Claude Zéba
Pour avoir réclamé des tables-bancs, en ce début d'année scolaire 2007-2008, pour ses élèves qui suivaient les cours assis à même le sol, Joseph Moko, 31 ans de service dont 15 au poste de directeur, respectivement de l'école publique (EP) de Bépanda Omnisport, Centre d’accueil, Bonadoumbé-Bonapriso puis récemment de New Deido II à Douala, écope d'un limogeage pour des raisons que la note de service qui le relève de ses fonctions ne précise malheureusement pas.
Légende : Des élèves assis à même le sol, quelle décrépitude !
Celui qui était jusqu'au début du mois de novembre 2007 directeur de l'école publique de New Deido II à Douala a été démis de ses fonctions le 7 novembre dernier. Sa faute, avoir permis, la veille, à une équipe de reporters d'une chaîne de télévision privée locale de montrer en images des élèves suivant les cours assis à même le sol dans une salle de classe hyper bondée, et dénonçant par la même occasion l'absence, à un mois de la fin du premier trimestre, du " paquet minimum " promis par le Ministère de l'Education de Base aux établissements scolaires du primaire public.
Une dotation qui devrait, en principe, être disponible à chaque rentrée scolaire. Et les téléspectateurs de se demander, si à Douala, porte d'entrée et de sortie du Cameroun située à quelques encablures du centre des décisions et siège des institutions étatiques Yaoundé, de surcroît première ville du pays (économiquement et démographiquement parlant), il manque de tables-bancs pour les élèves et le nécessaire de travail pour le personnel, qu'en sera-t-il des établissements de l'arrière pays ? Autrement dit, si on traite ainsi l'arbre vert, qu'en sera-t-il du bois sec ?
Toute chose qui a naturellement heurté la conscience de sa hiérarchie au niveau provincial qui, au bout du compte, n'a pu avaler la couleuvre et lui a servi, en pleine assemblée des directeurs d'écoles primaires du Wouri, la note de service n° 429/NS/MINEDUB/DEEBL le relevant de ses fonctions. Comme quoi aux hommes droits, la patrie fouettard. Curieux Cameroun, diront certains.
Après moult investigations dans plusieurs établissements de la ville, il ressort que l'école publique New Deido II n'est pas la seule à connaître ce type de délabrement. Les écoles publiques de New-Bell Commissariat et Aviation, Ndog-Passi I et II, etc. font partie du lot. Mais ici, on préfère se taire pour des raisons que tout le monde sait. Pourquoi s'étonner donc, se demande un observateur, de la forte propension de certains Camerounais à l'incivisme et du fait que la corruption se porte à merveille en dépit des mesures prises jusqu'ici pour la combattre.
Genèse du problème
A sa prise de fonction le 6 septembre 2007, Joseph Moko qui est un transfuge de l'EP. Bonadoumbé à Bonapriso-Douala, ne peut s'empêcher de relever quelques disfonctionnements qui entravent la bonne marche de son établissement : absence d'eau, de latrines, de paquet minimum, de tables-bureaux et de tables-bancs... Problème que connaît également son homologue Wilson Adjélé du groupe IV.
Il se rapproche de ce dernier et cosignent, en date du 12 septembre 2007, une demande de tables-bancs adressée à la déléguée départementale de l'Education de base pour le Littoral. " Les enseignants n'ont pas de tables-bureaux. Pour que nos élèves soient à l'aise, il nous faut 100 tables bancs de deux places ", ont-ils écrit. Mais rien n'y est fait. Et pourtant ce ne sont pas les tables-bancs qui manquent : " ces bancs que vous voyez entreposés-là (à Petit Joss, Ndlr) sont destinées aux salles de classe en construction ", a répondu Madame la déléguée départementale du MINEDUB pour le Wouri à la délégation des parents d'élèves venue à sa rencontre le 2 novembre pour s'enquérir de la suite réservée à la demande des deux enseignants.
De retour de cette entrevue infructueuse, les parents font escale à Canal2 International, une chaîne de télévision de la place, question de porter à l'attention d'un plus grand nombre les déboires de leurs enfants. La suite, tout le monde en sait quelque chose. La décision d'aller à la rencontre des responsables départementaux, va-t-on apprendre, a été prise au cours de la réunion des parents d'élèves du 27 octobre 2007, réunion à laquelle étaient conviés les directeurs Joseph Moko et Wilson Adjélé.
Diversion
Daniel Mongué, délégué provincial de l'Education de Base pour le Littoral qui a mal apprécié ce reportage fait dans l'un des établissements de son ressort, tente de laver l'affront fait à sa " haute personnalité " et l'offense faite à son employeur (l'Etat) en servant, ipso facto, au directeur courageux, une note de service le relevant de ses fonctions de directeur, sans raison apparente. Oubliant qu'un jour ou l'autre la vérité finira toujours par triompher, comme le souligne si opportunément Ferhat Abbas, homme politique algérien, " L'heure de vérité arrive toujours. Elle ne se presse pas quelquefois. Mais malgré sa lenteur, elle finit cependant par arriver et par s'imposer. C'est dire que dans le comportement des hommes, il n'y a de durable que la justice. Et il est heureux qu'il en soit souvent ainsi ". Elle (cette heure de vérité) est déjà là. Celle pendant laquelle les fossoyeurs de l'Etat devront payer pour leurs turpitudes.
Et, comme solution au problème soulevé par Joseph Moko et Wilson Adjélé, le délégué provincial n'a pas trouvé mieux que de faire jumeler les CMI A et B ainsi que les CMII A et B dans une seule salle de classe, obligeant les écoliers à se mettre à quatre, voire cinq sur des tables-bancs de deux places. Avec en sus deux enseignants qui dispensent concomitamment les cours dans une seule et unique salle de classe. Imaginez donc le vacarme et le melting-pot que cela peut engendrer. Néanmoins, l'opération va permettre au délégué de récupérer 13 tables-bancs qu'il envoie au CEI, la classe à problème. Ce qui porte à 16 le nombre de tables-bancs de cette salle. Puisqu'il n'y avait que 3 pour les 58 bambins que compte cette salle de classe au passage de l'équipe de Canal2 International, le 6 novembre dernier. Et, " c'est également dans la foulée qu'on envoie aussi précipitamment un semblant de paquet minimum ", déclare un enseignant. S'inspirant de l'Evangile de Luc 16, 8, une maîtresse qui s'exprimait sous le sceau de l'anonymat, s'exclame à la suite du Seigneur " Comme les fils de ce monde sont habiles vis-a-vis de leurs semblables... ! ". Habile, M. Daniel Mongué l'est, certes. Mais l'astuce est-elle de nature à dissiper ce climat délétère qui règne désormais au sein de l'établissement, d'une part et d'autre part entre le délégué provincial et l'ex-directeur de EP. New Deido II, qui se dit être victime d'" une injustice flagrante " , voire d'un abus d'autorité, tel qu'il le souligne dans une requête adressée au ministre de l'Education de base, Mme Haman Adama, le 12 novembre ? " Je n'ai fait qu'exprimer un besoin pour améliorer les conditions de travail des élèves et des enseignants ", a-t-il écrit. Ainsi, ce qui convient d'appeler " la crise de New Deido II ", à défaut de s'empirer est restée intacte jusqu'à hier 7 janvier 2008, jour de la rentrée du deuxième trimestre. Il y a même fort à redouter qu'elle ne fasse des vagues et même des émules. Etant donné que l'opinion et la presse nationales semblent suivre de très près le déroulement de ce feuilleton.

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