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BENOIT ESSIGA, PRESIDENT DE LA CONFEDERATION GENERALE DES TRAVAILLEURS : '' Que le gouvernement cesse d'organiser la fête du travail ! ''

Propos recueillis par Gildas Mouthé

Prsidentsyndicat429 A l'occasion de la fête internationale du travail qui se célèbre le 1er mai, L'Effort camerounais est allé à la rencontre de M. Benoît Essiga. Dans une interview riche et franche, le président de

la CGT

liberté jette un regard sur la condition du travailleur camerounais.

Monsieur le président,  l'édition 2008 de la fête internationale du travail consacre une place de choix à la sécurité du travailleur. Quel commentaire vous inspire le choix de cette thématique ?

Je pense qu'en premier lieu, il faut savoir à qui est destiné cette thématique. Concerne t-elle les travailleurs, le patronat ou le gouvernement ? Donc pour moi, il faudrait qu'on sache sur quoi ce thème repose. Est-ce qu'il y a des choses qui démontrent aujourd'hui par exemple qu’il y a plus d'accidents sur les lieux de travail que  les bas salaires, la  précarité de l'emploi, et moins de liberté syndicale dans notre pays ? Je pense que ce sont des éléments assez importants dans un socle.

Avez-vous l'impression que la sécurité du travailleur camerounais soit une préoccupation majeure pour le patronat et les autorités ?

L'insécurité vient de la précarité d'abord.  Donc, quand on parle de précarité de l'emploi,  il y a tout ce qui recouvre cette thématique. La précarité  peut se matérialiser par les bas salaires qui ne permettent pas d'avoir un pouvoir d'achat suffisant. La précarité peut-être liée au statut même du contrat entre le travailleur et son employeur. Bref, ce sont toutes ces choses qui ne vont pas dans le sens de donner une certaine force psychologique aux travailleurs. Et lorsque le moral est touché, vous avez beau avoir toutes les mesures de sécurité, l'accident surviendra inéluctablement. C'est donc dire que l'environnement moral du travailleur peut avoir des répercussions sur la sécurité au sein de l'entreprise.

Que répondez-vous à ceux qui estiment que la fête internationale du travail a cessé d'être un moment de réflexion  pour devenir un évènement purement folklorique ?

Je réponds qu'au Cameroun, le réflexe de parti unique demeure. C'est l'un des vestiges du parti unique qui se prolonge depuis 1991, et l'établissement de la pluralité politique. Cette commémoration continue d'être faite comme lorsque nous étions sous le régime du parti unique, c'est-à-dire, lorsque les travailleurs étaient des sujets du parti au pouvoir et ne pouvaient agir que sur la base des ordres donnés par celui-ci. Toutes les manigances consistent encore aujourd'hui à voir défiler les travailleurs comme de petits soldats devant le patronat et les autorités. Une fois la mise en scène achevée, les pauvres travailleurs retournent à leurs besognes quotidiennes. Pour tout dire, en ce qui concerne ma Confédération syndicale à savoir

la CGT Liberté

, nous luttons depuis plusieurs années pour que le gouvernement cesse d'organiser la fête du travail, pour que le gouvernement ne puisse être éventuellement qu'un invité si les travailleurs le souhaitent. Aujourd'hui où il y a  une  pluralité  d'organisations syndicales au Cameroun, il est normal que cette diversité s'exprime également dans l'organisation des activités, dans la spécificité de chacun et non pas dans une unicité forcée par les pouvoirs publics. Je voudrais vous rappeler que l'unité syndicale qui s'est établie au Cameroun en

1972 a

été non pas la volonté des travailleurs, mais la volonté des pouvoirs publics. Aujourd'hui qu'un semblant de pluralité est arrivé, où il y a un foisonnement de débats, où les travailleurs eux-mêmes doivent choisir une orientation pour pouvoir mieux défendre leurs intérêts, il est tout à fait incroyable qu'on continue à assister à un folklore, c'est-à-dire des défilés organisés par l'Etat et qui finalement débouchent sur  des  choses  qui n'ont pas de sens.

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