Dans son homélie de Noël à la Cathédrale Notre
Avant d'entrer dans le cœur de notre méditation, j'aimerais faire un petit tour dans l'histoire de la crèche. Cette crèche que nos artistes de la Cathédrale
La crèche, au sens strict, est une mangeoire d'animaux. C'est dans cette mangeoire que, d'après la Bible
Cette initiative fut reprise dans toute l'Italie avant de gagner une grande partie de l'Europe. Peu à peu, les crèches vivantes furent remplacées par des crèches de figurines. La crèche de Noël est la représentation de la description de la Naissance
- " Elle accoucha de son Fils premier-né, l'emmaillota et le déposa dans une mangeoire, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans la salle d'hôtes ".
- " Et elle enfanta son Fils premier-né. Elle l'emmaillota, et le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie ".
Ainsi donc, Chers frères et sœurs,
Dans nos villes et nos campagnes aujourd'hui, comme la nuit de Noël à Bethléem, il y a plus de 2000 ans, le Fils de Dieu fait homme vient donner un nouveau départ à notre vie de foi. Noël, c'est le monde entier qui s'associe aux anges pour chanter la venue du Sauveur né dans le dépouillement : " Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et posé dans une crèche. ", puis l'Evangile ajoute : " Ils vinrent en toute hâte et trouvèrent Marie et Joseph avec l'Enfant posé dans une crèche " (Luc. 11,12 et 16).
Au-delà de la bouleversante pauvreté dans laquelle le Fils de Dieu choisit de naître, il est important de noter qu'à sa naissance, un amour attendait Jésus. L'amour des parents : Marie et Joseph. Cet amour qui les pousse à trouver in extremis ce qu'il y avait de mieux dans la situation de rejet qui était la leur : Une bergerie et une mangeoire.
La solennité de Noël nous donne ainsi l'occasion de réfléchir sur la qualité de l'accueil que nous réservons à tout enfant aujourd'hui dans notre société, sur la qualité de notre hospitalité.
Dans son homélie sur la " place de la Mangeoire
A l'exemple de Marie et Joseph, nous avons le devoir de porter toute notre attention sur l'enfant. Les Evangiles nous disent que Jésus a montré une attitude particulière pour les enfants. Un jour, les douze apôtres discutent pour savoir qui est le plus grand (Marc 9, 33-37).Jésus qui a deviné leurs réflexions, leur dit une parabole déroutante qui bouleverse et ébranle leurs titres : " Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous ".
A ces mots, Jésus joint le geste. Il va chercher un enfant. Il l'amène et le " place au milieu " de cette réunion de futurs responsables de l'Eglise et leur dit : " Quiconque accueille un enfant comme celui-ci en mon nom, c'est moi qu'il accueille ". Jésus s'identifie à l'enfant qu'il vient de prendre dans ses bras. Il affirme que c'est " un enfant comme celui-ci " qui le représente le mieux, à tel point qu'accueillir un tel enfant revient à l'accueillir Lui-même, lui le Christ.
Accueillir un enfant dans une famille, c'est lui dire je t'aime, et aimer quelqu'un, c'est lui souhaiter le bien ; souhaiter le bien à un enfant revient à le tirer vers le haut, l'élever.
Que veut dire élever un enfant ?
Elever un enfant, c'est l'aider à grandir, à progresser dans toutes les dimensions de sa personnalité. Dès lors, les deux besoins intimement liés, méritent d'être définis : instruire d'une part, éduquer d'autre part.
L'instruction
L'instruction, c'est la transmission de savoirs, de savoir- faire, donc de savoir être, parce qu'ainsi on découvre ce dont on est capable. L'éducation quant à elle, doit révéler un être à lui-même en lui offrant de multiples occasions d'exercer ses talents, ses capacités. Il a ainsi le bonheur de se découvrir, de bâtir une saine confiance en lui, le respect de soi, le sens de l'honneur, la dignité en tout et une grande hauteur d'esprit.
Dans le respect de soi-même, l'enfant apprend à vivre et à créer une relation riche avec les autres. Nous constatons non sans regret qu'éduquer un enfant de nos jours n'est pas chose aisée !
