années, et cela rallonge la liste des innocents qui séjournent dans cette prison. C'est une injustice ! En ce qui concerne ceux des prisonniers qui ont tenté de se sauver de la prison, il faut voir leurs conditions de détention : mangent-ils à leur faim ? Dorment-ils dans de bonnes conditions ? Si j'ai le droit de manger une nourriture qui ne m'appartient pas lorsque je suis dans le besoin extrême, je dois aussi chercher à m'échapper d'un lieu où ma vie est en danger.
Parlons à présent de la kermesse. Les fruits de cette opération sont-ils déjà visibles dans l'Archidiocèse ?
Bien sûr, il y a déjà deux écoles qui sont déjà en construction, grâce à la kermesse. Nous allons beaucoup dépenser pour la construction de nos écoles parce qu'elles sont en ruine. En ce qui concerne la santé, nous avons déjà trois ambulances, et les deux hôpitaux dont nous avons reçu une autorisation de construire du gouvernement sont en plein chantier, grâce à l'aide de nos bienfaiteurs européens. L'un de ces deux hôpitaux sera même bientôt opérationnel. Nous allons dresser un état de tout ce qui a été réalisé avec l'argent de la kermesse, dans le but d'informer ceux qui ont participé à cette kermesse, et de préparer nos bienfaiteurs pour la prochaine kermesse qui aura lieu dans trois ans.
Avez-vous un message à l'endroit des contributeurs ?
Nous avons déjà écrit individuellement à tous ceux qui ont donné leurs contributions. A tous nos bienfaiteurs, je saisis cette occasion pour les remercier une fois de plus pour leur participation à la kermesse. Le moment venu, nous leur rendrons compte de l'usage qui a été fait de cet argent.
Pour conclure, avez-vous un petit mot à l'endroit des chrétiens de l'Archidiocèse de Douala pour leur générosité et leur participation active à la vie de l'Eglise diocésaine ?
Au moment de prendre ma retraite, je vais m'adresser aux chrétiens de l'Archidiocèse de Douala pour les remercier pour tout ce qu'ils ont fait pour leur Eglise. Je dois vous dire que je suis toujours agréablement surpris par leur participation active à la vie de l'Eglise qui est à Douala. Lorsque je suis arrivé à Douala, j'avais trouvé seulement 40.000 Fcfa dans la caisse de l'Archidiocèse. Mais grâce à la collaboration des prêtres et des fidèles laïcs, l'organisation à la gestion transparente nous a fait réaliser d'énormes progrès. Nous ne sommes plus là où nous étions hier. Aujourd'hui, il y a des investissements que nous parvenons même à réaliser avec les fonds propres du Diocèse. Il y a par exemple le Collège Bilingue Notre Dame des Nations. Je remercie beaucoup les fidèles qui continuent à participer matériellement au fonctionnement de leur paroisse et du Diocèse. Que le Seigneur les bénisse.

Comme je suis si fière d'entendre notre Cardinal s'exprimer avec une telle liberté.Je suis aussi Camerounais et je réside actuellement au Québec.J'ai bien l'intention de participer activement à la vie de l'église au Cameroun et je me sens très rassuré que les mouvements de l'église au Cameroun soient aussi vivants.
Que Dieu bénisse notre Cardinal Tumi et toute l'Eglise.
Rédigé par : Serge Mbella | 10/05/2009 à 21:50