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Les prix illicites, une vieille pratique dans nos marchés

Sylvestre Ndoumou

Arnaque, escroquerie, fraude, prix illicites, etc. voilà quelques stratégies utilisées par les commerçants pour se remplir les poches sur le dos des clients.

Légende : Au marché, les prix sont dans le brouillard

Dans nos marchés, ne vous fiez pas aux prix indiqués sur les étalages des boutiques. Depuis plusieurs années, pour déjouer la vigilance des contrôleurs de prix, les commerçants, comme des larrons en foire, ont trouvé une astuce : celle d'afficher clairement les prix homologués, et de garder secret le vrai montant à communiquer à leur clientèle. Par exemple, si  le prix officiel d'un morceau de  savon est de  200 Fcfa, le client devra payer 225 ou 250 Fcfa, à prendre ou à laisser. Face à cette situation, les ménagères ne savent plus à quel saint se vouer, et ne peuvent exprimer que leur colère.

Pour  Pauline M,  " la baisse des prix c'est dans les journaux et non au marché, puisque rien n'a changé ". De son côté, Félicité K affirme : "Lorsque nous protestons contre la cherté de certaines denrées alimentaires, les commerçants nous disent d'aller à Yaoundé nous plaindre ! ". Le constat fait par Mme Eugénie Kamdem est plus scandaleux : "Les commerçants n'ont aucun sentiment envers les pauvres ménagères que  nous sommes, et multiplient  des actes de  tricherie : balances truquées, boîtes traitées, viande périmée, fausses étiquettes, non respect de la date de péremption des produits".

La récente  mésaventure de Mme Moyo Célestine, tenancière d'une boutique au quartier Deido montre à quel point, nos marchés sont devenus de véritables  jungles : "Il y a moins de trois semaines, j'ai acheté une grande quantité de diverses boîtes de conserves au marché Mboppi.  Arrivée dans ma boutique, je me suis aperçue  qu'elles étaient toutes périmées. Je suis allée me plaindre auprès du commerçant non sans lui ramener la marchandise. A ma grande surprise, il m'a dit, si tu n'en veux pas laisse les ici. Je vais tout écouler dans quelques jours !".

Le constat est donc clair : les commerçants opposent une résistance farouche à la baisse des prix, malgré les ordonnances signées par le Président Paul Biya  le  7 mars 2008. Si rien n'est fait pour qu'à travers un dialogue constructif les commerçants adhèrent à ces mesures, tout ce qui a été fait  jusqu'ici ne sera qu'un  coup d'épée dans l'eau.

Le petit peuple, désillusionné, voit ses maigres économies englouties dans une spirale inflationniste qui ne tient même pas compte de la misère et du chômage qui règnent dans notre pays, alors que les autorités tardent à prendre des mesures efficaces et durables comme l'ont recommandé les Evêques du Cameroun lors de leurs 33e Assemblée plénière : " Les Evêques sont heureux que le Gouvernement  ait pris la mesure des nombreux problèmes sociaux et politiques de l'heure. Ils exhortent les pouvoirs publics à toujours œuvrer  à trouver des solutions durables afin de préserver la paix dans notre pays ".

Des mesures contre les commerçants rebelles

Compte tenu de la mise en application laborieuse de l'ordonnance No 2008/002 portant  suspension des droits et taxes de douanes à l'importation de certains produits de première nécessité  et qui induit  en principe une baisse des denrées de première nécessité, le gouvernement semble avoir pris le taureau par les cornes (avec une efficacité mitigée) pour contraindre les commerçants à se conformer à la nouvelle donne. Les descentes effectuées sur le terrain par les responsables du Ministère du Commerce ont permis de sceller de nombreux magasins qui faisaient dans la surenchère dans les villes de Yaoundé, Douala, Garoua, Bafoussam, pour ne citer que celles -là.

Mais d'autres mesures appliquées avec une certaine efficacité dans un pays comme l'Ile Maurice, pourraient aider à discipliner davantage  les commerçants. Par exemple le ministre du Commerce de ce pays a lancé une opération baptisée " Name & Shame ". Le concept  est  tout simple : les noms des commerçants  qui n'adhèrent pas à la baisse des prix sont régulièrement publiés  dans les journaux. La stratégie s'est avérée très efficace, parce qu'elle sert également de guide aux   consommateurs.  Ils savent désormais quels  sont les commerces à éviter absolument pour ne pas se faire arnaquer. Cette démarche a permis de compenser les contrôles de prix, qui, aux yeux de nombreux analystes, seraient inefficaces.

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