Sylvestre Ndoumou
C'est le 16 juin dernier que l'ambassadeur du Cameroun au Vatican, S.E Antoine Zanga a présenté ses Lettres de créance au Pape Benoît XVI. Dans son allocution, le Saint Père a exhorté les autorités de notre pays, ainsi que les personnes de bonne volonté à travailler pour donner aux Camerounais une espérance nouvelle à travers la promotion du bien commun.
En lisant attentivement cette allocution, un constat se dégage : le Pape Benoît XVI connaît parfaitement les problèmes auxquels sont confrontés quotidiennement les Camerounais. Chaque fois qu'il en a l'occasion, il n'hésite pas à tirer la sonnette d'alarme pour que, dans la charité, nos autorités prennent conscience des situations qui se posent à la nation, en vue de la recherche des solutions durables.
En recevant par exemple les Evêques du Cameroun en Visite Ad limina à Rome le 18 mars 2006, il avait déploré la dégradation de la situation économique et sociale du Cameroun en ces termes : " Vos rapports quinquennaux soulignent le contexte économique et social défavorable, qui fait s'accroître le nombre des personnes en grande précarité, fragilisant le lien social et entraînant la perte d'un certain nombre de valeurs traditionnelles telles que la famille, le partage, l'attention aux enfants et aux jeunes, le sens de la gratuité, le respect des aînés.
L'offensive des sectes, qui profitent de la crédulité des fidèles pour les entraîner loin du Christ et de l'Église, les différentes pratiques de religiosité populaire qui fleurissent dans les communautés et qu'il convient de purifier sans cesse, ainsi que les ravages du sida, sont autant de défis actuels auxquels vous êtes invités à apporter des réponses théologiques et pastorales précises, pour évangéliser en profondeur le cœur des hommes et pour réveiller leur conscience".
Cet appel du Pape que les autorités ne semblent pas avoir pris au sérieux, attirait l'attention sur l'accroissement du nombre de personnes vivant dans la précarité. Conséquence, les émeutes regrettables de février 2008 sont venues nous rappeler que la parole du Saint-Père était prophétique !
Le bien commun
En recevant en audience l'ambassadeur Antoine Zanga, le Pape Benoît XVI a une fois de plus mis en exergue les situations susceptibles d'engendrer des conséquences directes sur la paix, le bien être des populations et la concorde: "Votre pays, comme de nombreux autres, notamment dans le Continent africain, souffre tout particulièrement de la conjoncture économique actuelle, qui touche de nombreuses familles n'ayant pas le minimum pour survenir à leurs besoins les plus fondamentaux et qui ne favorise pas la croissance nationale.
Mais il y a des éléments internes qui peuvent aussi infléchir cette croissance. Toute nation doit rechercher la stabilité économique et sociale, s'attachant sans cesse à s'organiser par ses propres moyens et dans le respect de ses propres institutions ; il lui revient de favoriser les micro-projets qui engagent localement des hommes et des femmes, ainsi que de lutter efficacement contre les trafics illicites et les phénomènes de corruption. J'invite donc tous les Camerounais à avoir une conscience toujours plus aiguisée du bien commun".
Le bien commun ! Le Saint-Père nous rappelle une notion à laquelle ne s'accommodent pas les gestionnaires de notre pays : dans le gouvernement, les entreprises, les familles. La mauvaise gestion du bien commun est la conséquence directe des arrestations et incarcérations des gestionnaires indélicats dans le cadre de l'Opération Epervier. En réalité, la notion du bien commun n'est qu'une vue de l'esprit dans notre pays. Ici, l'intérêt privé passe avant l'intérêt général.
Or, le Catéchisme de l'Eglise catholique nous donne un enseignement clair là-dessus : "En second lieu, le bien commun demande le bien-être social et le développement du groupe lui-même. Le développement est le résumé de tous les devoirs sociaux. Certes, il revient à l'autorité d'arbitrer, au nom du bien commun, entre les divers intérêts particuliers. Mais elle doit rendre accessible à chacun ce dont il a besoin pour mener une vie vraiment humaine : nourriture, vêtement, santé, travail, éducation et culture, information convenable, droit de fonder une famille, etc. (cf. GS 26, § 2) ". (CEC No 1908)
Une espérance nouvelle
Le Saint Père a aussi souhaité que par des actions durables, appropriées et bien ciblées, le Cameroun puisse prendre un nouvel élan économique et social, pour le bien de tous ses habitants, et pour donner à la jeunesse une espérance nouvelle : " Je ne peux que souhaiter que les Institutions internationales avec lesquelles les Autorités nationales travaillent en vue d'accords ayant pour objectif un allégement ou une annulation de la dette, et une répartition plus équitable des richesses, permettent à votre chère nation de trouver un nouvel élan économique et social, pour le bien de tous ses habitants et pour donner à la jeunesse une espérance nouvelle en un avenir meilleur ".
Ce vœu de l'Evêque de Rome rejoint de manière providentielle, le vœu formulé par les Evêques du Cameroun dans le communiqué final marquant la fin des travaux de leur 33e Assemblée Plénière: "Les Evêques sont heureux que le gouvernement ait pris la mesure des nombreux problèmes sociaux et politiques de l'heure. Ils exhortent les pouvoirs publics à toujours œuvrer à trouver des solutions durables afin de préserver la paix dans notre pays ".
Le Pape Benoît XVI s'est aussi fait le devoir d'attirer l'attention sur une dangereuse activité : le trafic des armes. Le Saint Père invite ceux qui font dans cette activité de s'interroger sur ce qu'engendrent leurs comportements : " De même, j'en appelle à toutes les personnes impliquées dans la vente ou dans le trafic des armes, avec des intérêts souvent très lucratifs, à s'interroger sur ce qu'engendrent leurs comportements.
Puisse la Communauté
Pour nous résumer, le Saint Père attire l'attention des responsables de notre pays sur les points suivants : la notion du bien commun ; la dangereuse activité du trafic des armes ; la nécessité de donner une espérance nouvelle aux Camerounais par des actions efficaces et pérennes contre la pauvreté et la misère. Nous invitons nos fidèles lecteurs à lire attentivement ce texte du Souverain Pontife.

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