Est-ce pour autant que nous devons baisser les bras pour n'être que des témoins consentants d'une société galopante vers la dérive, ayant démissionné de notre devoir d'ouvrir à nos enfants les portes de leur avenir ?
Chers parents,
Je m'adresse particulièrement à vous : Les enfants sont notre avenir ! Je vous exhorte à en prendre soin joyeusement à l'instar de Joseph et Marie à la crèche. Certes, il est une mission pénible aujourd'hui d'oser prendre à bras le corps l'instruction et l'éducation d'un enfant, fût-il votre progéniture. En effet, que d'exigences, de sacrifices, de renoncements et parfois de déceptions dans la tâche rude de porter un enfant jusqu'à l'âge adulte !
En revanche, quelle fierté, quel honneur et quelle satisfaction légitime quand on a réussi à éduquer un homme ou une femme jusqu'à en faire une personne hautement responsable.
Oui, depuis la nuit des temps, les parents sont les seuls vrais détenteurs légitimes de la responsabilité de l'éducation. Ils ne peuvent en être privés que pour des raisons extrêmement graves : ce sont des procréateurs et des éducateurs naturels commis à cette tâche. C'est Dieu Lui-même qui leur confie cette belle mission exaltante.
L'éducation
Que faire aujourd'hui pour bien éduquer nos enfants et les préparer à affronter l'avenir ? Les enfants que Dieu donne à nos familles sont l'expression de son amour et de sa tendresse envers nous. Pour bien éduquer nos enfants, la première chose à faire c'est de les accueillir et de les aimer. Chers parents, acceptez d'accueillir ces enfants comme un don de Dieu et non comme une charge, un poids écrasant.
Les enfants ont droit à l'éducation autant qu'ils ont droit à la vie, au logement et aux soins de santé. Beaucoup de parents ont démissionné de l'éducation et la plus grande démission est visible dans l'apprentissage de la langue maternelle. Les parents n'enseignent plus la langue maternelle à leurs progénitures. Il y a certes des efforts entrepris ça et là pour ramener la culture nationale. Mais si nous ne sommes pas attentifs à cette dérive, nous serons des expatriés de partout, tant en Europe que dans les pays voisins et plus grave encore dans notre propre pays. Oui, des expatriés de partout avec ces enfants, sans repères et sans culture propre.
Cela devrait aller de soi que les parents aiment leurs enfants. Or, ce n'est pas toujours le cas. En effet, quelle éducation donnons-nous, quand les parents poussent dans la rue leurs enfants pour attendre les clients et ramener de quoi aider à nourrir les parents et la famille !
Qu'est-ce que c'est ? C'est la dépravation sexuelle qui dégénère souvent en prostitution. Quelle éducation donnons-nous, quand certains parents s'accordent le privilège indu d'initier leurs enfants à la vie sexuelle en devenant simplement leur mari !! " Dzam amala ! Dzam mesis ! " Disons-nous en langue Béti. Un grand malheur et une horreur, que de telles aberrations qui souillent et l'individu et le clan dans nos traditions.
Conséquence : par de tels actes, et d'autres, par exemple le mariage entre neveux et nièces qui sont dans nos traditions des frères et sœurs, nous cherchons à détruire la parenté, et donc les liens de sang. Or, détruire les liens de sang c'est détruire la famille. Que nous restera-t-il alors si nous détruisons la belle institution qu'est la famille en Afrique ?
Frères et Sœurs,
Nous sommes entrain d'atteindre un tel niveau de perversion morale en ce domaine qu'il y a lieu de se demander si nous sommes encore loin de Sodome et Gomorrhe dans la Bible
Cessons de brader l'humanité de nos enfants
Nous avons appris avec émotion que des personnes éliminent des enfants pour en extraire des organes ou le cerveau. Certains boivent le sang des enfants sous prétexte qu'ils veulent accroître leur puissance. Cessons de vendre ces enfants à travers des réseaux connus ou inconnus. Cessons de brader leur humanité et leur dignité.
