'' Mah Saah Sah'': un film courageux
Père Jean Baptiste Beraud, sdb
Le réalisateur camerounais Daniel Kamwa aurait mérité certainement d'avoir plus de moyens à sa disposition pour bâtir son film Mah Saah Sah''. Il réussit néanmoins en 95 minutes à faire réagir son public sur quelques-uns des problèmes les plus criants de la société " en pays bamoun ".
Nchare n'a que 16 ans à la mort de son père. Recueilli par son oncle Achirou, il débarque alors dans un nouveau village. A peine sorti du mini-bus surchargé de passagers et de colis, ses yeux se croisent avec ceux de la jeune Mapon, 14 ans, venue au marché avec sa maman. Rencontre d'émotion de deux adolescents dans la lumière du soleil et des couleurs de la vie quotidienne du village africain où chacun salue tout le monde.
L'oncle Achirou fait de Nchare un bon sculpteur sur bronze. Nchare qui rêve toujours à sa " jolie " Mapon, ne se contente pas de refaire son visage sur le métal, mais veut devenir son fiancé officiel. Il gagne les épreuves traditionnelles ancestrales. Il faut voir, sous les yeux vivement curieux de tout le village, la bataille des deux prétendants dans l'eau boueuse de la mare pour retrouver le collier qu'y a jeté Mapon.
Nchare gagne cette bataille, puis passe toutes les autres épreuves coutumières. Aucune ne lui est épargnée. Les palabres de son oncle avec les parents de la jeune fille. Les cadeaux à faire, dont la liste peut facilement s'allonger. Tout est prêt. Papa et maman sont satisfaits de ce jeune homme travailleur et sérieux. Mapon rayonne de joie. C'est elle qui " a choisi son mari ". Ils s'aiment. Son père lui-même est heureux d'annoncer la nouvelle partout.
Mais qui est donc ce monsieur déjà âgé qui arrive avec sa voiture et vient offrir des cadeaux " de manière tout à fait désintéressée " à la famille. Papa sent bien qu'il faut dire " non ". Il le fait poliment, mais fermement.
Hélas ! Lorsque quelques jours après, le petit frère de Mapon qui vient de naître, tombe malade, le papa ne voit pas d'autre solution, pour pouvoir acheter les remèdes, que de s'adresser au " vieux monsieur de la voiture " : " C'est M. le député. Il est gentil avec tous. Il nous aidera ! " Mapon et sa maman savent pourquoi elles refusent cette démarche. Papa la fait quand même.
Et " M. le respectable député ", loin de se contenter de soigner le petit frère, s'arrangera " très dignement " pour soudoyer des hommes de main, faire arrêter Nchare comme un vulgaire voleur, et demander Mapon comme quatrième épouse. La corruption habillée des plus grands honneurs, et des plus hautes reconnaissances ! Le mensonge capable de marcher sans vergogne jusqu'au crime !
Sauvé par la droiture de son propre rival de la " mare boueuse ", Nchare recouvre la liberté. La vérité éclate et Mapon échappe aux griffes de " M. le Député, pourtant si bon puisqu'il a financé la réparation du temple chrétien ".
Pour des éducateurs, quelques scènes semblent des chemins privilégiés. La première rencontre de Mapon et de Nchare est entourée de lumière, de couleurs, et d'une agréable transparence.
Le dialogue de Nchare et de son rival qui vient dire son innocence devant le capitaine de gendarmerie est un hommage à la droiture des jeunes, face au mépris de toute dignité humaine affiché par nombre de gens en place. La réaction de Ncharé au capitaine qui prend sur lui de le libérer malgré les pressions : " Vous êtes un honneur pour la gendarmerie ! " fait partie de ces mots qui redonnent sens à une " mission ".
Daniel Kamwa n'a pas choisi la voie de la facilité. Il a fait preuve de courage. Message reçu !




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