Editorial : Des Camerounais et leur insatiable soif d'informations
Abbé Martin Nag Iked
A une époque longtemps révolue, les ministres de la République la CRTV
Cette belle initiative qui attirait de nombreux curieux, tourna rapidement court, dans un contexte hostile à la différence et où certains hauts fonctionnaires, attachés à défendre une cause insoutenable, brillaient par une incompétence notoire, sans un minimum de culture et de bon sens pour répondre aux attentes d'un public en quête de vérité et d'excellence. Il y eut un vide, et ce vide persiste.
Notre soif d'une information de qualité devient une obsession là où, réduit à la mendicité, inféodé dans des clubs de griots par de piètres figures en mal de popularité, l'homme des médias s'engage à farder la vérité, à forcer notre estime en faveur des médiocres, sans honte ni trouble au visage. Le professionnel est alors sevré des dossiers du pays et de leur suivi au quotidien, alors que, sous d'autres cieux, il aiderait nos masses populaires à assumer des misères devenues séculaires, tant il est vrai qu'à raconter ses maux souvent on les soulage (Pierre Corneille).
Tenez ! Quand, en son temps, le bruit a circulé qu'à Bakassi, des militaires camerounais avaient ouvert le feu sur leurs camarades d'armes, tuant à bout portant leurs frères dans le sommeil, l'on nous a demandé de taire cette autre affaire classée sine die dans les registres des secrets militaires. Quand des Camerounais veulent se réjouir de l'Opération Epervier, d'autres leur démontrent que des milliards détournés ne reviendront jamais, ou que des miettes de ces sommes colossales sont, en secret d'Etat, investies dans la construction des routes à Douala et à Yaoundé.
Quand l'observateur s'indigne de constater que, malgré les instructions du Gouvernement, les prix des denrées alimentaires continuent à flamber, les habitués du système vous affirment que notre nourriture et notre ciment vont au Gabon et en Guinée Equatoriale plus rentables, ceci avec la bénédiction des commerçants cupides, servant des complicités au sommet des structures d'injustices entretenues par la corruption, la permissivité, l'impunité et le tribalisme féroce des plus grands.
La CAMAIR
Nous n'invitons pas les Camerounais à tisser de toutes pièces des informations dans des rues d'une oralité prospère qui annonce d'imminents remaniements ministériels. Nous rappelons simplement que la nature a horreur du vide. Dans un pays où la communication bat de l'aile, dans un cadre où règnent le flou, l'hésitation, les non-dits et la peur de la vérité, l'imagination fertile et la rumeur s'installent, ouvrant bien larges les portes à la récupération, à la manipulation et à l'intoxication.
Consciente pour sa part qu'un suspens et un vide longtemps entretenus peuvent paralyser la pastorale, l'Eglise Mère et Enseignante donne le meilleur d'elle-même à demeurer réaliste, prudente et patiente dans la gestion de l'information. Toujours à l'écoute de son Seigneur, elle sait articuler le silence et la parole, l'attente et la marche, dans cette totale confiance qui laisse à Dieu le soin de conduire l'homme fragile qui compte sur Lui, docile à l'Esprit Saint.
C'est un peu sous ce regard des pauvres et des humbles de cœur que L'Effort camerounais accueille avec foi et dans la joie, la nomination de Mgr Barthélemy Yaouda Hourgo comme le nouvel Evêque de Yagoua (pp. 8 et 9). Nous exprimons au nouveau Pasteur et à ses fidèles, l'assurance de nos prières à travers notre commun attachement à l'Eucharistie.




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