Il y a dans le sacrifice d'Abraham (Gn22 : 4-14), une dimension éloquente qui n'est pas souvent soulignée avec force. Quand Abraham monte avec l'enfant pour le sacrifice, il agit comme un " propriétaire " sur sa " propriété ". Abraham pense que l'enfant Isaac est sa propriété. Il peut donc en disposer comme il veut. Il peut le sacrifier comme son " fils " ou sa " chose ". L'intervention de Dieu sur la montagne du sacrifice est déterminante : " N'étends pas la main sur le jeune homme. Ne lui fais rien, car maintenant, je sais que tu crains Dieu, toi qui n'as pas épargné ton fils unique pour moi. ".
Dieu interdit de sacrifier Isaac, parce que son père Abraham n'en est plus le " propriétaire " .Isaac est sauvé par Dieu comme son fils .Isaac est maintenant " fils de Dieu ".Il est sacré, on ne peut le toucher, sans enfreindre la loi de Dieu. Isaac descend de la montagne comme fils de Dieu. Son père Abraham doit donc le garder comme un fils de Dieu. Cela signifie que nos enfants sont des fils de Dieu. Nous avons sur eux des droits limités.
Quand les parents se livrent à des sévices corporels jusqu'à blesser leurs enfants et à les traumatiser, ne font -ils pas preuve d'une très grande médiocrité morale qui n'a rien à voir avec l'éducation ?
Pour bien éduquer nos enfants, nous devons leurs apprendre de grandes vertus : aimer le travail, aimer la patrie
L'amour du travail assure l'avenir parce que le travail c'est l'effort, c'est l'endurance, c'est le courage. Surtout un travail bien fait, un travail fait consciencieusement avec amour. Nous donnons beaucoup d'importance aux " eldorados ", c'est-à-dire aux pays construits par d'autres et nous y courons, par nécessité parfois. Ne pourrions-nous pas nous aussi bâtir en terre africaine des pays où il fait bon vivre ?
Nous avons un amour démesuré pour les pays étrangers, et très peu pour nos pays. Cela entraîne pour nous la fuite des cerveaux ; que de savants africains ne font-ils aujourd'hui la fierté des autres en Occident, en Amérique du Nord et ailleurs ? Par ce braintrust, nous avons démissionné de notre pays. Quand nos forces vives s'expatrient, sur qui pouvons-nous encore compter pour construire nos " eldorados " à nous ? Parfois ce sont nos parents eux-mêmes qui encouragent cet exode vers l'étranger.
Chers frères et sœurs,
Reprenons en main l'éducation de nos enfants. Compte tenu de notre contexte africain souvent caractérisé par un grand sens de l'hospitalité et de la fraternité, je ne m'arrêterai qu'à cette affirmation de tradition africaine : " L'enfant appartient à toute la tribu ".
A l'époque de nos parents, la société était différente, la notion de famille était sacrée et les gens allaient dans le même sens. Les couples s'aimaient de manière désintéressée. Les enfants vivaient dans un environnement familial sain où ils apprenaient des règles, le savoir- vivre qui leur permettaient de posséder un équilibre intellectuel et sentimental. La notion de respect des autres, des choses, la tolérance était enseignée et pratiquée.
Tout cela, l'enfant l'apprenait et quand il devenait un homme, il pouvait à son tour faire passer tous ces messages à ses propres enfants. Et ainsi de suite normalement. Pour ce faire, beaucoup de configurations positives existaient : Une vision de la notion de " famille " plus saine avec de vrais sentiments, une société moins stressante. On n'hésitait pas à donner une correction à l'enfant si celui-ci dépassait les limites imposées (insolence, bagarre bêtises diverses…) tout en expliquant pourquoi, car " qui aime bien châtie bien ", dit l'adage.
