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COMMENTAIRE du 13e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE A : Saints Pierre et Paul : les deux planteurs !

Père  Jean-Pierre Mukengeshayi

Aujourd'hui nous fêtons deux grandes figures qui dominent largement le livre des Actes des Apôtres. Il s'agit des Apôtres Pierre et Paul. Deux colonnes de l'Eglise. Une icône orthodoxe montre les deux Apôtres joue contre joue, puisqu'ils se rejoignent dans le même amour pour le Christ Jésus. Mais, à la regarder attentivement, on remarque leurs visages ravinés, car il s'agit de rappeler qu'ils se sont aussi " affrontés ouvertement " (Gal 2, 11).

Tout semblait en effet les opposer. Le premier est un simple pêcheur, sans grande instruction, un homme généreux et simple, mais aussi d'une prudence toute paysanne et parfois même hésitante. Le deuxième est un intellectuel, aussi versé dans les lettres grecques que dans les Ecritures rabbiniques, activiste plus ou moins fanatique et audacieux. L'un est rural ; l'autre citadin, citoyen romain par naissance.

Pierre est un poltron qui se soigne ; Paul un orgueilleux qui se corrige. Mais il restera toujours chez l'un des traces du lâche qu'il a été, et chez l'autre de l'orgueilleux qu'il n'a pas fallu moins, pour le mater, que la rude expérience du chemin de Damas. Si Pierre était marié, Paul était célibataire ou sans doute, suivant l'opinion assez répandue chez certains exégètes actuels, séparé de sa femme. Leurs routes se croisent peu. Pierre se tenant à Jérusalem et à Rome, Paul parcourant en tout sens le nord-est du bassin méditerranéen.

Les deux planteurs

Dans les Actes, c'est d'abord la figure de Pierre qui apparaît dès le récit de

la Pentecôte

au chapitre

2. C

'est lui qui est chargé d'annoncer l'Evangile aux Juifs. Ensuite, la figure de Paul dont la mission, révélée par le Christ ressuscité sur le chemin de Damas, consistera dans l'annonce de l'Evangile aux peuples païens qui habitent le monde alors connu. Cela nous paraît lumineux et simple, sans aucune difficulté. Pourtant, leurs vies ont bien des points communs. Un grand amour pour Jésus d'abord. Certes, il se déploie selon leur tempérament, " la grâce n'abolit pas la nature " se plaisaient à dire les théologiens du Moyen Age !

Pierre grandira avec des allers et retours et même un reniement à son compte, avant de se rendre totalement : " Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime " (Jn 21, 17). Paul se fera soudainement retourner comme une crêpe et ne reviendra jamais sur ce virage à 180°, après sa vie de persécuteur. " Ma vie… je la vis dans la foi au Christ qui m'a aimé et s'est livré pour moi ".  (Gal 2, 20). Mais ce même amour de Jésus les conduira, pratiquement en même temps, à suivre leur Ami dans sa passion et dans sa mort.

Ensuite, leurs vies, si divergentes en apparence, manifestent la présence sans cesse actuelle du Ressuscité. C'est le Christ qui agit lorsque Pierre est libéré de sa prison ou quand il guérit l'impotent à

la Porte

du Temple. C'est lui qui est à l'oeuvre dans les courses de Paul à travers l'Asie Mineure et

la Grèce

, où naissaient dans ses pas tant de communautés de païens convertis. Mais l'héritage admirable de deux Apôtres dont nous profitons maintenant de façon paisible, n'a pas été acquis aussi tranquillement. serpiaire.

La première communauté chrétienne est issue du judaïsme. Elle pense, avec raison, que le Messie promis dans

la Première Alliance

révélée à Abraham, à Moïse et à tous les prophètes, est venu chez les hommes. Pour cette première communauté, être chrétien, c'est l'aboutissement quasi naturel de la foi juive.

Tous les premiers chrétiens, ceux qui ont été baptisés le jour même de

la Pentecôte

, sont Juifs, respectent les rites juifs et continuent à les respecter ; ils pratiquement en particulier la circoncision. Dans leur esprit, à cause même de leur origine et de leur formation, il est évident que si des non-juifs désirent devenir chrétiens, il leur est nécessaire de passer auparavant par les rites juifs. Et, en particulier, par la circoncision.

