Editorial : Le travail à l'épreuve de l'injustice et de la destruction de l'homme
Sylvestre Ndoumou
Le 1er mai, ceux des Camerounais qui ont encore un emploi, seront honorés à l'occasion de la fête internationale du travail. Des millions d'autres, sans travail, des jeunes notamment, passeront cette journée dans l'angoisse de longs jours de chômage sans espoir. Comme de coutume, hélas, nos gouvernants s'investiront sans rougir, à dresser des bilans élogieux de leur lutte contre le chômage, la pauvreté et les inégalités sociales là où la vérité des faits conjure une telle imposture.
Cette cruelle comédie nous choque, car le Bureau International du Travail, ainsi que des spécialistes dignes de foi, estiment que le taux de chômage au Cameroun s'élèverait à 6,2 %, alors que les chiffres officiels le fixent à 4,4%. Si quelque chose de positif a été fait dans ce sens, les efforts à consentir demeurent très grands et loin de combler les attentes de nos populations.
En nous présentant le vrai visage de ce pays, les Camerounais peuvent mieux s'engager à le remettre debout. C'est pourquoi " Il faut agir contre le chômage qui est toujours un mal et, lorsqu'il en arrive à certaines dimensions, peut devenir une véritable calamité sociale.
Il devient un problème particulièrement douloureux lorsque sont frappés principalement les jeunes qui, après s'être préparés par une formation culturelle, technique et professionnelle appropriée, ne réussissent pas à trouver un emploi et, avec une grande peine, voient frustrées leur volonté sincère de travailler et leur disponibilité à assumer leur propre responsabilité dans le développement économique et social de la communauté " (Jean Paul II, Laborem Exercens, N° 18.)
Devant ce défi de taille, célébrer chaque année le 1er mai par des défilés monstres, des tricots et des pagnes flamboyants, la nourriture et la boisson à profusion, sans réfléchir en profondeur sur les conditions de travail au Cameroun, nous semble une horreur et une démission face à notre belle devise : PAIX ! TRAVAIL ! PATRIE !
Nous réaffirmons qu'une rue tumultueuse n'est pas le lieu indiqué pour ce genre de dialogue, et qu'il nous faut créer et promouvoir des cadres appropriés de rencontre avec notre jeunesse si souvent frustrée dans sa dignité par des structures d'injustice qui gangrènent le travail chez nous. Se taire, ce serait trahir !
Nous le savons: 75,8% de camerounais gagnent un SMIG (salaire minimum légal) inférieur à 24 000 Fcfa. Comment avec cela, assurer les besoins fondamentaux de tant de familles condamnées à une misère indigne ?
Pendant des décennies, des milliers de travailleurs ploient encore ici ou là sous le statut de temporaire. Des travailleurs sont réduits au silence que dictent la raison du plus fort, la peur des représailles, les licenciements abusifs, le chantage et le harcèlement, l'impossibilité de se voir inscrits à la CNPS
Victime du tribalisme, de la corruption, des détournements déclarés mais dont les deniers publics ne sont guère reversés dans les caisses de l'Etat, notre peuple nous semble pris en otage par ceux qui le gouvernent. Des citoyens intègres et dont la compétence et la conscience professionnelles sont reconnues, subissent d'inimaginables humiliations dans des services publics et privés.
La fête du 1er Mai donne à certains l'ultime occasion de noyer leurs séculaires misères dans les miettes que leur jettent les patrons des entreprises où ils endurent un véritable esclavage. Et tous ces paresseux intrigants et peu attachés au travail bien fait, réfractaires à toute discipline, à la déontologie du métier, au respect de la hiérarchie ?
Que faire des collaborateurs sans éducation qui vous narguent et affichent leur impunité au sein d'une administration devenue un patrimoine ancestral protégé par des chefs mis à la tête des structures de péché qui minent la vie politique et socio-économique de notre pays ?
Le Pape Benoît XVI rappelle à tous un impérieux devoir et une sévère mise en garde : " Le travail doit servir au vrai bien de l'humanité. Le travail revêt une importance primordiale pour la réalisation de l'homme et pour le développement de la société, et c'est pourquoi il faut qu'il soit toujours organisé et accompli dans le plein respect de la dignité humaine et au service du bien commun.
L'activité professionnelle doit servir au vrai bien de l'humanité, en permettant " à l'homme, considéré comme individu ou comme membre de la société, de s'épanouir selon la plénitude de sa vocation " (Gaudium et Spes, n. 35).
Tous les acteurs sociaux doivent s'engager à une profonde conversion intérieure pour restituer à l'homme sa dignité originelle par le travail. Le travail n'est ni une punition, ni une source d'exploitation, mais un chemin de libération capable d'aider l'homme à bâtir la paix à travers la pratique de la justice pour continuer l'œuvre de son Créateur. Fidèle à sa vocation, le chrétien est invité à contempler la Sainte Famille
C'est sûrement pour cela que " Les Evêques du Cameroun assurent les jeunes de leurs prières pour la situation frustrante de chômage qui est la leur " ( cf. 33ème Assemblée Plénière, Communiqué final, p. 1).




Merci de parler de la situation que vit les jeunes diplômés de notre cher et beau pays.
J'aimerais que vous parliez également de ce maudit code de travail de 1992 qui a enlevé aux demandeurs d'emplois toute chance de négociation acceptable de son traitement salarial. Surtout lorsque vous êtes sans autre soutien éconimique au moment où vous cherchez du travail, vos espoirs sont anéantis par l'employeur qui vous fait croire que ses revenus ne lui permettent pas de vous payer un certain salaire. Vous vous trouvez obligé d'accepter le travail malgré votre niveau d'études au risque de vous transformer en mendiant ou en voleur par manque de quoi subsister. Ainsi, avec le salaire que vous recevez, impossible de faire quelque économie que ce soit, bien au contraire, on vous encourage à demander des avances sur salaires qui font de vous de véritables dépendant des crédits inutiles.
J'aimerais vraiment que l'Etat revois ce fameux code de travail afin de redonner un certain poids au chercheur d'emplois. Car actuellement les employeurs ont tout pouvoir pour mâter les pauvres employés qui malgré eux par peur de ce retrouver au chômage.
Rédigé par:rosaline | le 14/05/2008 à 02:19
Ah quel pays ! Cameroun pays de flibustes où
Le bien et le mal, le patrimoine national et patrimoine personnel, l’homme et la femme, le talent et la bêtise, le mensonge et la vérité, l’escroc et l’intelligent, la fortune du voleur et celle du l’entrepreneur, la réalité et la fiction, ce que l’on est vraiment et ce que l’on veut qu’on croit qu’on est, sont tellement confus dans l’esprit de ses habitants, si bien qu’on se croirait dans une pièce de théâtre ou dans un film joué par des fous, mis en scène par des bouffons et réalisé par un comique-tragique.
S’il ne s’agissait pas de la vie de dizaines de millions d’hommes et de femmes on en rirait bien volontiers !
La Sagesse Africaine
Rédigé par:Nda Bot | le 14/05/2008 à 06:44