Clément Tchuisseu Ngongang Bertoua
L'histoire du salut dépeint la situation d'un peuple qui, attendant le Messie promis par toutes les traditions prophétique, royale et sacerdotale, voit naître un enfant qui déjoue nombre de ses attentes socio-politiques et religieuses. 2000 ans après la mort et la résurrection de cet homme, on dénombre à plus d'un milliard et demi la portion de la population mondiale qui se réclame de lui. Cependant, à bien des égards, restant saufs les signes institués de sa présence (Eglise, sacrements), on se doute bien que Jésus soit né ! Dans le quotidien de ces croyants, se conjuguent événements, idéologies et pratiques qui semblent nous ramener à plus deux millénaires en arrière, " comme si le Christ n'était pas né " !
Dieu a choisi de naître dans une famille et d'être accueilli par un couple qui a fait ensemble un projet de vie. Par ce signe d'abaissement, il consacre et signifie plus que jamais sa présence au milieu de ceux qui décident de se donner l'un à l'autre dans une " vie commune " (Mt 1, 15).
Devant les divorces, les séparations et les éclatements de nos cellules familiales suite à des questions d'argent, d'héritage, de jalousie, de pardon qu'on refuse de donner ou de recevoir, d'intrigues aux allures maléfiques, on fait le point d'une société qui précipite Dieu par-dessus bord, " comme si le Christ n'était jamais né " pour faire de nos familles respectives des tabernacles, des sacrements de sa présence, des " Dieu-avec-nous ".
C'est, aidé par l'Esprit Saint que Joseph se décide à prendre Marie chez lui. A travers ce dernier, le Seigneur s'adresse à plusieurs d'entre nous : " ne crains pas de prendre (…) ta femme chez toi " surtout si nos hésitations quant au mariage sont motivées par le souci (matériel ) du lendemain, pis encore si la renonciation à la vocation conjugale s'enracine dans les idéologies du monde qui, par le biais d'un individualisme crapuleux, font miroiter l'ombre d'un bien-être, " comme si le Christ n'était jamais né " pour rappeler à tous que dans la dépendance à l'autre vécue dans le mariage, s'épanouit et s'affermit en nous la filiation divine à laquelle nous participons en Jésus, Fils de Dieu.
Nul doute que nous baignons de plein pied dans une société de consommation dans laquelle la maximisation du profit et du plaisir passe avant toute considération à des fins humanisantes. Les figures de Marie et de Joseph que propose Matthieu ne pourront être épuisées dans leur symbolique interpellante. Pour s'en rendre compte, pensons aux structures sanitaires spécialisées dans les avortements par une sorte de meurtres légalisés. N'oublions pas le nombre de fœtus morts découverts dans les bacs à ordures dans notre pays.
Par leur fuite en Egypte, Joseph et Marie nous enseignent le prix de la vie quand nous savons que nos pratiques homicides et d'autres activités crasses du même genre incarnent à n'en point douter le visage contemporain de Hérode.
Si pour les parents de Jésus, l'Afrique fut autrefois une terre d'asile et de protection de la vie, aujourd'hui, nos trafics routier, ferroviaire, maritime et aérien, tels de véritables guillotines, la famine et le chômage, conséquences de la cupidité d'une caste, les guerres engendrées par des conflits d'intérêts tribaux, claniques alimentés par des groupuscules internationaux, le trafic d'enfants aux fins proxénètes, découvrent une Afrique presque mortifère, " comme si le Christ n'était pas né " pour assumer cette vie que nous traitons avec tant de légèreté.
Bien plus, devant la quantité d'enfants de la rue qui décorent nos grandes villes, ou ces orphelins pour qui les tuteurs sont de véritables bourreaux, ou tout simplement ces personnes aux situations si criantes qui sollicitent notre aide, songeons à la figure de Joseph avec qui Yahvé, le Dieu de l'univers a négocié pour obtenir de lui une paternité pour son Fils, et de ce fait une paternité pour tous ces indigents, " comme si le Christ n'était pas né " pour que la veuve (que certains rites de chez nous soumettent à des épreuves quasi-inhumaines) et l'orphelin…soient continuellement maltraités.
Les rois mages, eux aussi, ne nous éclairent pas moins par leur attitude. Ils sont venus d'une région des environs dotée comme Israël d'une tradition religieuse. Les Pères de l'Eglise virent symbolisées dans leurs présents la Royauté la Divinité la Passion
Car, nonobstant leur culture, ils font allégeance à la personne de Jésus et à son message et revêtent une figure prophétique pour notre temps où, bien souvent, être chrétien, s'il ne s'apparente pas à un privilège, est un fait public et de surface, sans plus ! L'adhésion au Christ est rebutée possiblement par l'attachement à des coutumes ancestrales, par une mentalité du " on va faire comment, tout le monde fait comme ça ! ", posant en concurrence le premier et les seconds.
On dirait un christianisme en surcroît à bien des égards sans référence tangible à la personne de Jésus, un christianisme quelconque pour tout dire ! Le bât blesse davantage quand en une même personne cohabitent le sentiment d'appartenir à Jésus Christ et les velléités de croyances magico-religieuses, horoscopiques et astrologiques, occultes, maçonniques ou rosicruciennes… " comme si le Christ n'était pas né " pour être le Soleil levant qui illumine et oriente notre existence.

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