Cette position absolument logique avait deux conséquences très redoutables : écarter les femmes du baptême, puisqu'elles ne peuvent recevoir la circoncision ; écarter tous les peuples de civilisation grecque du baptême, car il ne pouvait être question, pour eux, de passer par ce qu'ils considéraient comme une mutilation. La circoncision, qui nous paraît être aujourd'hui une question bien curieuse était donc fondamentale.

Pierre tenait la première position, Paul la seconde. Ce qui veut dire que nous sommes en présence d'une crise majeure au sein de l'Eglise à peine née. Cette crise ne sera résolue que par un " Concile " à Jérusalem.

Aimer le Christ jusqu'au bout

De tout cela, que pouvons-nous tirer pour aujourd'hui ? Les crises ne sont pas nouvelles : dès la première Eglise, elles ont fait leur apparition. Et pas de petites crises : mais des crises en ce qui concerne le salut ! En tant que personnalités distinctes, les Apôtres n'étaient pas unanimes. Paul s'est opposé violemment à Pierre : il l'écrit aux Galates.

Or, nous entendons souvent dire : tel Evêque, tel Cardinal… s'oppose aux autres Evêques, cela nous trouble, il ne devrait pas ! Ce n'est pas nouveau. En admettant que les questions abordées soient vraies, elles pourront être tranchées que par l'ensemble des Evêques réunis en Concile autour du Pape, et non pas comme a essayé malheureusement de le faire Mgr Lefèbvre, tout seul dans son coin.

Il nous faut revenir à l'Evangile de Matthieu. Jésus demande à ses disciples : "Le Fils de l'homme, qui est-il, d'après ce que disent les hommes ? " Question fondamentale. Pierre et Paul y ont répondu chacun à sa manière. C'est loin des foules, pour éviter tout risque d'agitation messianique, que Jésus pose lui-même, très explicitement cette question de son " identité ".

Pour chaque homme et chaque femme que nous côtoyons, nous pouvons déjà, hélas, rester à la surface de leur personnalité. Il y a, en chaque être humain, une sorte de secret, qui ne se détecte qu'à la longue, caché derrière toutes sortes de masques. La personnalité profonde de Jésus, elle, plonge dans l'indicible : qui est-il ?

L'opinion publique est partagée dans le détail, mais unanime sur le fond : Jésus n'est pas " un homme ordinaire ", ses paroles et ses gestes font de lui une personnalité religieuse exceptionnelle. Mais à ses disciples, il demande davantage qu'à l'opinion générale. Refléter les idées courantes reçues du catéchisme ou d'un cours de théologie, n'est pas suffisant. Il faut prendre parti personnellement. Toi Jean-Pierre, toi Michel, toi Odette, toi Benjamin… : que dis-tu de Jésus ? Pour toi, qui est Jésus ?

Les deux Apôtres ont trouvé la réponse : Jésus est le Messie. Alors, leur vie est désormais orientée vers lui, pour lui. Ils vont donner leur vie à cause du Christ.

Pour moi et pour vous, que pouvons-nous tirer comme conclusion de la vie de deux Apôtres et des questions que Jésus nous pose sur lui ?

Comprenons d'abord et avant tout qu'il ne faut jamais dramatiser les tensions dans nos communautés : les oppositions peuvent s'harmoniser dans la communion. C'est la pluralité qui forge la véritable unité. Ensuite, savoir nous accepter les uns les autres avec nos différences : c'est de nos natures diverses, et même de nos fragilités acceptées dans l'humilité confiante, que le Seigneur façonne le saint, la sainte qu'il veut faire de nous. Enfin et surtout, recevons inlassablement la force d'aimer jusqu'au bout le Seigneur Jésus par la fidélité à la prière et à l'Eucharistie. C'est ainsi que nous témoignons qu'il est vraiment le Messie, le Fils du Dieu Vivant.

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