Père Jean-Pierre Mukengeshayi
" Au commencement ". Jean aime tellement ce mot si biblique qu'il revient souvent sous sa plume.
Aujourd'hui, le jour de Noël, c'est le commencement d'une nouvelle vie dans notre monde ; d'une nouvelle aventure dans ma vie, à moi qui écris ces lignes, dans la tienne, à toi, lecteur qui les parcours. Une nouvelle vie commence. Si jamais nous croyions que tout était fini pour nous à cause de notre vie médiocre, à cause du " retard " que nous accusons sur telle ou telle résolution de notre vie, un nouveau départ est possible aujourd'hui avec Celui qui vient de naître.
Au début de son Evangile Jean écrit : " Au commencement ". Début de sa Lettre : “Ce qui était dès le commencement “. Dieu est sans commencement, il est commencement, perpétuel jaillissement de vie neuve. Le nom qu'il a révélé à Moïse peut se traduire ainsi : " Je suis qui je serai " (Ex 3, 14).
Il est le Dieu des commencements, le Dieu des quatre matins du monde. Matin de la Création la Résurrection la Parousie
Avant tous nos commencements, " le Verbe était Dieu ". C'est la première révélation de ce prologue où Jean nous fait entendre, comme dans une ouverture d'opéra, les grands thèmes de son Evangile. L'Unique n'est pas le solitaire, " célibataire des mondes " ; Dieu est un mystère d'amour.
Le Prologue commence par " le verbe de Dieu était tourné vers Dieu ", et il s'achève par " le Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous a révélé Dieu ". C'est en nous parlant de sa filiation divine que Jésus fera entrevoir le mystère de Dieu Unique : il est Trinité.
La deuxième révélation nous concerne : " A ceux qui l'ont reçu, le Verbe a donné la possibilité de devenir enfants de Dieu ". Qu'est-ce que les hommes, puisque Dieu songe à faire d'eux ses enfants ! Le péché nous a éloigné de Dieu, l'Incarnation du Fils nous rapproche de Lui. Tous les grands mystiques de l'histoire de l'Eglise l'ont dit : il ne faut jamais considérer le passé d'une personne, si dégradé qu'il ait pu être. Dieu juge l'homme tel qu'il est au moment même.
Maître Eckhart a écrit : " Chacun a le plus grand souci de faire disparaître ce qui dégoûte le plus. Plus grands et plus affreux sont nos pêchés, plus Dieu les pardonne vite avec plus d'amour, car sa répulsion est plus grande ". Jésus vient nous donner le " pouvoir de devenir enfants de Dieu " par cette capacité qu'a l'homme de se convertir, d'avoir un nouveau " commencement ", une nouvelle naissance. Et pour cela, il va aller jusqu'à quelque chose d'incroyable, d'inimaginable. Nos frères monothéistes, les Juifs et les Musulmans, repoussent cette révélation avec horreur, et elle fait sourire nos frères non croyants : " Le Verbe s'est fait chair ". Dieu est devenu un homme.
Le Verbe avait toujours été présent parmi les hommes. " Il était leur vie et leur lumière, il était dans le monde et le monde ne l'a pas connu ". Le Père, le Fils et l'Esprit ont décidé une autre présence : le Fils de Dieu est venu habiter notre vie en devenant un homme. Jésus dira : " qui me voit, voit le Père ". Qui sait regarder Jésus voit " la gloire qu'il tient de son Père ".
Le soleil du prologue est fort, on a du mal à fixer ses trois révélations : Dieu est trinité, il veut faire de nous ses enfants et nous diviniser, Lui-même devient l'un de nous. Il nous faut bien lire tout l'Evangile et de nombreuses méditations pour que passent enfin dans notre sang ces trois vérités de la foi chrétienne.
C'est difficile que beaucoup rejettent l'idée que Jésus de Nazareth puisse être le Fils de Dieu, Dieu incarné, Dieu ayant accepté notre chair, notre lente formation, nos joies, nos souffrances, notre mort. Déjà, dans le prologue, les ténèbres luttent contre la lumière : " les ténèbres n'ont pas compris la lumière, les siens n'ont pas reçu le Verbe ".
Nous qui l'avons reçu, nous devons être à notre tour des révélateurs. Moins par des discussions théologiques que par le témoignage de ce que nous vivons avec le Père, le Fils et l'Esprit. Croire à la divinité de Jésus Christ, c'est avoir une telle confiance en Lui et un tel désir d'aimer comme Lui, que ceux qui nous fréquentent finissent par être intrigués et peut-être attirés : " Toi, tu me convertirais presque à ton Dieu " !
Nous pourrons être ainsi un peu le reflet du " soleil " en profitant au maximum de nos rendez-vous avec le Christ de Jean, en restant longtemps, souvent, dans le soleil du prologue : “Dieu est devenu un homme, il a planté sa tente chez nous, nous avons vu sa gloire”.

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