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« CRISE SOCIALE DE FEVRIER 2008 : Une rencontre de croyants pour scruter les ''signes des temps'' | Accueil | Une, édition N° 432, du 11 au 24 juin 2008 »

Editorial : Le pardon, pour plus de justice et de paix

Sylvestre Ndoumou

Les citoyens épris de paix ont sans doute accueilli avec satisfaction les deux décrets signés par le Président de

la République

, dont l'un (décret No 2008/174 du 20 mai 2008) portant sur la remise de peines aux personnes condamnées dans le cadre des événements  de février dernier, et l'autre (Décret No2008/175 du 20 mai 2008) portant commutation de peines des personnes définitivement condamnées.

C'est un geste d'apaisement qu'il faut encourager, et en même temps, exhorter les hautes autorités de notre pays à étendre ce genre de mesures à d'autres domaines, telles que: l'équité et la justice dans les recrutements et concours administratifs, ainsi que dans la redistribution des richesses nationales.

De fait, en même temps que la grâce présidentielle apportera un peu de joie dans les cœurs, elle provoquera sans aucun doute, des grincements de dents ici et là, à cause du principe de deux poids deux mesures observé dans le traitement des dossiers des émeutiers de février. Parmi ces cas, on pourrait citer: des lenteurs administratives et judiciaires inexplicables sur certains dossiers et dont la conséquence directe a été d'empêcher à ces détenus de bénéficier de la grâce présidentielle. Pour des raisons politiques ou par simple règlement de compte, des citoyens arbitrairement arrêtés, vont continuer à croupir dans les prisons infectes de notre pays, pourtant proclamé comme un Etat de droit ici et là dans les discours officiels. 

Il est aussi à déplorer le fait  que ces prévenus soient devenus une source d'enrichissement pour certains hommes en tenue. Certaines familles ont ainsi  été obligées d'obtenir la libération de l'un des leurs en déboursant de fortes sommes d'argent ! Et que dire de tous ces détenus qui ont déjà passé près d'une décennie sans aucun jugement ? Ceux qui sont à l'origine de ces actes qui  privent  injustement des citoyens de leur liberté, ne rendent pas service à la nation. Ils ne contribuent pas à bâtir un Cameroun de paix et de justice.

Les événements de février 2008 nous parlent. Ils  doivent nous ouvrir les yeux  et nous pousser à prendre la  ferme résolution de construire le Cameroun sur la valeur morale du pardon. Le Chef de l'Etat l'a compris,  et toutes les personnes de bonne volonté devraient le soutenir et l'encourager dans ce sens. Pardonner, c'est en effet renoncer, refuser de punir une faute, de se venger d'une offense dont on a fait l'objet à titre personnel ou indirect, c'est-à-dire se refuser à être le dernier acteur d'une chaîne d'excès tous plus importants dans leur gravité les uns que les autres.

Pardonner, c'est donc consentir à ne pas avoir le dernier mot ; c'est avoir de l'indulgence à l'égard du fautif, se refuser à entretenir une rancœur, une hostilité à son égard, " une société sans pardon est une société sans morale ". Sommes-nous donc dans une société sans morale ?

Nous refusons de le croire, même si dans nos  quartiers, des jeunes continuent de faire l'objet de menaces quotidiennes et des intimidations de toutes sortes par ceux qui ont une petite parcelle de pouvoir, donnant ainsi  l'impression de l’instauration d'un état d'urgence de fait après les émeutes de février. Ces actes, et bien d'autres quotidiennement posés par des fonctionnaires sans scrupules,   compromettent le processus d'apaisement qui devrait contribuer à mobiliser les énergies en vue de l'avènement d'un Cameroun de paix.

Pour plus de paix et de justice, nos autorités doivent savoir que " Quelles que soient les différentes approches, les appréciations et les critiques que l'on peut formuler autour des émeutes que le pays a connues, nous restons convaincus que seul l'esprit du dialogue, de la réconciliation, du respect de l'autre, reste la seule voie à promouvoir. Que ceux qui exercent le pouvoir dans ce pays, ceux sur qui pèse la responsabilité du bien commun de ce pays, acceptent d'analyser avec objectivité la situation politique que nous vivons en ce moment et de regarder en face les vrais problèmes que chaque Camerounais rencontre aujourd'hui : le chômage des jeunes, les prix des denrées alimentaires inaccessibles au revenu moyen de la plupart des familles camerounaises et la corruption qui freine tout vrai développement économique.  Apporter des solutions à ces différents problèmes, voilà la voie de la paix ". (Cf. Mgr Samuel Kléda, discours de clôture de la 31e Assemblée plénière des Evêques du Cameroun)

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