Abbé Gaston Yamb, Diocèse d'Eséka
la Nativité la Naissance la Naissance
La célébration de
Légende : Jésus vient nous donner de nouvelles raisons de nous sentir aimés de Dieu
Les rites civils ont malheureusement cette capacité presque rebelle de corrompre les rites religieux, et de phagocyter leur symbolisme réel. Noël n'appartient plus aux " institutions " religieuses, il est devenu la fête de la rue. Et comme tous les rites civils, Noël en tant que " fête de la rue ", lance des cris qui sont à méditer comme des " blessures sociales " auxquelles la célébration répétitive de la Naissance
Dans nos rues, Noël est un " carnaval " parfois de mauvais goût où il est permis de s'évader de la réalité existentielle, mais seulement pour un instant. Noël arrivera-t-il encore à se réconcilier avec l'événement qu'il incarne, afin de redonner aux hommes et aux femmes de notre pays de nouvelles raisons d'espérer, c'est-à-dire la force et la détermination d'insérer notre " corps " dans le vrai combat à guérir les " blessures sociales " de notre pays, et singulièrement de nos communautés chrétiennes minées par le chômage, la pauvreté, la corruption, la dégradation morale, le Sida et autres grands maux sociaux qui pèsent sur notre société comme les " plaies d'Egypte " ?
Comment soustraire aujourd'hui la Nativité
Interpellation
Je voudrais orienter cette réflexion sur une trilogie qui pourrait me permettre d'esquisser quelques réponses par rapport aux grandes interrogations que suscite la célébration de la Nativité la Nativité
Parler de baptême quand il s'agit de célébrer la fête de Noël pourrait paraître comme un exercice trop forcé, tant le lien entre les deux rites ne semble pas aussi évident qu'on pourrait le remarquer aussi facilement.
Et pourtant, la trilogie Baptême - Incarnation - Engagement chrétien, met en évidence la phénoménologie du " corps humain " dont je voudrais démontrer ici les diverses transformations à partir du baptême qui, dans la dynamique du rite se révèle comme la consécration de l'incarnation. Si l'incarnation, pour le cas, celle du Christ, est " l'irruption " ou mieux la manifestation visible de son Corps à travers la naissance physique, la consécration de son humanité, mieux son incarnation ne s'accomplit pleinement et visiblement que dans la proclamation solennelle de sa filiation divine par Dieu le Père qui révèle à tous, le " secret " de l'humanité de Jésus à travers le baptême au fleuve Jourdain. Le baptême dans le fleuve Jourdain est la manifestation publique du " Corps " de Jésus dans lequel demeure la divinité.
A travers le baptême du Jourdain, Jésus est " l'homme " sur qui Jean Baptiste applique un rite visible ; mais à travers la voix du Père, Jésus est confirmé dans son incarnation réelle en tant que Fils de Dieu, homme comme nous et parmi les hommes. Cette consécration du " Corps " de Jésus, non tant par le rite baptismal opéré par Jean le Baptiste, mais par la voix du Père, justifiera le ministère total de Jésus en faveur des hommes et des femmes tout au long de sa vie terrestre. Il agira pendant toute sa vie en fonction de son élection qui établissait sa relation permanente avec le Père et qui se traduisait dans la réalité de son Corps incarné.
Le sacrement de baptême est donc dans ce sens une véritable " incarnation " : il est la naissance de chacun de nous dans la réalité du " Corps " en tant qu'" incarnation humaine et sociale " mais surtout, et c'est cela l'originalité de cette incarnation, il est " élection " dans la mission prophétique qu'incarne fondamentalement ce sacrement et qui engage notre existence dans des " combats sociaux " dont le but est de sauvegarder en toute personne humaine l'intégrité de son " incarnation sociale " et son élection divine.
Il est donc évident que notre corps, en vertu du baptême, subit des transformations, mais qui ne sont perceptibles que dans la conscience que nous avons d'être " Dieu " incarné en nous. C'est dans la réalité de notre corps que Dieu révèle le " secret " de sa divinité. L'on comprend alors que Noël que nous célébrons chaque année autour d'un " rite symbolique ", ne saurait se réduire à la dictature des rites civils dans lesquels prévaut la loi de l'économie. Noël est la " célébration " de la " divinisation " de notre corps dans lequel habite désormais la divinité de la Trinité.