Aujourd'hui, la société est très déstabilisée car la notion de famille est fragilisée, éclatée ; on retrouve un environnement familial malsain où le divorce, les conflits, les fugues, et dans les cas extrêmes la drogue, qui engendrent chez l'enfant un déséquilibre grave. Même si modernisme oblige, divers facteurs sont entrés dans les habitudes, rendant improbables les vieilles méthode de l'éducation : Il me semble que semer dans le cœur de l'enfant, les valeurs telles que l'amour, l'humilité, le partage, le respect de soi et des autres, surtout des aînés, le pardon, la vérité, la compassion, l'amour du travail bien fait, restera toujours un moyen d'en faire un Homme.
Chers frères et sœurs,
En ce jour de la Nativité
On s'étonne aujourd'hui de voir les jeunes de plus en plus vulgaires, irrespectueux, indépendants, égoïstes… Mais si leurs parents n'ont pas eu les bases d'une bonne éducation dans leur famille respective, comment voulez-vous qu'ils puissent bien éduquer leurs enfants à leur tour ? Nos enfants ont besoin d'humanité et de dignité. Ils ont besoin d'une crèche, une crèche d'amour et d'affection. Offrons-leur une Famille où il fait bon vivre, des familles qui soient des havres de paix et de joie.
Y a t-il mieux que Marie et Joseph pour nous le rappeler ?
J'en appelle donc à votre bon sens, chers adultes. Sachez prendre soin du tout petit quel qu'il soit, d'où qu'il vienne. Comme Jésus a eu besoin de Joseph et de Marie pour faire ses premiers pas au monde, les enfants ont besoin de notre regard aimant pour grandir. Les enfants ont besoin de nous pour se sentir en sécurité et grandir dans la foi. Les tout-petits nous tendent la main pour les aider à accueillir le Message de Bethléem. Bethléem, un nom qui retentit non sans évoquer la tendresse divine, la fraternité humaine, la paix universelle.
Bethléem est la première ville sainte dont nous avons appris le nom à notre première année de catéchèse ; nous apprenions alors la Naissance la Grotte
Merci à la chorale qui nous aide à prier. Merci aux médias qui emportent l'écho de notre célébration jusque dans les villages. Ainsi, le cœur en fête et les yeux rivés sur la crèche nous chantons ensemble : " Gloire à Dieu! ".
Je ne saurais terminer cette méditation sans souhaiter bonne fête aux familles qui sont le lieu naturel où l'enfant naît et grandit.
Dans son message pour la célébration de la Journée la Paix
Quelle joie qu'une paix durable s’installe dans nos familles !
A la messe de minuit, nous avons chanté :
" Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu'il aime ! "
Dieu nous apporte la paix dans nos familles parce que Lui-même est la paix pour son peuple. La paix, c'est la plénitude de la vie dans cette harmonie paradisiaque entre l'homme et Dieu. Dans le livre de la Genèse
En cette fin d'année, j'invite tous les fidèles, tous les hommes de bonne volonté à organiser des séances de réconciliation pour que la paix règne dans nos maisons et au-delà de toutes les maisons, dans les autres communautés ecclésiales, dans les groupes et associations, dans les tontines…
Devenons tous des artisans de paix en tuant la haine qui divise, en combattant la violence qui fragilise, en exorcisant la méchanceté qui entraîne de profondes blessures, en évitant les conflits et les guerres de toutes sortes qui déchirent les peuples et opposent les nations.
J'invite tous les amis de la paix à redoubler d'ardeur dans la prière pour que la paix s'installe durablement dans notre pays, dans la sous- région et partout en Afrique.
Que cette paix renforce les liens d'amitié entre tous, qu'elle façonne la solidarité, consolide l'amour pour le plus grand bonheur des enfants que Dieu donne à nos familles.
Chères familles,
Soyez ces familles qui donnent à nos enfants une raison d'espérer, une ouverture sur l'avenir, un avenir fait de bonheur et de paix.
A chaque famille de Yaoundé,
A toutes les communautés chrétiennes ou non chrétiennes, croyantes ou non croyantes,
Aux hommes de tous âges et de tous horizons,
J'adresse mes meilleurs vœux de Joyeux Noël 2007 !
Je vous assure de mes prières pour que 2008 qui s'annonce soit une année de prospérité, de succès, d'amour et de paix pour tous.
Loué soit Jésus-Christ !

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