C'est la Naissance
Le décor de la Nativité
La première provocation pastorale est la pertinence d'une évaluation intelligente de notre contexte pastoral pour que les communautés chrétiennes comprennent les points d'impact de leur incarnation baptismale par rapport à l'ordre socio-économique de notre pays. Noël nous porte jusque-là. Nos chrétiens sont " fatigués " et résignés ; leurs espérances se sont estompées au point qu'ils se sont remis au cycle répétitif des journées, qui, malheureusement ne leur apportent rien de nouveau.
Ils se sont " habitués " à la misère ambiante, scrutant et songeant un futur rayonnant de promesses, mais qui n'arrivera jamais. Dans un contexte de pessimisme généralisé, même les religions ne proposent plus rien de nouveau, sinon des liturgies répétitives chargées d'éphémères émotions qui ne donnent rien à manger et n'assurent pas le pain quotidien. En cela, Noël n'est pas concrètement une nouveauté, sinon, il est et reste un banal événement de calendrier et d'agenda.
Et pourtant Jésus naquit dans un contexte de domination, de colonisation romaine, de misère et de pauvreté; sa Naissance ne fut point un " événement ", et à ce point, l'on pouvait se demander ce qu'aurait ajouté sa Naissance à la logique du temps s'il ne se révélait pas comme le " libérateur " attendu ? Et pourtant, Il ne changea rien de la condition matérielle et économique des hommes et des femmes de son temps. Que change alors Noël dans notre vie ? Qu'est-ce que Jésus apporte ou " ajoute " à notre condition existentielle ? Que change-t-il dans notre société ? Dans notre pays ? Dans notre Eglise?
Vrai sens de Noël
Noël ne nous apporte rien, sinon quelques émotions sporadiques qui s'estompent aussitôt que les lumières de la fête s'éteignent. Et alors, est-ce bien la peine de le célébrer comme une " fête ", s'il demeure simplement un rite sporadique ? La grandeur de la fête de Noël est dans la capacité à restituer à cette célébration toute sa dimension chrétienne à partir du message fondamental qu'il véhicule ; message que répercutent les anges : " Aujourd'hui un Sauveur nous est né " à la Naissance
La première rencontre du nouveau-né " Sauveur " avec l'humanité se fait avec les bergers, des gens humbles, sans ambitions, exposés à toutes sortes de risques, brefs des pauvres qui se réjouissent, non pas parce que le Sauveur changera leur pénible métier de bergers, mais simplement parce qu'ils ont eu l'intuition que le nouveau-né appelé " Sauveur " leur apportera la joie de retrouver de la dignité, non dans leurs conditions de travail, mais dans leur rapport avec Dieu, puisque Dieu se fait " compagnon des hommes sur les routes de l'humanité ".
Noël n’ est ni la fête des pauvres, ni la fête des riches ; Noël est la fête des hommes. Dieu vient rencontrer les hommes pour raviver leurs espérances, soutenir leurs doutes, restituer l'espoir, réconcilier les familles, apporter la joie aux enfants, encourager les déçus. Dieu vient combler le déficit de confiance qui ronge tant de personnes, et offrir à tous, de nouvelles raisons de se sentir encore et toujours " hommes ".
C'est pour cela qu'il y a un autre Noël que beaucoup ne perçoivent pas ou jamais ; c'est le " Noël " des signes invisibles qui échappent au folklore et à la publicité des rites civils : une paisible réconciliation entre familles en conflits, le retour de la paix entre deux époux en difficultés, entre un père de famille et ses enfants, la naissance d'un enfant dans une famille, une silencieuse conversion, et un retour à la foi pour qui s'était éloigné de l'Eglise, etc. Ces petits gestes " invisibles " sont les signes de Noël ; ils procurent une joie durable, et manifestent la présence de Jésus dans les familles et sur les routes humaines. Ils sont loin de la logique de la consommation, ils ne sont pas de simples plaisirs à négocier, mais des gestes qui construisent patiemment l'humanité et traduisent le " Salut " du Sauveur né parmi les hommes.
La joie de Noël n'est pas dans la pacotille et les orgies des grandes festivités ; Noël se vit dans le coeur des hommes, sinon il n'est pas Noël. C'est une joie qui traverse tout le corps, toute l'existence ; c'est une joie intime dont l'origine (durable) repose sur le baptême, c'est-à-dire, dans la vive conscience d'être intimement transformés dans le Christ à travers l'incarnation baptismale de notre corps qui rejoint ainsi l'humanité divinisée de Jésus. (Phil2, 6-8)
Que cette fête de Noël 2007 soit donc pour tous, un Noël de paix et de joie radicale dans le Seigneur pour que tous, nous puissions chanter avec les anges : " Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qui l'aiment... "

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